Le Pakistan dément avoir conclu un accord pour l’achat des avions furtifs chinois J-35A, dans un contexte de tensions régionales croissantes. Ces démentis interviennent alors que des rumeurs évoquaient une livraison dès 2026, soulevant des interrogations sur la course aux armements en Asie du Sud. Par ailleurs, les ambitions chinoises dans le domaine des chasseurs furtifs font face à une surveillance accrue, influencée par les dynamiques militaires complexes entre le Pakistan et l’Inde.

Lors d’une interview télévisée récente, le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a fermement démenti les informations faisant état d’un accord pour l’achat d’une quarantaine de chasseurs furtifs J-35A produits par la Chine. Il a qualifié les rumeurs de spéculations médiatiques destinées à stimuler les ventes d’armes chinoises, réfutant ainsi toute livraison imminente.

Les déclarations du ministre ont été faites en réponse à des questions portant sur une possible livraison dès 2026 d’environ 40 appareils. Elles relancent le débat sur la modernisation des forces armées pakistanaises ainsi que sur la géopolitique régionale où la rivalité avec l’Inde reste un facteur constant. Cet épisode intervient dans un contexte où le rôle croissant de la Chine en tant que fournisseur d’armements interpelle aussi bien Washington que New Delhi.

Cette prise de position officielle est la première confirmation claire émanant de la défense pakistanaise après plusieurs mois de spéculations. Certaines sources avaient évoqué des livraisons possibles dès août 2025, positionnant le Pakistan comme le premier acquéreur étranger du J-35A, un chasseur furtif de cinquième génération développé par la Shenyang Aircraft Corporation en Chine.

Les rumeurs annonçaient également une remise de 50 % sur le prix standard en guise de partenariat stratégique, soulignant l’importance de Pékin à étendre ses exportations d’armement. Pour les observateurs américains, cette évolution potentielle soulève des questions quant à l’équilibre militaire de la région et aux ambitions de la Chine sur le marché mondial des avions de combat de dernière génération.

Le démenti de Khawaja Asif : rétablir les faits

Interrogé par Arab News, Khawaja Asif a clairement rejeté l’existence d’un tel contrat : « Je pense que cela n’existe que dans les médias. C’est uniquement dans les médias, et cela sert à vendre des armes chinoises », indiquant que ces informations relèvent plus du battage commercial que de la réalité.

Ses propos contredisent notamment les affirmations selon lesquelles Islamabad aurait finalisé un contrat portant sur 40 chasseurs J-35A équipés de missiles air-air longue portée PL-17. Cette mise au point souligne la prudence du Pakistan à divulguer ses projets d’équipement militaire, notamment dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Inde, suite aux affrontements récents le long de la Ligne de Contrôle au Cachemire.

Le ministre pakistanais de la Défense apporte donc une première clarification de haute importance, niant l’existence d’un accord formel avec la Chine concernant le J-35A, alors que certains rapports affirmaient que des pilotes pakistanais s’entraînaient déjà en Chine sur cet avion.

Ce démenti semble aussi refléter la volonté d’éviter toute escalade des tensions régionales, l’Inde surveillant attentivement les acquisitions militaires de son voisin. Pour la communauté internationale, ces déclarations rappellent les difficultés à naviguer dans un paysage d’information parfois flou où les rumeurs influencent les perceptions géostratégiques.

Origines des rumeurs autour du J-35A

Les spéculations sur un accord Pakistan-Chine ont émergé fin 2024, notamment après la présentation du J-35A lors du salon aéronautique de Zhuhai en novembre, événement qui a suscité un intérêt médiatique considérable. Le diffuseur pakistanais 24 News HD avait affirmé que la force aérienne pakistanaise avait approuvé l’achat de 40 chasseurs, avec des livraisons prévues sous deux ans pour renouveler une flotte vieillissante composée principalement de F-16 américains et de Mirage français.

D’autres sources, notamment Defence Security Asia, avaient évoqué une accélération de la livraison pour août 2025, citant des échanges diplomatiques et militaires de haut niveau entre Islamabad et Pékin. Sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs allaient jusqu’à affirmer que les pilotes pakistanais s’entraînaient déjà en Chine, sans confirmation officielle.

