La Force aérienne philippine (PAF) examine actuellement le chasse multifonction Mitsubishi F-2, d’origine japonaise, pour d’éventuels futurs programmes d’acquisition. Cette information a été confirmée par le lieutenant-général Arthur Cordura, chef de la Force aérienne, lors d’une conférence de presse à la base aérienne de Villamor, à Pasay City.
Le lieutenant-général Cordura a rappelé que les avions d’attaque légère FA-50, notamment la variante Block 70 de Korea Aerospace Industries, font déjà partie d’un plan d’acquisition approuvé. Il a précisé que le Mitsubishi F-2, décrit comme un chasseur multifonction japonais, reste une option envisagée pour des acquisitions à venir.

Ce choix dépendra notamment de l’évaluation du ministère philippin de la Défense sur la compatibilité de l’appareil avec le Concept Intégré de Défense Archipélagique (CADC), qui sert de cadre stratégique à la défense territoriale des Philippines. Le général Cordura n’a pas exclu la possibilité d’acheter à l’avenir des avions japonais si ceux-ci répondent aux objectifs stratégiques nationaux.
Le contrat pour le FA-50 Block 70 a été signé le 4 juin 2025 pour un montant de 700 millions de dollars, incluant la livraison de 12 appareils supplémentaires entre 2026 et 2030. Ces acquisitions font suite à la livraison précédente de 12 FA-50PH, réceptionnés entre 2015 et 2017. La version Block 70 offre des capacités nettement accrues, avec des améliorations notables en avionique, systèmes de combat et performances de vol.
Capable d’atteindre Mach 1,5, le FA-50 Block 70 est destiné à la fois à des missions de combat léger et à la formation avancée des pilotes. La mention du F-2 japonais par Cordura lors de cette conférence indique que la PAF examine aussi des plateformes plus lourdes et sophistiquées, susceptibles d’assurer des fonctions de défense territoriale étendues. Cette démarche s’inscrit dans une perspective à long terme, au-delà du programme actuel du FA-50, et témoigne d’une ouverture à divers fournisseurs, y compris hors du cadre des ventes militaires américaines (Foreign Military Sales, FMS).

Développé conjointement par Mitsubishi Heavy Industries et Lockheed Martin, le Mitsubishi F-2 est une évolution du General Dynamics F-16C Block 40. Sa production repose sur un partage industriel nippo-américain à hauteur de 60% pour le Japon et 40% pour les États-Unis. Conçu pour remplacer le Mitsubishi F-1, sa fabrication a débuté en 1995 après des négociations complexes entre les deux pays. L’accord signé en 1988 limitait l’accès du Japon à certaines technologies américaines tout en permettant aux États-Unis de bénéficier des innovations japonaises.
Le F-2 a effectué son premier vol en octobre 1995 et est entré en service en 2000. Initialement prévu à 141 exemplaires, son nombre total a été réduit à 98, dont 4 prototypes, en raison de coûts élevés et de défis structurels rencontrés durant le développement. En mars 2022, 91 appareils étaient en service au sein de la Japan Air Self-Defense Force (JASDF), répartis dans plusieurs escadrons, notamment le 3e et le 6e escadron de chasse tactique.
Plus de 95 % des plans d’ingénierie du F-16C ont été modifiés pour le F-2, entraînant des changements significatifs en matière de structure, d’électronique et d’aérodynamisme. La surface alaire a été augmentée de 25 % par rapport au F-16C, ce qui améliore la portance et permet d’emporter des charges externes plus lourdes tout en réduisant la charge alaire.

