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La semaine dernière, l’Army Contracting Command, au nom du Program Executive Office (PEO) Aviation, a publié un avis de recherche de fournisseurs intitulé « Systèmes d’aéronefs sans pilote (UAS) pour l’Armée de Terre américaine ». Cette démarche fait suite à une demande d’informations antérieure datant d’avril, portant sur les systèmes à usage unique conçus pour être abordables (Purpose Built Attritable Systems, PBAS).

Cette annonce marque une avancée significative. Jusqu’ici, le processus d’acquisition a tardé à répondre à cette exigence, tandis que les commandants de brigade et de division ont improvisé cette capacité en s’appuyant sur des soldats disposant de compétences personnelles en drones, associées à l’impression 3D. Malheureusement, ces initiatives ne bénéficient pas d’un financement dédié en termes de ressources humaines, formation ou maintenance. Un achat d’une telle ampleur permettra à l’armée américaine de maîtriser l’emploi de ces capacités et de les intégrer à l’échelle de l’ensemble de la formation. Les soldats s’adapteront rapidement et pourront bientôt utiliser ces drones pilotés en immersion (FPV), associés à d’autres systèmes, pour améliorer la surveillance, la reconnaissance, la désignation de cibles précises, la guerre électronique et la réalisation d’effets massifs à faible coût via des essaims.

Cette nouvelle démarche de recherche de fournisseurs met davantage l’accent sur le coût des drones, en s’affranchissant partiellement des contraintes de performance, de charges utiles et d’autres exigences mentionnées précédemment. L’objectif est de fournir rapidement des solutions UAS économiques aux formations de l’Armée de Terre et de limiter les « orchestrations excessives ». L’Armée est consciente que la capacité de production de ces systèmes doit s’étendre à l’ensemble de la base industrielle.

« J’appelle ces drones attritables le « obus de 155 mm du futur ». » Cette comparaison est fondée sur le fait qu’un obus de 155 mm coûte environ 3 000 dollars. L’armée vise un prix unitaire jusqu’à 2 000 dollars pour chaque PBAS, un tarif que je juge plutôt optimiste. La disponibilité de ces systèmes, fabriqués à partir de composants américains ou provenant d’alliés fiables, représente un impératif national.

Extrait de l’avis de recherche de fournisseurs :

« L’Armée requiert des systèmes aériens sans pilote économiques pour un déploiement immédiat, avec une capacité allant jusqu’à 10 000 véhicules aériens en 12 mois. La capacité à fournir des systèmes à un coût inférieur ou égal à notre seuil est le principal critère pondéré. Les caractéristiques de performance du système distingueront ceux répondant à cette exigence fondamentale. La capacité de production ainsi que la possibilité pour les soldats de modifier et réparer ces systèmes sont des critères supplémentaires. Les modifications visent à permettre aux soldats d’ajouter des charges utiles simples (telles que des mortiers de 30 mm, des grenades ou d’autres effets létaux) ainsi que des capacités non létales selon les besoins des missions, sans intervention du fabricant sur le terrain. Ces systèmes pourront également servir de cibles lors des entraînements contre les systèmes aériens sans pilote (C-UAS) et autres exercices. De plus, la possibilité de réparation par les soldats est nécessaire pour leur permettre de bien comprendre leur équipement et de rester opérationnels en attendant l’arrivée de systèmes supplémentaires ou de pièces de rechange. »

Le chiffre de 10 000 drones par mois est d’autant plus significatif qu’il correspond au nombre minimal de drones attritables que l’Ukraine affirme utiliser mensuellement dans ses opérations contre la Russie. Ce chiffre peut atteindre 30 000 drones par mois, voire plus. La question se pose donc : comment l’Armée américaine pourrait-elle consommer autant de drones en temps de paix ? Premièrement, les 10 000 drones représentent la capacité maximale de pointe, sans plan immédiat pour l’atteindre totalement, même si la demande réelle dépasserait largement ce seuil en cas d’opérations majeures. Deuxièmement, bien que les drones FPV ne rivalisent pas avec la précision des systèmes guidés de haute technologie, ils sont bien moins coûteux et peuvent être produits rapidement. En Ukraine, la production décentralisée dans des ateliers rudimentaires est aussi importante que celle des usines, avec des centaines d’unités fabriquées chaque nuit. Troisièmement, ces drones serviront à l’entraînement au contre-système aérien sans pilote (C-UAS). Jusqu’à présent, les occasions de manipuler des systèmes en conditions réelles ont été rares, ce qui fait de cette initiative une opportunité pour l’Armée et le Département de la Défense d’exécuter simultanément des exercices offensifs et défensifs.

Exigences pour les fournisseurs potentiels de PBAS :

  • Coût unitaire du véhicule aérien inférieur à 2 000 dollars.
  • Fourniture éventuelle d’équipements complémentaires tels que stations de contrôle au sol/manettes, équipements de communication, lunettes FPV, batteries et stations de charge pour un ou plusieurs contrôleurs – ces coûts seront pris en compte lors de l’évaluation.
  • Capacité de production permettant de livrer une première série avant le 30 septembre 2025, avec possibilité d’augmenter rapidement les volumes pour atteindre 10 000 unités dans les 12 mois suivants.
  • Possibilité pour les soldats de modifier, dans des limites raisonnables, les systèmes avec des charges utiles tierces, armements et munitions, sans intervention du fabricant.
  • Capacité de réparation par les soldats sans besoin d’assistance du fournisseur.

Les systèmes doivent également être conformes ou présenter une trajectoire claire de mise en conformité avec les régulations suivantes : NDAA 2020 Section 848, NDAA 2023 Section 817, et l’American Security Drone Act de 2023 (NDAA 2024, PL 118-31, DIV A, Title XVIII, Subtitle B, SEC. 1821).

Le point crucial de cette initiative : les financements sont disponibles pour cette montée en puissance. L’insuffisance des capitaux avait freiné de nombreux fabricants jusque-là.

L’Armée sollicite des propositions, dont la date limite de dépôt est fixée au 18 juillet 2025 à 16h00 CST.

Je reste cependant préoccupé par l’absence d’un document d’interface pour PBAS, qui faciliterait tant au Département de la Défense qu’à l’industrie la création de drones modulaires à architecture ouverte (Modular Open System Architecture). Un tel standard permettrait une intégration plug-and-play des charges utiles, communications, guidage et moteurs, éliminant ainsi les incompatibilités potentielles. Lancer un programme d’acquisition d’une telle ampleur sans ces standards structurants, c’est mettre la charrue avant les bœufs.

Malgré cela, je salue cette initiative avec enthousiasme et j’attends avec impatience que l’Armée obtienne cette capacité FPV attritable déployée aussi bien au niveau des plus petites unités que dans l’ensemble de la formation.

– Eric Graves
Fondateur
SSD