Par ailleurs, les récits faisaient état d’une réduction tarifaire importante proposée par la Chine, pouvant réduire de moitié le coût de l’appareil, ce qui représenterait une première pour les exportations du J-35A. Ce scénario s’inscrivait dans une stratégie visant à installer le Pakistan comme principal partenaire exportateur pour cet avion de chasse chinois, un secteur où Pékin peine à rivaliser avec les constructeurs occidentaux.

Cette dynamique s’est amplifiée dans un contexte de tensions entre l’Inde et le Pakistan, exacerbé par une attaque militante en avril 2025 dans la zone contrôlée par l’Inde au Cachemire, suivie d’un affrontement militaire bref et intense début mai. Certains analystes voyaient dans la possible livraison accélérée du J-35A une réponse chinoise pour renforcer les capacités aériennes pakistanaises face à une Inde en modernisation rapide.

La rapide propagation de ces rumeurs illustre le caractère volatile du traitement de l’information dans le secteur de la défense, où des affirmations non vérifiées peuvent rapidement façonner le récit sur les rapports de force régionaux. Pour les acteurs internationaux, notamment américains, cela souligne la nécessité de distinguer clairement les faits des spéculations dans une région aux enjeux stratégiques majeurs.

Le J-35A : un aperçu du chasseur furtif chinois

Le J-35A, au cœur des débats, est un chasseur furtif de cinquième génération conçu pour renforcer les capacités aériennes de la Chine et rivaliser avec les appareils occidentaux comme le F-35 Lightning II américain.

Développé par la Shenyang Aircraft Corporation, filiale de la société d’État Aviation Industry Corporation of China, le J-35A est la version terrestre de la série J-35, distincte de la variante navale conçue pour les opérations sur porte-avions. Présenté pour la première fois au grand public lors du salon de Zhuhai, cet appareil se caractérise par un design furtif avancé, avec une surface équivalente radar estimée à 0,001 m², comparable au F-35, le rendant difficile à détecter en combat.

Il s’agit d’un chasseur monoplace, bimoteur, multirôle, optimisé pour la supériorité aérienne et les missions d’attaque au sol. Ses systèmes avioniques avancés comprennent un radar à antenne à balayage électronique actif (AESA), permettant une détection et un suivi performants des cibles, ainsi qu’un système infrarouge de recherche et de poursuite, utilisable sans émettre d’impulsions radar.

Le J-35A est doté d’admissions d’air supersoniques sans déflecteurs, améliorant l’efficacité des moteurs, ainsi que d’une verrière à bulle monobloc offrant une excellente visibilité au pilote. Son armement peut inclure le missile air-air longue portée PL-17, avec une portée de plus de 320 kilomètres, offrant la capacité d’engager des cibles à distance. De taille plus réduite que le J-20, autre chasseur furtif chinois plus volumineux, le J-35A se veut plus économique à l’export et plus simple à entretenir.

À l’échelle régionale, l’acquisition du J-35A représenterait une avancée majeure pour la force aérienne pakistanaise, qui opère actuellement un mix de JF-17 Thunder chinois, de F-16 américains et de Mirage français plus anciens. De son côté, l’aviation indienne dispose de Rafale français et de Su-30MKI russes, mais ne possède pas encore de plateforme furtive opérationnelle, faisant ainsi du J-35A un atout potentiel significatif pour Islamabad.

Le Rafale, bien qu’étant un chasseur de génération 4,5 très performant grâce à ses radars et armements avancés, possède une signature radar plus importante que celle d’un appareil furtif de cinquième génération. Le Su-57 russe, également furtif, rencontre des difficultés dans sa production et ses ventes à l’export, positionnant le J-35A comme une alternative crédible et moins coûteuse pour certains partenaires internationaux.