Pour gérer cette augmentation de la surface et maintenir un poids optimal, les ailes et leurs structures associées (longerons, nervures, revêtements) sont fabriquées en matériaux composites à base de graphite et d’époxy. Ces composants ont été assemblés par co-cuisson en autoclave, une première pour un chasseur tactique produit en série. L’emploi de composites contribue aussi à réduire la signature radar de l’appareil, autorisant une certaine gestion discrète des signatures électromagnétiques. La dérive arrière a été élargie afin de compenser les modifications aérodynamiques induites par l’augmentation de la surface alaire.
En plus des modifications structurelles, le F-2, surnommé Viper Zero, possède une partie avant plus longue et plus large pour accueillir un radar à antenne active à balayage électronique (AESA), le J/APG-1 ou J/APG-2, conçu au Japon. Il s’agit du premier avion de chasse opérationnel équipé d’un radar AESA, précédant le F-22 et d’autres plateformes occidentales dotées de cette technologie.
La cabine a également été repensée avec trois écrans LCD et un canopy en trois parties, contraire au modèle à une seule pièce du F-16. Les commandes de vol sont assurées par un système fly-by-wire numérique, développé conjointement par Japan Aviation Electric et Honeywell, distinct de celui utilisé sur le F-16. La mission computer, les avertisseurs radar et les systèmes de guerre électronique sont développés au Japon, tout comme le logiciel des lois de commande de vol. L’assemblage final du F-2 est effectué par Mitsubishi Heavy Industries à Komaki-South.
Le moteur turbofan General Electric F110-IHI-129, produit sous licence par IHI au Japon, fournit une poussée de 131 kN en postcombustion, permettant au F-2 d’atteindre Mach 2,0 avec un rayon de combat d’environ 833 km (450 milles nautiques). Le fuselage a été adapté pour accueillir ce moteur tout en respectant les capacités japonaises de fabrication et de maintenance.
Les modifications structurelles incluent une nouvelle géométrie de prise d’air et un volume avant accru pour répondre aux besoins du radar et de l’avionique. Bien que basé sur le F-16C Block 40, le F-2 se distingue par ses ailes composites et sa suite avionique nationale, offrant un profil de mission et des exigences de maintenance différents. Son système de gestion d’armement, intégré par Lockheed Martin, est adapté pour être compatible avec les munitions et systèmes japonais, comme le J/AAQ-2.

Ces innovations permettent au F-2 d’emporter jusqu’à quatre missiles antinavires indigènes (ASM-1, ASM-2 ou ASM-3), en plus de l’armement air-air et air-sol standard — une capacité absente initialement du F-16C. L’armement comprend un canon rotatif JM61A2 de 20 mm à six tubes et 11 points d’emport externes, dont deux rails de lancement en bout d’aile, huit pylônes sous les ailes et une station ventrale, pour une charge maximale de 8 085 kg.
L’appareil peut utiliser un large éventail de missiles air-air européens, américains et japonais, tels que les Mitsubishi AAM-3, AAM-4, AAM-5 et l’AIM-9L Sidewinder. Il est également compatible avec des munitions guidées comme les bombes JDAM de 226 et 900 kg, les bombes à guidage infrarouge GCS-1, ou les bombes LJDAM. Des munitions non guidées et des pods lance-roquettes peuvent aussi être déployés. Le recours à une architecture de guidage japonaise permet d’intégrer notamment des bombes guidées locales comme la GCS-1.
La prise de position du général Cordura place clairement le Mitsubishi F-2 en candidat potentiel pour le développement futur des capacités de chasse multirôle de la Force aérienne philippine. Toutefois, aucune démarche officielle d’acquisition n’a encore été entreprise. Les performances, la suite de capteurs et les capacités d’emport du F-2 suggèrent des possibilités opérationnelles largement supérieures à celles offertes par les FA-50PH et Block 70.
Il est certain que des critères logistiques, politiques et budgétaires influenceront toute décision, car l’intégration du F-2 nécessiterait une évaluation approfondie des infrastructures de maintenance, des besoins en formation et de l’interopérabilité avec les moyens existants et à venir. La considération du Japon comme fournisseur souligne une évolution stratégique de la défense philippine et une volonté d’élargir les partenariats régionaux au-delà des traditionnels fournisseurs occidentaux.