Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a confirmé en juin 2025 que la France propose activement le Rafale à la force aérienne portugaise, dont les avions vieillissent et nécessitent une modernisation. Face aux exigences accrues de l’OTAN et aux tensions géopolitiques, le Portugal évalue ses options entre plusieurs avions de combat, avec un intérêt marqué pour le Rafale qui pourrait marquer un tournant stratégique et une moindre dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Portant une flotte d’environ 25 F-16A/B acquis dans les années 1990, la force aérienne portugaise peine à répondre aux missions modernes de défense, notamment en matière de supériorité aérienne et de surveillance maritime dans l’Atlantique nord, une zone clé confrontée à une présence navale russe renforcée. Les F-16, équipés de radars plus anciens et limités en portée et charge utile, montrent leurs limites dans ce contexte.

Historiquement aligné sur les équipements américains, le Portugal a longtemps été un utilisateur fidèle du F-16, mais n’a que peu participé aux programmes européens collaboratifs comme l’Eurofighter ou le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). Ainsi, un éventuel choix du Rafale représenterait un changement notable, rapprochant Lisbonne d’autres pays européens comme la France, la Grèce ou la Croatie qui ont adopté le chasseur français.

Le Rafale, un avion multirôle polyvalent

Le Rafale, bimoteur de génération 4.5 doté d’ailes en delta et d’étriers canards, est conçu pour une large variété de missions allant de la supériorité aérienne aux frappes de précision et opérations maritimes. Son radar AESA RBE2 développé par Thales permet une détection et un suivi multiple de cibles sur de longues distances dans des environnements contestés. Le système de guerre électronique SPECTRA, conçu par Thales et MBDA, renforce sa capacité de survie face aux systèmes de défense adverses.

Outre ses capacités embarquées, le Rafale peut porter un large éventail d’armes telles que le missile air-air beyond-visual-range Meteor, le missile de croisière SCALP ou encore le missile anti-navire AM39 Exocet, mettant en adéquation ses performances avec les besoins portugais pour le domaine maritime.

Le Rafale affiche une expérience opérationnelle probante, ayant participé à des opérations majeures sous mandat de l’OTAN comme en Libye en 2011 et dans la lutte contre l’État Islamique en Irak et Syrie entre 2015 et 2018. Ces missions ont démontré sa capacité à coopérer avec les forces alliées et à mener des combats intensifs avec succès.

Comparé au Saab Gripen E/F, plus léger et moins coûteux mais à charge utile et rayon d’action moindres, le Rafale offre une polyvalence et une technologie avancée mieux adaptées aux exigences hauturières du Portugal. Face au F-35, avion furtif de cinquième génération, le Rafale mise sur sa flexibilité, sa robustesse et un coût global inférieur, bien que le F-35 soit supérieur en matière de furtivité.

Un contexte géopolitique favorable à une plus grande autonomie européenne

Dans un contexte géopolitique en évolution, la proposition du Rafale s’inscrit dans la volonté française portée par Emmanuel Macron de renforcer l’autonomie stratégique européenne. Le président français a mis en avant, lors du Salon du Bourget 2025, le Rafale comme un symbole d’indépendance vis-à-vis des technologies américaines, ce qui trouve un écho chez certains pays de l’UE en quête de diversification et de maîtrise accrue de leur défense.

Choisir le Rafale pourrait aussi signifier pour le Portugal un éloignement progressif des plateformes américaines, suscitant des discussions à l’intérieur de l’alliance transatlantique sur la dépendance aux équipements US. Toutefois, avec une flotte modeste, ce choix ne remettrait pas en cause la cohésion opérationnelle de l’OTAN dans l’Atlantique.

Enjeux internes : budgets et décisions politiques

Le budget portugais consacré à la défense, estimé à 1,5 % du PIB en 2024, reste inférieur à la cible de 2 % recommandée par l’OTAN, ce qui complique le financement d’un programme coûteux comme l’acquisition du Rafale. Son prix unitaire, évalué entre 80 et 100 millions de dollars selon la configuration, hors coûts de maintenance et formation, représente un investissement majeur.

Le débat sur la modernisation des forces aériennes divise la classe politique portugaise, certains insistant sur l’obligation de répondre aux engagements de l’OTAN, d’autres soulignant les contraintes économiques et le besoin de prioriser les dépenses sociales. L’incertitude sur le choix final entre plateformes européennes et américaines reste un enjeu crucial.

Concurrence intense sur le marché des avions de combat

Au-delà du Rafale, plusieurs options s’offrent au Portugal. Le Saab Gripen E/F séduit pour ses faibles coûts d’exploitation et ses technologies avancées, mais son autonomie et sa charge utile limitées sont un frein pour des missions longue distance en milieu maritime. L’Eurofighter Typhoon, quant à lui, réputé pour son excellente maniabilité en combat aérien, privilégie la supériorité aérienne et peut être moins adapté à une doctrine multirôle orientée vers la défense maritime.

Le F-35, avion furtif quint-génération, demeure la référence technologique mais reste onéreux sur l’ensemble du cycle de vie, avec des coûts estimés à plus de 400 millions de dollars par appareil. Son intégration dans des flottes européennes continue cependant de s’étendre.

Évolution technologique et perspectives du Rafale

Dassault Aviation poursuit le développement de la version F4 du Rafale, qui apporte des améliorations substantielles telles qu’un radar RBE2 optimisé, une suite SPECTRA renforcée et l’intégration de nouveaux missiles MICA NG. Ces innovations consolident le potentiel du Rafale face à de nouvelles menaces comme les missiles hypersoniques et les systèmes de défense anti-aériens évolués.

À plus long terme, la version F5 programmée pour une mise en service progressive jusqu’en 2045 prévoit une intégration renforcée des systèmes d’armes autonomes et des capacités de guerre en réseau, plaçant le Rafale comme un chasseur adapté aux exigences futures de l’OTAN, tout en soulignant ses limites face aux futurs avions de sixième génération ou furtifs avancés.

Coopération industrielle et retombées économiques

Un volet essentiel du potentiel contrat Rafale est constitué par la coopération industrielle. Dassault s’appuie sur son expérience récente en Inde, Égypte ou Croatie, où il a proposé des partenariats locaux incluant maintenance, assemblage et transfert de technologies. Ces aspects pourraient séduire le Portugal en facilitant la création d’emplois et le développement de compétences dans le secteur de la défense nationale.

Conclusion

La décision portugaise concernant l’avenir de sa force aérienne dépasse le simple remplacement des F-16. Elle engage le pays à répondre aux défis sécuritaires actuels et à affirmer sa place dans un cadre européen de défense en mutation. Pour la France, la vente du Rafale à Lisbonne renforcerait son influence au sein de l’OTAN et consoliderait le projet de souveraineté européenne en matière militaire.

Le Rafale, grâce à sa combinaison de technologie éprouvée, de polyvalence et d’interopérabilité, apparaît comme un choix stratégique pertinent pour le Portugal, dont la décision finale aura des répercussions significatives sur la configuration future des forces aériennes européennes.