Le budget proposé par le Pentagone pour l’année fiscale 2026 consacre pleinement ses moyens au chasseur furtif de sixième génération F-47 de l’US Air Force, tout en reportant de fait les ambitions de la Marine américaine pour un avion de combat de nouvelle génération embarqué, le F/A-XX.

Selon les autorités américaines, un élément clé de cette décision réside dans la crainte que l’écosystème industriel national ne soit pas en mesure de développer et produire simultanément deux chasseurs furtifs avancés distincts. Par ailleurs, les achats de F-35 Joint Strike Fighter, initialement prévus, seront réduits de plus de moitié afin de réaffecter les ressources aux améliorations essentielles de ces appareils et au maintien des flottes existantes.

Des hauts responsables américains ont dévoilé cette proposition budgétaire, publiée discrètement après un important retard, marquant ainsi un tournant significatif par rapport aux années précédentes.

« Le F-47, premier chasseur piloté de sixième génération, bénéficie d’un financement de 3,5 milliards de dollars suite à la décision du président Trump de poursuivre son développement par Boeing », a déclaré un haut responsable militaire. « Le programme F/A-XX de la Marine conservera un financement minimal dédié au développement, afin de préserver la capacité à exploiter les travaux du F-47 et d’éviter une sursollicitation des ingénieurs qualifiés de la base industrielle de défense ».

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a révélé publiquement cette enveloppe de 3,5 milliards de dollars lors d’une audition au Congrès en début de mois.

« Le budget inclut une demande de 74 millions de dollars pour le programme F/A-XX afin de finaliser la conception de cet appareil. Nous avons pris la décision stratégique de parier entièrement sur le F-47 », a-t-il ajouté. « Cette orientation repose sur notre conviction que la base industrielle ne peut gérer qu’un programme à la fois, ainsi que sur la priorité présidentielle d’exécuter pleinement le F-47 ».

Le financement prévu pour achever la conception du F/A-XX vise à maintenir ouverte la possibilité d’un tel chasseur à l’avenir.

Début juin, Steve Parker, directeur général de Boeing Defense and Space, a publiquement rejeté l’idée que la base industrielle américaine ne pourrait pas travailler simultanément sur le F-47 et le F/A-XX.

Northrop Grumman, qui s’est retiré en 2023 de la compétition NGAD (Next Generation Air Dominance) de l’Air Force, est également candidat au programme F/A-XX. Lockheed Martin, quant à elle, a été écartée de la compétition navale en mars dernier.

Quoi qu’il en soit, le projet F/A-XX est resté dans une situation d’incertitude depuis plusieurs mois. En mars, des rapports évoquaient une annonce imminente du contrat de la Marine pour ce chasseur, rapidement après celle du F-47, mais cette étape n’a jamais été franchie. Un rapport de Bloomberg News début juin, fondé sur des documents budgétaires internes, indiquait que le Pentagone redirigeait 500 millions de dollars du budget F/A-XX vers le F-47, soulignant les contraintes pesant sur la base industrielle.

« Actuellement, pratiquement toutes les options sont envisagées pour assurer la capacité aviation tactique [TACAIR] dont ont besoin nos pilotes le plus rapidement possible », a ajouté ce responsable en réponse à une question portant sur la possibilité d’une déclinaison navalisée du F-47. « C’est là-dessus que nous concentrons surtout notre analyse : les calendriers de tous ces programmes ».

Si l’on s’attendait depuis longtemps à ce que le F-47 et le F/A-XX puissent partager certaines missions, notamment en tant que « chef d’orchestre » aérien pour les drones, les exigences fondamentales pour un appareil terrestre diffèrent considérablement de celles d’un avion embarqué sur porte-avions.

Le F-35 illustre bien cette réalité : bien que les variantes paraissent similaires extérieurement, seulement 20 % des pièces sont communes entre la version terrestre, la version embarquée et celle à décollage court et atterrissage vertical (STOVL). Aviation Week avait signalé l’an dernier que la Marine avançait sur le F/A-XX comme un programme nettement distinct de celui du NGAD pour l’Air Force, qui a abouti au F-47.

