La découverte inédite en Ukraine de drones entièrement composés de pièces chinoises révèle une nouvelle facette de la coopération militaire entre Pékin et Moscou, malgré les dénégations officielles de la Chine. Cette opération semble viser à intimider les défenses anti-aériennes ukrainiennes.
Les services de renseignement ukrainiens ont mis au jour deux drones leurres, identifiés comme des véhicules aériens sans pilote (UAV), fabriqués exclusivement à partir de composants chinois. Alors que le président chinois Xi Jinping affirme que Pékin n’apporte aucune aide militaire à l’un ou l’autre camp dans le conflit ukrainien, cette découverte constitue un élément tangible de collaboration entre la Chine et la Russie.
Jusqu’à présent, il avait été constaté que certaines armes russes incorporaient des technologies chinoises, mais elles étaient généralement associées à des éléments provenant d’autres pays. En revanche, ces nouveaux drones CBTS.611000 saisis, principalement destinés à la reconnaissance militaire et à servir de leurres, sont composés exclusivement de pièces fabriquées en Chine. Ils peuvent également être équipés d’une ogive pesant jusqu’à 15 kg.
Près de la moitié des composants de l’un des drones proviennent de CUAV Technology, une entreprise basée dans la province chinoise du Guangdong. Se présentant comme un « fournisseur de solutions open source pour drones », CUAV fournit notamment le contrôleur de vol avec pilote automatique, les modules de navigation, les antennes, un capteur de vitesse aérodynamique ainsi qu’un tube de Pitot. Cela intervient malgré une déclaration de 2022 de la direction de CUAV affirmant vouloir freiner l’usage de ses produits en zones de conflit, en limitant leurs exportations vers la Russie et l’Ukraine.
Il faut cependant noter que des équipements CUAV avaient déjà été identifiés dans le matériel militaire russe. En 2023, un drone à décollage vertical déployé par Moscou comportait notamment un composant CUAV disponible à la vente sur AliExpress, une plateforme commerciale en ligne chinoise largement accessible.
Les services ukrainiens rapportent également que ces derniers drones chinois contenaient un moteur et un module d’allumage électronique fournis par Mile Haoxiang Technology, ainsi qu’une caméra de vision à la première personne de Foxeer Technology. De plus, une copie chinoise du module de transmission de données australien RFD900X, fabriqué par RFDesign et capable de transmettre jusqu’à 40 km, a été identifiée.
« Ce système permet de créer un canal de transmission des données depuis le drone vers sa station terrestre ou entre plusieurs UAV, améliorant ainsi leurs capacités de reconnaissance », a expliqué le service de renseignement ukrainien.
Par ailleurs, le Département d’État américain a corroboré ces informations, affirmant que 80 % de l’électronique utilisée dans les drones russes provient de Chine.
Malgré ces révélations, la Chine continue de nier catégoriquement tout approvisionnement en armes létales « à aucune des parties au conflit », assurant exercer un contrôle strict sur les articles à double usage.