En Allemagne, le débat sur la réintroduction du service militaire obligatoire, suspendu depuis plusieurs années, fait souvent référence au modèle suédois. Par exemple, le Parti social-démocrate (SPD) mentionnait, dans la résolution adoptée lors de son dernier congrès, le modèle de service militaire suédois. Jonas Hård af Segerstad, attaché de défense suédois à Berlin jusqu’à récemment, avait déjà présenté en début d’année 2024 la réalité de ce système. À l’heure actuelle, il apporte un éclairage précieux sur la discussion allemande au travers d’un témoignage qu’il partage.

Contrairement à certaines idées reçues, le modèle suédois ne repose pas simplement sur un concept de « conscription à la carte ». En Suède, lorsqu’une personne est appelée sous les drapeaux, elle ne peut pas refuser. Le service militaire est bel et bien obligatoire pour les jeunes hommes et femmes sélectionnés, et ce, dans un cadre rigoureux.

La procédure débute par une convocation mêlant tirage au sort et évaluation approfondie des compétences et aptitudes physiques. Seules les personnes jugées aptes et nécessaires au fonctionnement des forces armées sont incorporées. Le processus vise à constituer des effectifs équilibrés, combinant une formation professionnelle pointue et les besoins de l’armée suédoise, qui cherche à maintenir une force de défense nationale complète et réactive.

Un système exigeant et rigoureux

Ce qui caractérise fondamentalement le service militaire suédois, c’est l’absence d’exemption ou de refus une fois que la convocation est prononcée. Contrairement à d’autres systèmes où le volontariat a pris le pas, ou où des dérogations nombreuses existent, l’engagement au service militaire, ou à un service civil de substitution, est réellement obligatoire. Tout manquement à cette obligation peut entraîner des sanctions.

La durée du service elle-même est encadrée, généralement entre 9 et 12 mois, selon la spécialisation et la formation suivie. Une partie importante des appelés est formée aux opérations terrestres, aériennes ou maritimes, alors qu’une autre est destinée à des fonctions techniques, logistiques ou de renseignement. Ce système permet donc de répondre aux exigences actuelles de défense moderne, où la spécialisation est cruciale.

Le rôle de la formation et de la sélection

La sélection est un aspect essentiel : seuls ceux présentant un profil compatible avec les besoins militaires sont retenus. La formation se veut également intensive, mêlant entraînement physique, enseignements tactiques et apprentissage des technologies militaires avancées. Cette approche vise à garantir que chaque conscrit devienne un maillon efficace dans le dispositif national de défense.

En outre, la Suède a veillé à maintenir une certaine flexibilité pour intégrer les changements géopolitiques et technologiques. Il ne s’agit pas d’un service figé, mais d’une institution dynamique qui s’adapte en permanence aux nouvelles menaces et aux exigences stratégiques, notamment dans le domaine cybernétique et électromagnétique.

Un modèle attentif aux équilibres civils et militaires

Enfin, ce système s’inscrit dans un cadre légal et démocratique strict, avec une supervision civile forte, ce qui garantit un équilibre entre les exigences militaires et les droits des citoyens. Le service permet aussi de renforcer le lien entre la société et ses forces armées, en sensibilisant les jeunes générations à la défense du pays et à la sécurité nationale.

En conclusion, le « modèle suédois » illustre un équilibre entre obligation et efficacité, combinant un recrutement sélectif, une formation pointue et une véritable contrainte juridique : être appelé sous les drapeaux signifie en Suède s’engager sans possibilité de refus. Pour un pays comme l’Allemagne qui débat de la réintroduction de la conscription, ce modèle offre une alternative qui allie rigueur et adaptabilité à un contexte stratégique exigeant.