Pour les observateurs américains, l’émergence du J-35A illustre les progrès technologiques croissants de la Chine dans le domaine aéronautique, remettant en cause la suprématie américaine sur le segment des chasseurs furtifs. Bien que l’avion n’ait pas encore été éprouvé en situation de combat, ses caractéristiques démontrent que Pékin réduit l’écart avec les fabricants occidentaux, soulevant des inquiétudes quant à la diffusion de technologies avancées dans des régions aussi sensibles que l’Asie du Sud.

Enjeux géopolitiques : Pakistan, Chine et Inde

La coopération militaire étroite entre la Chine et le Pakistan constitue l’un des piliers de la stratégie de défense pakistanaise, motivée par des intérêts communs visant à contrebalancer l’influence régionale de l’Inde. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), la Chine représente 81 % des importations d’armements du Pakistan entre 2020 et 2024.

Parmi les acquisitions antérieures figurent notamment le JF-17 Thunder, un chasseur léger multirôle développé conjointement, ainsi que le J-10C, un appareil de génération 4,5 acquis en 2022 pour répondre au Rafale indien. Ces équipements ont renforcé la force aérienne pakistanaise, mais l’arrivée potentielle d’un chasseur furtif de cinquième génération comme le J-35A pourrait profondément modifier cet équilibre, surtout que l’Inde ne prévoit pas d’avoir son propre appareil furtif avant 2035, avec le développement de son Advanced Medium Combat Aircraft.

Le projet du J-35A s’inscrit également dans le cadre d’une coopération plus large placée sous l’égide du corridor économique Chine-Pakistan, un programme d’infrastructures chiffré à plusieurs milliards de dollars et intégré à l’initiative chinoise Belt and Road. Cette stratégie renforce l’empreinte stratégique de Pékin en Asie du Sud, tant sur les plans civil que militaire, suscitant l’attention des États-Unis, particulièrement sensibles à la stabilité et à la contre-terrorisme dans cette zone clé.

Les relations Inde-Pakistan, marquées par trois conflits majeurs et un différend territorial persistant autour du Cachemire, accentuent la tension autour de la modernisation militaire. L’incident de mai 2025, déclenché par une attaque de militants à Pahalgam, avait conduit à un bref affrontement, pendant lequel des J-10C pakistanais auraient perturbé les Rafale indiens grâce à des mesures de brouillage électronique, témoignant des progrès technologiques de l’arsenal chinois au Pakistan.

Si l’Inde a nié ces faits, cet épisode illustre bien la compétition technologique qui sous-tend la course aux armements régionale. L’acquisition éventuelle du J-35A par Islamabad risquerait d’intensifier cette rivalité, poussant New Delhi à accélérer son propre programme furtif ou à envisager l’achat de chasseurs occidentaux comme le F-35, bien que les coûts et enjeux diplomatiques rendent cette option peu probable à court terme.

Les ambitions chinoises à l’export : effet d’annonce ou stratégie

Le ministre Khawaja Asif a évoqué une utilisation possible des rumeurs sur le J-35A comme levier marketing, révélant ainsi les ambitions chinoises plus larges sur le marché mondial des armements. Pékin a généralement du mal à concurrencer les États-Unis et la Russie dans la vente de chasseurs de haute technologie, les J-10 et JF-17 étant principalement distribués à des alliés proches comme le Pakistan.

Le J-35A représente donc une opportunité pour la Chine de peser davantage dans ce segment, notamment sur des marchés où le coût constitue un critère déterminant. Une exportation réussie vers le Pakistan validerait la crédibilité du modèle et pourrait susciter l’intérêt d’autres pays comme l’Égypte ou l’Algérie, comme l’ont avancé certaines sources.

La réputation de l’industrie chinoise en matière d’effet d’annonce n’est plus à faire, comme lors de la livraison du J-10C au Pakistan en 2022. Le lancement du J-35A à Zhuhai et les hypothèses sur l’intérêt pakistanais pourraient notamment avoir été amplifiés pour renforcer l’image de la Chine comme fournisseur d’armes technologiquement avancées. Toutefois, le démenti d’Asif indique que ces annonces ont peut-être survendu l’état réel du contrat, peut-être pour mettre la pression sur d’autres acheteurs ou montrer sa force à l’Inde et à ses alliés.

