L’opération Inherent Resolve, lancée en octobre 2014 pour coordonner la lutte contre l’État islamique (EI) en Irak et en Syrie, prend officiellement fin le 30 septembre 2023 avec le retrait complet des troupes américaines du nord de l’Irak. Cette décision marque une étape symbolique importante, illustrant le succès militaire contre l’EI mais soulève également de nombreuses questions concernant la stabilité politique et sécuritaire future dans la région.
Contexte et bilan de l’opération :
L’EI, qui avait conquis d’importants territoires en Irak et en Syrie, a été sévèrement affaibli par la coalition internationale menée par les États-Unis. Le retrait américain intervient après celui de ses forces en Syrie au printemps 2023, signalant un tournant dans la présence militaire occidentale au Moyen-Orient. Les autorités locales affichent une confiance accrue dans leurs capacités sécuritaires, tandis que la Syrie a rejoint formellement la coalition mondiale anti-EI, ouvrant des opportunités de coopération en matière de renseignement et d’opérations antiterroristes.
Impacts pour l’Irak :
La fin de l’opération reflète un rééquilibrage des relations entre Washington et Bagdad, où la question de la souveraineté irakienne demeure centrale et sensible. Le départ des forces américaines représente une avancée symbolique du contrôle national aux yeux d’une grande partie de l’opinion irakienne, notamment de l’élite chiite. Toutefois, la présence dominante des milices soutenues par l’Iran génère un risque de polarisation régionale accrue, compliquant les efforts du gouvernement pour désarmer ces groupes et maintenir un équilibre fragile entre ses partenaires internationaux. L’enjeu principal reste la capacité de l’État à gérer les poches résiduelles de l’EI et les milliers de détenus affiliés, tout en consolidant son autorité face aux groupes paramilitaires.
Conséquences pour la Syrie :
Le retrait américain a profondément modifié la donne sécuritaire, surtout pour les forces kurdes, longtemps soutenues par les États-Unis. Leur intégration progressive dans l’armée syrienne officielle, désormais partenaire de la coalition anti-EI, réduit leur marge de manœuvre politique et militaire. Par ailleurs, la Syrie devra relever le défi complexe de fusionner anciennement des factions rebelles tout en continuant à combattre l’EI dans un environnement toujours marqué par de fortes tensions internes et régionales.
Perspectives et risques :
Si l’EI n’est plus en mesure de reprendre le contrôle territorial qu’elle avait jadis, la coalition internationale n’est pas totalement remplacée par un nouveau cadre de coordination. Le retrait rapide des forces étrangères se fait parfois au détriment du développement institutionnel nécessaire pour garantir un maintien durable de la sécurité. Sans l’appui logistique, renseignement et la capacité de réaction rapide offerts par la présence américaine, les autorités locales doivent désormais assumer l’entière responsabilité de la sécurité dans un contexte régional toujours instable.
En résumé, la fin de Inherent Resolve symbolise une transition majeure : le combat contre l’EI change de nature, s’appuyant désormais principalement sur les forces locales et l’engagement politique des États concernés. Cette évolution ouvre une ère nouvelle dans les relations bilatérales avec les États-Unis, marquée par des incertitudes fortes sur la capacité des gouvernements irakien et syrien à maintenir leur souveraineté et la sécurité intérieure tout en gérant les multiples influences régionales.