L’Allemagne projette de doubler ses dépenses militaires d’ici cinq ans, dans le cadre d’un plan budgétaire ambitieux récemment approuvé par le gouvernement. Ce virage stratégique, impulsé par la guerre en Ukraine, marque un tournant historique dans la politique de défense allemande.
Sur la période 2024-2029, Berlin prévoit d’investir un total de 649 milliards d’euros dans ses forces armées, soit environ 761 milliards de dollars. Ce budget reflète l’engagement allemand à renforcer significativement son potentiel militaire, après des décennies de dépenses relativement modestes. L’objectif est d’atteindre un ratio de dépenses représentant 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2029, conformément aux nouvelles recommandations de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).
Pour 2024, l’enveloppe allouée à la défense s’élève à 86 milliards d’euros (101 milliards de dollars), équivalant à 2,4 % du PIB. En incluant l’aide financière et militaire à l’Ukraine, cette somme atteint 95 milliards d’euros (111 milliards de dollars). Les prévisions tablent sur 162 milliards d’euros (190 milliards de dollars, aide ukrainienne comprise) d’ici cinq ans.
Le plan budgétaire intègre une contribution annuelle de 9 milliards d’euros (10,6 milliards de dollars) destinée à soutenir l’Ukraine, témoignant du rôle majeur que veut jouer l’Allemagne comme principal allié européen de Kiev. Cette aide intervient dans un contexte marqué par le désintérêt relatif des États-Unis et la persistance des offensives russes sur le terrain comme depuis les airs.
Pour financer ces dépenses accrues, l’Allemagne envisage de contracter 400 milliards d’euros de nouveaux emprunts sur cinq ans (près de 469 milliards de dollars). Cette démarche a été rendue possible par une réforme constitutionnelle assouplissant la « règle d’or » allemande, qui limite habituellement l’endettement public à 0,35 % du PIB, afin d’autoriser des emprunts dédiés à la défense et à certains projets d’infrastructure.
Conséquence directe, l’endettement net de l’État devrait grimper à 81,8 milliards d’euros en 2025, contre 33,3 milliards l’année précédente. Par ailleurs, une partie du financement proviendra des restes du fonds spécial de 100 milliards d’euros (117 milliards de dollars) créé par la précédente administration Scholz au lendemain de l’invasion russe. Ce fonds, initialement dédié à la modernisation de la Bundeswehr, sera épuisé d’ici 2027.
Cette politique budgétaire ne fait pas l’unanimité en Allemagne. Certains membres de la coalition menée par le chancelier Friedrich Merz critiquent la rapidité de cette montée en puissance. Un collectif de sociaux-démocrates classés à gauche a récemment qualifié d’« irrationnels » les objectifs militaires fondés sur des pourcentages du PIB, dans un manifeste plaidant pour le maintien de la paix en Europe.
Par ailleurs, le Parti Vert a dénoncé des « astuces » budgétaires, reprochant au gouvernement d’utiliser des fonds supposés additionnels pour substituer des dépenses déjà existantes, au lieu de financer véritablement de nouvelles capacités.
Le chancelier Merz a toutefois défendu vigoureusement ces hausses de budget, affirmant devant le Bundestag que cet effort n’est pas destiné à faire un cadeau aux États-Unis, mais résulte de la menace directe que la Russie fait peser sur la liberté de toute la zone euro-atlantique. Il s’est fixé pour objectif de faire de la Bundeswehr « la force conventionnelle la plus puissante d’Europe ».
Linus Höller