Le Royaume-Uni et la France ont convenu de transformer leur Force expéditionnaire conjointe combinée (Combined Joint Expeditionary Force – CJEF) en une nouvelle Force conjointe combinée opérationnelle (Combined Joint Force – CJF), visant à créer une formation militaire modulaire, déployable au niveau corps d’armée, capable d’assurer la dissuasion et les opérations de guerre dans le théâtre euro-atlantique.
Cette initiative, annoncée dans la déclaration Lancaster House 2.0, établit pour la première fois la CJF sur une base opérationnelle permanente.
L’accord s’engage à « accroître significativement la capacité déclarée de la Force conjointe combinée (CJF), jusqu’à cinq fois, en garantissant la capacité de planifier et de commander les capacités d’un corps combiné… dans le cadre de l’OTAN ou bilatéralement ».
La nouvelle CJF sera structurée pour servir de Réserve stratégique de l’OTAN, avec une interopérabilité complète dans les domaines terrestre, aérien, maritime, cyber et spatial. Une cellule dédiée sera mise en place afin de « superviser la coordination stratégique militaire et la planification jusqu’à la coordination opérationnelle ». La CJF assumera de nouvelles missions sur le continent européen tout en conservant la capacité de projeter la puissance à l’échelle globale si nécessaire.
« La CJF fournira un cadre de planification conjoint pour fédérer la coalition [en faveur de l’Ukraine], assurer la cohérence des messages opérationnels et stratégiques… et préparer le déploiement opérationnel de la CJF en cas de cessez-le-feu », précise la déclaration. La force pourra également intégrer d’autres alliés sous la direction franco-britannique et rester complémentaire à l’architecture de commandement plus large de l’OTAN.
La CJF marque une nette évolution par rapport aux ambitions plus limitées de la CJEF. En 2023, Paul O’Neill de RUSI estimait que la CJEF risquait de devenir « un symbole totem pour Lancaster House », sans fonction opérationnelle claire. Il la qualifiait de « solution militaire à un problème politique plutôt que d’une réponse à un besoin militaire ».
Cette critique semble désormais prise en considération. La nouvelle CJF est conçue non seulement comme un outil franco-britannique de coordination bilatérale, mais également comme un état-major opérationnel et une formation de réserve capable de renforcer l’OTAN en cas de crise. Le Royaume-Uni et la France affichent l’ambition commune d’offrir à terme « deux corps de réserve stratégique entièrement interopérables à l’OTAN, rendus possibles par la CJF ».
La concrétisation de cette vision dépendra du maintien des moyens, de l’engagement politique et de l’adhésion militaire des deux pays. Néanmoins, la réactivation de la CJF offre un rare élan de clarté stratégique dans la coopération de défense franco-britannique et compose un modèle potentiel d’intégration militaire européenne sérieuse et évolutive au sein du cadre OTAN.