Les prochaines évolutions des règles du Pentagone permettront aux commandants de base de disposer d’une plus grande autorité pour approuver l’utilisation de drones dans les entraînements militaires. Cette mesure offre un accès élargi à une diversité de petits drones, facilitant leur intégration dans les exercices.
Ces changements interviennent à la suite d’une note publiée récemment par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui vise à renforcer le rôle et le nombre des petits drones au sein des forces armées américaines. L’initiative cible notamment le processus d’acquisition, le renforcement des chaînes d’approvisionnement nationales, ainsi que les régulations concernant les conditions d’emploi des drones, ou systèmes aériens sans pilote (UAS).
« L’innovation sur le champ de bataille moderne exige une nouvelle stratégie d’acquisition qui rapproche les fabricants des troupes en première ligne », souligne la note. « Pour simuler les conditions actuelles du combat, les officiers supérieurs doivent dépasser la tendance bureaucratique à la prudence excessive, qu’il s’agisse de budgets, de l’armement ou de la formation. L’an prochain, cette capacité devra être intégrée à tous les entraînements pertinents, y compris les combats simulés mettant en œuvre des drones. »
Les forces américaines utilisent depuis longtemps des drones plus volumineux comme le MQ-9 Reaper ou le MQ-1 Predator, développés par General Atomics dans le cadre de programmes majeurs. Mais dans le contexte d’une accélération des achats, l’unité d’innovation du département de la Défense a créé la « Blue UAS Cleared List », une liste d’une douzaine de petits drones commerciaux autorisés pour un usage fédéral.
Alex Miller, directeur technique auprès du chef d’état-major de l’Armée de Terre, le général Randy George, indique que la nouvelle directive du Pentagone confère aux commandants d’au moins le grade de colonel le pouvoir d’acheter, tester et former leurs troupes avec ces petits drones.
Auparavant, toute utilisation de drones hors de cette liste nécessitait une lourde procédure d’approbation ascendante, souvent « trop bureaucratique » et impliquant l’autorisation des plus hauts niveaux du bureau du secrétaire à la Défense, explique Alex Lovett, capitaine de la Navy à la retraite et adjoint au secrétaire à la Défense pour le prototypage et l’expérimentation.
« Pour piloter un drone non inscrit sur la liste Blue UAS, il fallait obtenir une dérogation via un mémorandum remontant hiérarchiquement, parfois jusqu’au bureau des acquisitions. Cela restait un processus cas par cas, » précise-t-il. « C’était comme obtenir un laisser-passer pour s’affranchir des règles. Ce système disparaît désormais. »
La liste Blue UAS a été conçue pour accélérer l’approbation de drones commerciaux par les services, après une analyse rigoureuse des risques de sécurité, notamment la vérification des composants électroniques afin d’écarter tout équipement provenant de pays adversaires ou ne respectant pas les normes américaines de cybersécurité.
Cette nouvelle approche de décentralisation confie désormais aux commandants de base la responsabilité d’évaluer les risques liés aux drones autorisés sur leur terrain.
« Des directives générales ont été émises, telles que s’assurer que les drones ne transmettent pas de données à l’étranger, » ajoute Lovett.
Alex Miller annonce que des règles plus précises sont en préparation. Elles devront vérifier que les drones ne possèdent pas de dispositifs “dial home” — qui pourraient connecter le drone à une destination externe — et qu’ils ne conservent pas de données sensibles comme les coordonnées de décollage et d’atterrissage. Sera également prohibée la présence de composants critiques en provenance de fournisseurs chinois, nord-coréens, russes ou iraniens.
« La note du secrétaire à la Défense transmet davantage de responsabilité aux forces armées, leur permettant de maîtriser leur destin, » commente Miller. « Elle souligne que les commandants peuvent désormais mieux apprécier les risques et agir rapidement en toute bonne foi. »
L’Armée de Terre travaille par ailleurs à la modification de ses propres règles concernant les procédures de test et d’évaluation, qui pouvaient auparavant retarder d’une année l’approbation officielle des nouvelles technologies.
La liste Blue UAS ne disparaît pas totalement, mais sera intégrée à une base de données plus large gérée par le bureau des acquisitions et du maintien en condition opérationnelle du Pentagone.
« Si un commandant de base doute du risque associé à un drone, il pourra consulter directement cette base de données, » détaille Lovett.
Le secrétaire à l’Armée de Terre, Dan Driscoll, a qualifié ces changements de « mesure cruciale » pour élargir l’utilisation des drones dans les unités, tant pour la formation que pour un emploi opérationnel futur.
« Cette note va lever les lourdeurs bureaucratiques afin que les combattants puissent accomplir leur mission, » a-t-il souligné. « Les drones sont essentiels à la guerre moderne et à venir. »
Des soldats fabriquent leurs propres drones
Au-delà des efforts du Pentagone pour multiplier les petits drones, certaines unités de l’Armée de Terre expérimentent la construction interne de leurs appareils. Plus tôt cette année, la 173e Brigade aéroportée a inauguré un laboratoire de drones à la Caserma Del Din, en Italie, consacré aux drones à vue à la première personne (FPV). Parallèlement, le Marne Innovation Center de Fort Stewart, en Géorgie, propose des formations pour apprendre aux soldats de la 3e Division d’infanterie à assembler eux-mêmes leurs drones.
Ces initiatives locales s’inscrivent dans une volonté militaire plus générale de laisser les troupes déterminer les types de drones les plus adaptés à leurs besoins.
« L’autre méthode, où vous achetez un drone unique pour tous, n’a pas fonctionné, » remarque Lovett.
Cette approche correspond aussi à la politique du Pentagone axée sur des petits drones à usage consomptable, voire jetable.
« C’est comme un Coca Light : vous l’utilisez, et quand vous avez terminé, vous en reprenez un autre, » résume Lovett.