Depuis le début de l’agression russe à grande échelle en 2022, l’Ukraine a su s’adapter rapidement aux conditions du champ de bataille, transformant une invasion initialement estimée rapide en un bourbier coûteux pour les forces russes. Cette capacité d’adaptation, à la fois opérationnelle, institutionnelle et technologique, a été au cœur d’un panel réuni lors de LANDEURO le 16 juillet, réunissant des responsables militaires, des représentants de l’industrie de défense et des officiels ukrainiens. Ce panel a examiné l’évolution des capacités de défense ukrainiennes depuis le déclenchement du conflit.
Animé par le Dr John Nagl, professeur d’études sur la guerre à l’Army War College, le panel comprenait notamment le général de brigade Volodymyr Horbatiuk, chef adjoint de l’état-major des forces armées ukrainiennes ; le lieutenant général américain Curtis A. Buzzard, commandant du Security Assistance Group – Ukraine ; le major Robert Brovdi, commandant des Forces des systèmes sans pilote ukrainiennes ; Maximillian Froch, responsable des programmes stratégiques internationaux chez Rheinmetall AG ; ainsi qu’Oleksandra Azarkhina, cofondatrice de l’organisation We Build Ukraine.
Selon les intervenants, la transformation des modes de combat ukrainiens a débuté par une restructuration fondamentale de ses forces armées. Le lieutenant général Buzzard a expliqué que l’armée ukrainienne est passée de 20 à plus de 100 brigades en très peu de temps. Cette expansion rapide a nécessité de nouvelles approches en matière de formation, d’organisation et de leadership, le tout sous la pression constante d’un conflit toujours actif.
« Ne jamais se satisfaire de nos efforts pour apprendre autant que possible », a rappelé le lieutenant général Buzzard, invitant l’OTAN et les responsables américains à continuer de tirer des enseignements des expériences ukrainiennes.
Les échanges entre autorités gouvernementales, entreprises privées et citoyens ont renforcé la capacité de l’Ukraine à innover rapidement, en privilégiant des systèmes agiles, économiques et portés par les acteurs de terrain, au détriment de processus bureaucratiques lourds, ont souligné les experts.
Oleksandra Azarkhina a décrit cette approche comme étant à la fois porteuse de valeurs et pleine de ressources. Elle a insisté sur l’importance de l’engagement civique et de la coopération, encourageant l’OTAN et ses partenaires à mieux synchroniser leurs efforts via le partage de renseignement, les achats communs et une coordination plus efficace pour stabiliser la ligne de front.
Le panel a mis en lumière le rôle central des systèmes sans pilote, qu’il s’agisse de drones aériens ou de véhicules terrestres, dans les opérations militaires ukrainiennes. Ces technologies permettent à l’Ukraine de recueillir plus efficacement des renseignements et d’exécuter des missions à moindre risque. Le major Brovdi, décoré par le président Volodymyr Zelenskyy du titre de « Héros d’Ukraine », a présenté la doctrine en cours d’élaboration autour de l’utilisation de ces systèmes. Il estime que ce cadre pourrait devenir un modèle pour l’OTAN.
Brovdi a salué l’engagement de ses compatriotes mais a aussi souligné trois défis majeurs à ce stade du conflit :
- l’importance des effectifs déployés par les forces russes, qui met à rude épreuve les défenses ukrainiennes ;
- les dommages persistants infligés aux infrastructures essentielles à travers le pays par les bombardements russes ;
- l’engagement total de la population civile dans l’effort de guerre, qui ne laisse aucune réserve disponible pour un appel à de nouveaux personnels.
L’expérience ukrainienne transforme la réflexion militaire mondiale et influence des programmes comme l’Army Transformation Initiative. Plutôt que de s’appuyer sur des systèmes anciens, l’Ukraine innove en adoptant des réponses plus rapides, flexibles et technologiques, impliquant l’ensemble de la société.