Une frappe audacieuse de drones ukrainiens a frappé la base aérienne russe de Marinovka, dans la région de Volgograd, détruisant deux avions Su-34 et en endommageant deux autres. Cette attaque met en lumière les lacunes des systèmes de défense russes et marque un tournant dans les tactiques modernes de guerre, illustrant la montée en puissance des capacités ukrainiennes en matière de drones à longue portée.

Le 27 juin 2025, les forces ukrainiennes, combinant les efforts des forces spéciales et du service de sécurité ukrainien (SBU), ont lancé une attaque de drones profondément à l’intérieur du territoire russe, ciblant la base aérienne de Marinovka. Outre la destruction des deux Su-34, un incendie s’est déclenché dans les installations de maintenance technique essentielles à la base.

Cette opération, rapportée par des sources militaires ukrainiennes, représente une escalade notable dans l’usage de drones pour perturber les capacités aériennes russes, lesquelles reposent largement sur le Su-34 pour mener des frappes guidées dans la zone de conflit. Elle révèle également des failles dans la protection des bases russes, remettant en question la robustesse de leur infrastructure militaire.

Le Su-34 : un pilier des forces aériennes russes

Le Sukhoï Su-34, connu sous le nom de code OTAN « Fullback », est un chasseur-bombardier biplace bimoteur conçu pour délivrer des frappes de précision dans des environnements contestés. Mis en service en 2014, il remplace progressivement les anciens Su-24 en offrant une meilleure survivabilité et polyvalence.

Avec un poids maximal au décollage d’environ 45 tonnes et un rayon d’action de plus de 1 000 kilomètres, le Su-34 est équipé d’un radar Sh-141 sophistiqué permettant des vols de suivi de terrain et un ciblage précis. Son arsenal comprend des missiles air-air, des armes antinavires ainsi que des munitions guidées comme les bombes à guidage laser KAB-500 et KAB-1500, régulièrement utilisées dans les frappes contre les positions ukrainiennes.

Capable de survoler les champs de bataille et d’emporter de lourdes charges, il constitue un élément central de la campagne aérienne russe en Ukraine. Ses équipements avioniques avancés lui permettent de mener des missions de pénétration à basse altitude pour éviter les défenses adverses. Toutefois, sa dépendance à des bases fixes pour la maintenance et le rééquipement le rend vulnérable lors d’attaques au sol.

La base de Marinovka, située à environ 320 kilomètres de la frontière ukrainienne, est un site stratégique abritant à la fois des aéronefs et l’infrastructure technique nécessaire à leur entretien. La perte de deux Su-34, dont la valeur unitaire est estimée à 50 millions de dollars, ainsi que les dégâts subis par deux autres, représentent un coup significatif pour la Russie, qui comptait environ 120 exemplaires en service début 2025.

Contrairement aux avions occidentaux de même catégorie tels que le F-15E Strike Eagle américain ou le Rafale français, le Su-34 privilégie la robustesse et la capacité de charge plutôt que la furtivité. Cette conception, fidèle à la doctrine russe basée sur une puissance de feu massive, semble moins adaptée aux affrontements contre des menaces peu coûteuses et difficiles à détecter comme les drones, ce qui explique en partie la réussite de l’attaque sur Marinovka malgré les systèmes de défense aérienne présents.

L’arsenal drone ukrainien : un facteur de rupture

La frappe de la base de Marinovka illustre une évolution significative des capacités tactiques ukrainiennes. Bien que les détails techniques des drones employés restent confidentiels, Kiev utilise un mélange de systèmes domestiques et adaptés, capables d’atteindre des objectifs stratégiques au-delà des lignes de front.

Parmi ces équipements figurent probablement le drone UJ-22 Airborne, conçu en Ukraine avec une autonomie de près de 800 kilomètres, ainsi que des Bayraktar TB2 modifiés, d’origine turque. Ces drones emportent des charges explosives précises, guidées par GPS et systèmes inertiels, leur permettant de frapper avec une grande exactitude.

Depuis le début du conflit, le programme drone ukrainien a connu une expansion rapide, avec une industrie locale produisant des drones de reconnaissance et de frappe à longue portée. Leur usage au cours de cette opération a magnifié la capacité de l’Ukraine à exploiter en temps réel les renseignements et à exposer les vulnérabilités des défenses russes.

La frappe a non seulement détruit des avions, mais aussi gravement endommagé les installations de maintenance, entravant la capacité russe à remettre rapidement ses appareils en état de vol. Cette double action maximise l’impact stratégique en réduisant la disponibilité des forces aériennes supplémentaires.