Pour les décideurs américains, cette dynamique d’exportation de chasseurs furtifs soulève des questions sur la diffusion de technologies sensibles dans des régions instables. Alors que les États-Unis limitent les ventes de F-35 à un cercle restreint d’alliés, la Chine dispose de marges de manœuvre plus larges, lui permettant potentiellement d’armer des pays aux relations complexes avec Washington, à l’image du Pakistan. Ce contexte complique les efforts américains pour maintenir leur supériorité technologique et leur influence dans la région.

Le silence de Pékin : signification et enjeux

Le ministère chinois de la Défense ainsi que la Shenyang Aircraft Corporation sont restés silencieux concernant les rumeurs sur le J-35A, sans confirmer ni infirmer l’intérêt pakistanais. Cette réserve est typique de la politique chinoise sur les exportations d’armes, où les annonces officielles interviennent uniquement lorsque les accords sont conclus. Ce silence pourrait indiquer des négociations en cours ou une volonté de ne pas aggraver les tensions avec l’Inde, qui suit de près les liens militaires entre Pékin et Islamabad.

Les analystes internationaux offrent plusieurs hypothèses : certains pensent que la Chine veut éviter de provoquer une réaction indienne ou l’attention des puissances occidentales, d’autres estiment que Pékin exploite les rumeurs pour évaluer la demande sans s’engager précisément. Cette stratégie d’ambiguïté maintient le J-35A sous les projecteurs tout en conservant une marge de manœuvre politique.

Pour le public américain, le mutisme chinois souligne les difficultés à interpréter les intentions de Pékin dans le secteur militaire. Contrairement aux constructeurs occidentaux, qui annoncent souvent leurs ventes à l’export, la discrétion chinoise complique la vérification des informations et le suivi de la propagation des technologies militaires avancées.

Perspectives : implications pour le Pakistan et la région

Le démenti de Khawaja Asif devrait modérer les attentes quant à un accord imminent, mais il ne ferme pas la porte à une éventuelle modernisation future de l’aviation pakistanaise. Celle-ci, composée d’appareils vieillissants et de moyens intermédiaires, doit impérativement faire face aux acquisitions croissantes de l’Inde, qui enrichit sa flotte avec des Rafale supplémentaires et modernise ses Su-30MKI. L’acquisition éventuelle du J-35A offrirait à Islamabad un avantage notable, susceptible de modifier l’équilibre aérien en Asie du Sud pendant au moins une décennie, jusqu’à ce que l’Inde développe son propre avion furtif.

Ce refus de confirmer l’achat témoigne aussi d’une prudence diplomatique, visant à ne pas exacerber les tensions avec l’Inde ni compliquer les relations avec d’autres partenaires internationaux, notamment les États-Unis, fournisseurs des F-16 et divers équipements. Pour la Chine, cet épisode met en lumière la difficulté à s’imposer sur le marché des chasseurs haut de gamme où interviennent de nombreux critères liés à la fiabilité, au prix et aux considérations géopolitiques. Si le Pakistan devenait effectivement client du J-35A, ce serait une étape majeure pour l’industrie de défense chinoise, mais les propos du ministre laissent penser que ce scénario est encore lointain.

Au-delà, les conséquences régionales seraient importantes. Une capacité furtive pakistanaise accentuerait la course aux armements avec l’Inde, pouvant entraîner l’intervention d’autres acteurs comme la Russie ou les États-Unis, alors que New Delhi chercherait des contrepoids à l’influence chinoise. Pour Washington, cela souligne la nécessité d’une surveillance accrue des relations militaires sino-pakistanaises, susceptibles de redessiner le paysage stratégique d’une zone clé pour ses intérêts sécuritaires.

Enfin, cette affaire illustre la fragilité des équilibres en Asie du Sud, où chaque avancée militaire peut raviver des tensions déjà fortes. Si le démenti actuel calme les spéculations, la perspective d’un chasseur furtif chinois dans l’arsenal pakistanais reste une source de questionnements quant à la stabilité future de la région.