Le Royaume-Uni et les États-Unis doivent adapter activement leurs priorités géopolitiques en évolution s’ils veulent préserver et renforcer leur partenariat historique en matière de défense et de sécurité, estime un nouveau rapport du Council on Geostrategy.

Cette étude souligne que, bien que les deux alliés reconnaissent des menaces communes – notamment la montée d’une coordination militaire entre la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord – des divergences dans leurs focalisations régionales et priorités stratégiques risquent de fragiliser la cohérence de cette « relation spéciale ».

Le rapport est soutenu par des voix expertes des deux pays. L’ancien secrétaire britannique à la Défense, Sir Michael Fallon, et l’amiral américain à la retraite Harry Harris signent tous deux des préfaces, appelant à un effort plus déterminé pour moderniser l’alliance face à ce que Fallon décrit comme « la nouvelle ère géopolitique qu’il nous faut affronter ensemble ».

Il est relevé que, tandis que le Royaume-Uni reste centré sur la menace russe en Euro-Atlantique, l’attention américaine se concentre de plus en plus sur l’Indo-Pacifique et le défi militaire et technologique que représente la République populaire de Chine. Cette divergence n’est pas forcément problématique, mais elle doit être gérée activement pour que l’alliance conserve son efficacité stratégique.

« L’alliance peut prospérer même si nous privilégions des théâtres différents », explique le Dr John Hemmings, directeur adjoint pour la géopolitique au Council. « En revanche, je doute qu’elle survive si nous ne nous retrouvons pas sur la définition de nos adversaires. Et c’est fondamental. »

Pour tracer une voie à suivre, le rapport appelle à une collaboration approfondie sur la production militaire, les chaînes d’approvisionnement en terres rares et la régulation des technologies émergentes. Il presse aussi les deux gouvernements à conserver des stratégies régionales flexibles et à renforcer la coopération dans l’industrie de la défense.

Parmi les points de convergence majeurs figurent les préoccupations partagées sur les limites de la mondialisation, le retour de la compétition entre grandes puissances et la nécessité de reconstruire des capacités industrielles de défense. Ces facteurs communs constituent une base solide pour renouveler la coopération, selon les auteurs.

Sir Michael Fallon avertit que le Royaume-Uni devra être prêt à prendre une part accrue des responsabilités au sein de l’OTAN si les États-Unis sont davantage mobilisés dans l’Indo-Pacifique. « Le Royaume-Uni doit se préparer à accroître ses engagements… si, et lorsque, des troupes et moyens américains doivent être mobilisés en urgence pour défendre leur territoire », écrit-il.

L’amiral Harris, ancien commandant du US Pacific Command puis ambassadeur en Corée du Sud, ajoute que l’alliance ne doit pas être considérée comme acquise. « Les bouleversements géopolitiques, les avancées technologiques et les réalignements économiques… imposent une réévaluation des dynamiques traditionnelles entre l’Amérique et la Grande-Bretagne. »

Les auteurs concluent que, malgré la pression croissante de la compétition mondiale, le Royaume-Uni et les États-Unis demeurent les alliés les plus importants l’un pour l’autre jusqu’aux années 2030. Le défi consiste désormais à actualiser cette relation afin qu’elle reste adaptée à une ère de changements géopolitiques accélérés.