La Colombie amorce une étape décisive dans la modernisation de sa force aérienne à l’occasion de l’événement aérien F-AIR 2025, qui se tient du 9 au 13 juillet à l’aéroport international José María Córdova de Rionegro, Antioquia. Deux appareils d’avant-garde y sont présentés : le chasseur suédois Saab JAS 39 Gripen E et le ravitailleur et transport tactique brésilien Embraer KC-390 Millennium.
Le président Gustavo Petro a symboliquement pris place dans le cockpit d’un Gripen E, marquant un soutien politique fort en vue de la conclusion imminente d’un accord pour l’acquisition de ces avions de combat avancés. La Force aérienne colombienne cherche à remplacer sa flotte vieillissante de Kfir d’origine israélienne, en service depuis les années 1980 mais aujourd’hui insuffisante face aux exigences opérationnelles modernes.
Cette exposition, associée à la signature prévue d’un contrat en septembre portant sur des Gripen E/F, représente un tournant crucial dans la stratégie de défense colombienne. L’événement souligne la volonté du pays de renforcer ses capacités aériennes dans un contexte régional tendu et de défis sécuritaires internes.
Le salon F-AIR 2025 attire des milliers de visiteurs, passionnés d’aviation et responsables de la défense, vers la ville de Rionegro, située aux abords de Medellín. Deux Gripen E de la Force aérienne brésilienne, accompagnés d’un KC-390, ont évolué dans le ciel colombien, démontrant agilité et puissance au sein de formations coordonnées.
La Force aérienne colombienne, officiellement appelée Force aérospatiale colombienne, met également en lumière ses propres appareils, notamment les hélicoptères AH-60 Black Hawk et les avions d’entraînement Texan T-6, mais ce sont les avions suédois et brésiliens qui attirent le plus l’attention.
Saab, fabricant du Gripen, a installé une exposition immersive avec une réplique grandeur nature permettant aux visiteurs d’explorer le cockpit et les systèmes avancés de l’avion. Embraer, de son côté, met en avant la polyvalence du KC-390, soulignant son rôle à la fois dans des missions de combat et d’aide humanitaire.
La présence du ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, lors de la cérémonie d’ouverture renforce l’importance stratégique de cet événement, signe du rapprochement croissant des liens de défense entre la Suède et l’Amérique latine.
Le Gripen E embarque un armement sophistiqué : les missiles air-air Meteor de MBDA, à très longue portée, dépassant les 160 km, surpassent la plupart des concurrents. Pour le combat rapproché, il utilise les missiles IRIS-T à guidage infrarouge ultra précis.
Il appuie aussi les missions air-sol avec des munitions de précision comme la bombe GBU-39, adaptée à la neutralisation ciblée d’objectifs fortifiés avec des dommages collatéraux limités. Grâce à ses dix points d’emport, il peut transporter une charge utile allant jusqu’à 7 tonnes, offrant une grande flexibilité opérationnelle.
Comparé à des chasseurs plus lourds tels que le russe Su-30 ou l’américain F-15, le Gripen E mise sur un coût d’exploitation réduit, avec des frais de maintenance environ deux fois inférieurs, selon les données publiées par Saab. Son réacteur General Electric F414, identique à celui du F/A-18 Super Hornet, développe une poussée de 22 000 livres, lui conférant une vitesse maximale de Mach 2 et un rayon d’action d’environ 800 km.
Les capacités du Gripen E se sont renforcées récemment grâce à l’intégration du système d’intelligence artificielle Centaur, conçu pour améliorer la perception environnementale en traitant en temps réel un grand volume de données de ses capteurs.
Cette technologie aide les pilotes à prendre des décisions rapides dans des contextes de combat complexes. L’avion est aussi connecté en réseau avec des stations au sol, des satellites et d’autres aéronefs, offrant une image tactique intégrée du champ de bataille. Pour la Colombie, ce type de technologie est essentiel.
Le pays doit faire face à des menaces constantes liées aux cartels de la drogue et aux groupes insurgés, nécessitant des appareils capables d’intercepter des avions volant à basse altitude utilisés pour le trafic illicite et de conduire des frappes précises en terrain difficile. La capacité du Gripen E à opérer sur de courtes pistes, comme celles des zones reculées de Colombie, en fait une option particulièrement adaptée.
Comparé au Lockheed Martin F-16 Block 70, également envisagé par la Colombie, le Gripen E offre des performances similaires à un coût inférieur, avec un délai de livraison estimé à 24 mois, comme l’illustre le récent contrat conclu par le Pérou pour 24 appareils de ce type.
Le KC-390 Millennium, avion de transport tactique bimoteur, complète le Gripen E en répondant au besoin colombien d’un transport aérien polyvalent. Il peut transporter jusqu’à 26 tonnes de charges, surpassant les anciens C-130 Hércules en service dans le pays.
Propulsé par deux moteurs Rolls-Royce AE 2100, le KC-390 atteint une vitesse de croisière de 470 nœuds et une autonomie de 2 000 milles nautiques en charge maximale. Il dispose d’une capacité de ravitaillement en vol, essentielle pour étendre l’endurance opérationnelle du Gripen E lors de longues patrouilles le long des vastes frontières colombiennes.
Son avionique avancée inclut un système de commande de vol électrique garantissant une maniabilité précise même dans des conditions difficiles, telles que l’atterrissage sur pistes non préparées en Amazonie. Ses capacités d’intelligence électronique, avec des systèmes de détection et d’interférence des communications ennemies, renforcent l’efficacité colombienne face aux réseaux insurgés.
Le design modulable d’Embraer permet au KC-390 de changer rapidement de rôles, du transport de troupes à la livraison de matériel médical en zone sinistrée, une flexibilité éprouvée notamment lors des opérations de lutte contre les feux de forêt au Brésil.
La décision colombienne d’opter pour le Gripen E résulte d’années d’analyse approfondie. Les Kfir acquis à Israël dans les années 1980 sont désormais dépassés, avec un radar à portée limitée et des coûts d’entretien élevés.
En 2022, la Colombie avait envisagé des options comme le Dassault Rafale français et le F-16 américain, mais l’offre de Saab s’est imposée. Le président Petro a officialisé le choix du Gripen E/F le 3 avril 2025 via un message mettant en avant ses avancées technologiques et son excellent rapport qualité-prix.
Le ministre de la Défense, Iván Velásquez, a confirmé la signature du contrat prévue en septembre, portant sur l’achat de 16 à 24 avions. Cette acquisition s’inscrit dans la stratégie plus large de modernisation des forces armées colombiennes, motivée par la nécessité de protéger son espace aérien face à des concurrents régionaux comme le Venezuela, dont la flotte comprend des Su-30 russes.
La proposition de Saab comprend également une production locale des avions, avec la possibilité pour Embraer d’assembler les Gripen au Brésil, favorisant ainsi la création d’emplois et la réduction des coûts. Ce modèle suit l’exemple du Pérou, qui a acquis 24 Gripen E en juillet 2025 pour 3,5 milliards de dollars, financés par des prêts de la Banque nationale péruvienne. Cette commande a nettement devancé les offres de Lockheed Martin et Dassault, soulignant la compétitivité de Saab en Amérique latine.
L’accord péruvien intègre des transferts de technologie, un aspect probablement déterminant dans le choix colombien. En revanche, l’Argentine n’a pas pu finaliser l’achat de Gripen en raison du veto britannique sur certains composants produits au Royaume-Uni, ce qui a conduit Buenos Aires à se tourner vers des F-16 d’occasion.
B.Nikolov