Le budget proposé par le Pentagone pour l’exercice 2026 dépasse le trillion de dollars, dont 179 milliards sont spécifiquement dédiés à la recherche, au développement, aux essais et à l’évaluation. Cette enveloppe ne sert pas à l’achat d’équipements classiques tels que les avions, chars, navires ou missiles, mais finance les programmes et technologies qui détermineront les résultats des conflits futurs.
représentant près de 20 % du budget total de la défense américaine, cette demande de fonds pour la recherche et développement (R&D) est la plus importante jamais formulée par le Pentagone. Elle offre une perspective claire sur les orientations stratégiques envisagées par les planificateurs militaires américains, axées principalement sur la survie, la vitesse et l’autonomie.
Les axes principaux de ce budget R&D incluent :
- Le bombardier furtif B-21 Raider, dans le cadre du programme Long Range Strike Bomber ;
- Les drones « loyal wingman » développés par l’US Air Force dans le programme Collaborative Combat Aircraft (CCA) ;
- Le développement de missiles hypersoniques pour toutes les branches des forces armées ;
- L’intelligence artificielle et l’autonomie ;
- Enfin, 40 milliards de dollars sont alloués à des projets classifiés.
Un point capital dans cette proposition concerne l’aviation autonome. Le programme « loyal wingman » de l’US Air Force, incarné par des aéronefs comme le MQ-28 « Ghost Bat » et le XQ-58 « Valkyrie », vise à déployer des avions sans pilote capables d’opérer en essaims avec les F-22, F-35, ainsi que les avions ravitailleurs et cargos. Ces drones doivent pouvoir transporter et déployer des armes, brouiller les systèmes électroniques ennemis et étendre la portée opérationnelle des forces américaines.
Parallèlement, d’autres branches progressent dans le développement d’essaims de drones dans le cadre de l’initiative « Replicator ». Ce programme prioritaire vise à produire des milliers de drones peu coûteux et facilement remplaçables. Ces appareils ont pour mission d’inonder les défenses adverses, d’effectuer des reconnaissances et d’accroître la capacité de projection des forces américaines, tirant les leçons des conflits récents, notamment en Ukraine.
Au sommet de la hiérarchie aéronautique se trouve le programme Long Range Strike Bomber et le B-21 Raider. Contrairement aux petits drones, le Raider est conçu pour pénétrer profondément dans des espaces aériens contestés, équipé d’armes conventionnelles et nucléaires. À l’instar de ses prédécesseurs, le B-2 et le B-1, il constituera une pièce maîtresse de la triade nucléaire des États-Unis. Plusieurs exemplaires sont déjà en vol pour des essais, mais le Pentagone prévoit d’investir 4,7 milliards de dollars supplémentaires en R&D, signe que le développement se poursuit activement.
Dans l’éventualité où le B-21 ne pourrait atteindre une cible, les armes hypersoniques devraient assurer cette mission. À ce titre, environ 4,1 milliards de dollars sont dédiés à leur recherche et développement. Ces missiles, capables de dépasser Mach 5 et d’effectuer des manœuvres en vol, sont très difficiles à intercepter. La Russie et la Chine possèdent déjà plusieurs armes hypersoniques opérationnelles, et la Russie aurait utilisé un missile de ce type en 2024. Parmi les programmes américains figurent le Conventional Prompt Strike de la Marine et le Dark Eagle de l’Armée de Terre, visant à mettre en service des capacités de frappe hypersonique précises et fiables.
À la défense contre ces nouvelles menaces, presque 450 millions de dollars sont investis, soit plus du double des crédits de l’an dernier. Bien que des systèmes comme Patriot et THAAD soient performants, leur efficacité face à des missiles manœuvrables à très haute vitesse reste incertaine. De nouveaux intercepteurs et des satellites de suivi sont donc nécessaires pour combler cette lacune.
La plus grande part du budget R&D, soit environ 40 milliards de dollars, est destinée à des projets classifiés. Si leur contenu exact demeure inconnu, ils impliquent probablement des drones avancés, des systèmes de guerre électronique et de renseignement électromagnétique, des plateformes furtives de nouvelle génération, ainsi que des capacités cybernétiques. Parmi les réalisations précédentes issues de ce « budget noir » figurent le F-117 Nighthawk, le drone RQ-170 Sentinel et le navire expérimental furtif Sea Shadow.