Article de 497 mots ⏱️ 3 min de lecture

Indonésie, composé de plus de 17 000 îles souvent qualifiées de « porte-avions insubmersibles », a surpris la communauté militaire en acquérant l’ancien porte-avions italien ITS Giuseppe Garibaldi, qui sera renommé KRI Gajah Mada. Ce choix soulève des questions quant à son utilité réelle face aux besoins actuels et à l’archipel indonésien.

Le porte-avions sera adapté pour opérer avec des hélicoptères et des véhicules aériens sans pilote (UAV), notamment les 60 Baykar Bayraktar TB3 que Jakarta prévoit d’acquérir. Cependant, l’intégration de ces UAV, conçus pour des décollages et atterrissages conventionnels, sur une plateforme initialement destinée aux avions STOVL comme le Boeing AV-8B Harrier II, représente un défi important en raison de la taille limitée et de l’absence de piste en angle sur le Garibaldi.

En cas de conflit de haute intensité, l’absence de chasseurs à voilure fixe embarqués contraindra le Gajah Mada à dépendre du soutien aérien des bases terrestres, ce qui limite sa capacité d’autonomie opérationnelle. De plus, concentrer les aéronefs sur un seul navire crée un objectif vulnérable face aux menaces des missiles antinavires et des sous-marins ennemis. Une dispersion sur plusieurs bases insulaires serait bien plus sécurisée pour ces moyens aériens.

Alternativement, Jakarta met en avant le rôle du porte-avions dans les missions d’assistance humanitaire et de secours en cas de catastrophes (HADR). Le président Prabowo Subianto a notamment suggéré que le navire pourrait contribuer aux opérations de lutte contre les feux de tourbières qui affectent la région chaque année en embarquant des hélicoptères de lutte anti-incendie comme les Mil Mi-17 ou Sikorsky UH-60L. Cependant, la capacité réduite du hangar et les contraintes logistiques et environnementales telles que la corrosion marine posent des limites à cette option.

Au vu de ces facteurs, il semble plus efficace de déployer ces hélicoptères depuis des bases avancées proches des zones sinistrées. De surcroît, entrant en service après la fin probable de la saison des incendies, l’utilité opérationnelle du porte-avions dans cette mission spécifique pourrait être limitée.

Enfin, le destin du KRI Gajah Mada pourrait suivre celui du premier porte-avions d’Asie du Sud-Est, le HTMS Chakri Naruebet thaïlandais, qui a passé la majeure partie de sa carrière à quai pour des raisons budgétaires et de maintenance, n’étant activé que pour des événements cérémoniels ou des missions humanitaires.

En résumé, si l’acquisition d’un porte-avions peut renforcer la stature navale indonésienne, ses applications pratiques restent délicates à définir dans un contexte géographique où les bases insulaires offrent déjà une projection aérienne efficace, et où le coût d’entretien et les limitations opérationnelles du KRI Gajah Mada pourraient freiner son déploiement actif.

Sources : galaxiamilitar