Comme indiqué, la dernière proposition budgétaire du Pentagone pour 2026 prévoit également une réduction des achats de F-35.

« Les commandes de F-35 passent de 74 à 47 appareils », selon un haut responsable militaire, sans préciser la répartition par variante. Des rapports antérieurs signalaient déjà une réduction des F-35A destinés à l’Air Force.

Cette démarche permettra de maintenir la production à un niveau minimal, tout en augmentant les investissements dans la modernisation du Bloc 4 et en consacrant près d’un milliard de dollars aux pièces de rechange, afin de répondre aux difficultés de maintenance et de disponibilité.

Le Bloc 4 doit apporter d’importantes améliorations à toutes les versions du F-35, incluant un nouveau radar, des capacités de guerre électronique renforcées et un armement élargi. Toutefois, ce programme a subi des retards majeurs et des coûts en hausse. Par ailleurs, les F-35 nécessitent une mise à jour complémentaire hardware et software, le Technology Refresh 3 (TR-3), indispensable pour intégrer les évolutions du Bloc 4, dont le développement a aussi rencontré des obstacles.

Le Pentagone a même suspendu pendant près d’un an la réception de nouveaux F-35 à cause de problèmes liés au TR-3. Depuis mai, Lockheed Martin affirme publiquement que ce développement est désormais achevé, bien que l’armée de l’Air américaine n’ait pas encore validé formellement cette étape.

Les pénuries de pièces de rechange, ainsi que d’autres difficultés au niveau maintenance et approvisionnement, affectent régulièrement le programme F-35. Ces problèmes expliquent en grande partie les taux de disponibilité relativement faibles des flottes américaines de F-35 depuis plusieurs années.

Le budget 2026 contient également 3 milliards de dollars pour l’acquisition de nouveaux F-15EX Eagle II destinés à l’US Air Force, portant la flotte prévue de 98 à 129 appareils. L’armée de l’Air sollicite en outre 870 millions de dollars pour son programme de drones de combat collaboratifs (CCA), qui soutient les projets des prototypes General Atomics YFQ-42A et Anduril YFQ-44A, ainsi que le développement des concepts d’opérations associés.

Il convient de souligner que la proposition budgétaire du Pentagone doit encore être adoptée et financée par le Congrès américain, qui modifie régulièrement les priorités et plans d’investissement en défense, y compris pour les programmes majeurs d’armement. Le financement du F/A-XX a déjà été fortement remis en question par les élus par le passé.

De nombreux parlementaires s’inquiètent depuis longtemps du recul des inventaires de chasseurs dans toutes les forces armées américaines. Lors d’une audition en mai, le sénateur républicain de l’Arkansas, Tom Cotton, a interrogé le chef d’état-major de l’US Air Force, le général David Allvin, sur la possibilité de renforcer la flotte aérienne avec plus de F-16 modernisés. Ce dernier lui a répondu qu’il le contacterait pour discuter du caractère « souhaitable » d’une telle option.

Par ailleurs, Lockheed Martin travaille sur un concept d’« upgrade Ferrari » ou NASCAR pour le châssis principal du F-35, revendiquant la capacité d’offrir 80 % des performances d’un appareil de sixième génération à moitié prix – une affirmation importante mais encore non vérifiée. Il a été souligné que ce type de travaux pourrait occasionner des retards pour le F-47 et/ou le F/A-XX.

Le Pentagone assure toutefois qu’il n’a pas renoncé à disposer à terme d’un chasseur embarqué de nouvelle génération, malgré son orientation actuelle clairement centrée sur le F-47.

Pour l’heure, le F-47, et par extension Boeing, figurent en bonne place parmi les grands gagnants dans le domaine de l’aviation tactique de prochaine génération selon la dernière proposition budgétaire américaine.