Déroulement de l’attaque

Dans la nuit du 27 juin 2025, une nuée de drones ukrainiens a franchi l’espace aérien russe en direction de Marinovka. Selon le haut état-major ukrainien, citant notamment des publications sur les réseaux sociaux, l’assaut a visé les parkings des Su-34 ainsi que les ateliers de maintenance, provoquant une série d’explosions suivies d’incendies. L’étendue précise des dégâts reste cependant non confirmée de manière indépendante.

La capacité à frapper un objectif éloigné de plus de 320 kilomètres a nécessité une planification minutieuse, exploitant les failles du réseau russe de défense aérienne comprenant des systèmes S-400 et Pantsir-S1. Bien que puissants contre les menaces hautes altitudes, ces systèmes éprouvent des difficultés face à de petits drones volant bas et présentant des signatures radar très faibles.

Cette attaque fait écho à une opération similaire menée en juin 2024 contre la base de Morozovsk, où les drones avaient déjà endommagé des Su-34 et des installations techniques. Cependant, l’incursion à Marinovka marque une progression notable dans la portée et la sophistication ukrainiennes.

Des défenses russes mises à l’épreuve

La réussite de cette attaque remet en question l’efficacité réelle du système de défense aérienne russe, souvent considéré comme parmi les plus avancés au monde. Le S-400, capable de détecter et d’intercepter des cibles à très longue distance, s’appuie sur des radars en multi-couches associés à des unités Pantsir-S1 pour une protection rapprochée. Pourtant, leur performance contre des drones de petite taille reste limitée.

Plusieurs précédents incidents ont déjà mis en lumière ces faiblesses, notamment en décembre 2023, lors de la prétendue destruction de trois Su-34 par des forces ukrainiennes combinant missiles Patriot et tromperies tactiques. Les frappes répétées par drones révèlent une lacune persistante dans la protection des bases aériennes russes. L’option de disperser les appareils vers des bases plus petites et moins vulnérables est compliquée par les exigences logistiques, tandis que la concentration des forces dans des sites importants comme Marinovka en fait des cibles sensibles.

Conséquences stratégiques

La perte et les dégâts causés aux Su-34 réduisent la capacité russe à mener des frappes guidées depuis les airs, essentielles dans les offensives principalement autour de Donetsk et Kharkiv. Chaque Su-34 pouvant emporter jusqu’à 12 tonnes d’armements, leur indisponibilité affecte lourdement la projection de puissance aérienne.

Pour l’Ukraine, cette opération démontre une aisance croissante à utiliser des moyens innovants pour compenser un déséquilibre technologique et numérique. La stratégie consistant à multiplier des engagements avec des drones peu coûteux contre des cibles stratégiques s’inscrit dans une tendance mondiale où les systèmes drones révolutionnent les modes d’engagement.

Sur le plan géopolitique, ces frappes au cœur du territoire russe pourraient intensifier les tensions, incitant Moscou à riposter par des attaques ciblant les infrastructures ukrainiennes ou les populations civiles. Elles renforcent aussi la demande ukrainienne d’un soutien accru en technologies avancées et systèmes de renseignement, notamment auprès des États-Unis et de l’OTAN, qui observent attentivement l’évolution des capacités drones du champ de bataille.

Un pattern de frappes audacieuses

Cette offensive s’inscrit dans une série d’actions stratégiques menées par l’Ukraine depuis le début du conflit. Les Bayraktar TB2 turcs avaient déjà permis en 2022 de perturber les colonnes russes, et les drones nationaux se sont progressivement imposés dans les frappes profondes contre des infrastructures vitales.

L’attaque de Morozovsk avait déjà attesté de cette capacité, mais celle de Marinovka démontre une portée accrue et un niveau de sophistication plus élevé, probablement soutenu par un partage d’informations avec les partenaires occidentaux.

Perspectives et défis

Malgré la communication officielle ukrainienne célébrant cette victoire, plusieurs éléments restent à confirmer indépendamment, notamment l’étendue précise des pertes et des dégâts. La provenance exacte des renseignements et le nombre de drones impliqués demeurent inconnus, laissant ouverte la question de l’appui direct occidental.

Du côté russe, on peut s’attendre à des adaptations défensives, telles que le renforcement des contre-mesures anti-drones et une éventuelle redistribution des aéronefs. Toutefois, ces changements posent des contraintes logistiques et tactiques notables.

Cette attaque illustre un tournant dans la guerre, où la combinaison d’innovation technologique, d’asymétrie des forces et de renseignement en temps réel influence fortement l’issue des combats. Tandis que la Russie tente de consolider ses défenses, l’Ukraine capitalise sur ses nouvelles capacités pour maintenir une pression stratégique renforcée.