La nuit dernière a été marquée par une nouvelle série de bombardements russes terroristes, visant notamment le marché de Privoz à Odessa, situé au cœur du site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans la région de Kharkiv, au moins trois civils ukrainiens ont été tués lors d’attaques russes. Par ailleurs, deux bases aériennes russes en Crimée occupée ont subi des frappes ukrainiennes. Sur le plan politique, le président Zelensky a fait marche arrière concernant les lois anticorruption, annonçant de nouvelles mesures destinées à garantir l’indépendance des autorités, une information curieusement peu relayée par les médias.
Les bombardements russes continuent de frapper durement la population civile. Dans la région de Kharkiv, trois personnes ont péri lors de frappes à l’aide de missiles de croisière, tandis que cinq autres ont été blessées. En cours de matinée, la ville de Kharkiv elle-même a été à nouveau ciblée par des attaques utilisant des missiles de croisière, faisant au moins une blessée, une femme de 27 ans. Parallèlement, le centre historique d’Odessa, incluant le marché emblématique de Privoz, a été atteint, provoquant des incendies importants.
En réaction, alors que la Russie poursuit ses frappes un jour après les pourparlers d’Istanbul, les forces ukrainiennes ont mené des attaques sur des cibles militaires russes en Crimée occupée, notamment les bases aériennes de Katja et Saki. Les détails sur les dégâts causés restent cependant limités.
Sur le plan politique, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé qu’il révisait sa position sur les lois anticorruption. Face aux protestations dans les rues et les réseaux sociaux, il a déclaré dans un discours télévisé qu’il proposerait bientôt de nouvelles lois au Parlement (Verkhovna Rada) garantissant l’indépendance des institutions anticorruption :
« Bien sûr, tout le monde entend ce que les gens disent ces jours-ci – sur les réseaux sociaux, dans la rue, entre eux. Cela ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Nous avons analysé toutes les préoccupations, les aspects à modifier et ceux à renforcer. Je proposerai un projet de loi au Parlement ukrainien qui apportera une réponse. Il renforcera le système de l’État de droit. »
Cependant, la réaction des médias, dont certains avaient précédemment encensé Zelensky, reste très critique, estimant que le mal est déjà fait. Le renseignement militaire ukrainien (HUR) a par ailleurs averti que la Russie tenterait d’exacerber la situation en jouant tant sur le plan interne qu’international. Selon le HUR :
« Selon notre service de renseignement, la Russie cherche à discréditer l’Ukraine afin d’affaiblir ou de détruire le soutien occidental à la résistance armée contre l’agresseur. En Ukraine, elle entend exploiter le mécontentement social en exacerbant les tensions avec ses moyens d’influence, notamment dans le domaine de l’information. Pour intensifier les manifestations, polariser davantage la société et provoquer le chaos, des actions provocatrices orchestrées depuis Moscou ne sont pas à exclure. […] Et très important : toutes les normes garantissant l’indépendance des institutions anticorruption seront préservées. »
Cette campagne de désinformation accroît la défiance envers Zelensky dans certains cercles médiatiques occidentaux, d’autant que l’appareil d’influence russe accélère ses efforts. De nombreux messages critiques, parfois douteux ou manipulés, circulent déjà, en provenance de diverses sources.
Malgré ces tensions, la société ukrainienne montre une démocratie en marche. Les manifestations ont été pacifiques et sans recours à la violence policière, contrastant fortement avec la Révolution de la Dignité de 2013-2014. La direction politique écoute les revendications populaires et s’engage à corriger les lois dans ce sens, preuve d’une participation citoyenne active et déterminée.
Par ailleurs, la Russie a subi des frappes ciblées dans la nuit. Une importante base logistique de carburant dans la région russe de Krasnodar ainsi que la ville de Sotchi – ancienne ville hôte des Jeux Olympiques d’hiver de 2014 –, ont été bombardées avec succès par des drones ukrainiens, malgré la présence de systèmes S-400 réputés très performants en défense antiaérienne.
Du côté ukrainien, les pertes russes restent lourdes. Selon l’état-major ukrainien, les forces russes ont perdu 1 050 hommes, 96 véhicules de transport, 24 obusiers, 10 véhicules blindés de transport de troupes ainsi que 5 chars de combat.
Sur le plan de l’aide militaire, un débat s’est invité en Suède à propos de la saisie d’armes de chasse modernes, financées par le soutien militaire à l’Ukraine. Dans une tribune publiée dans Svenska Dagbladet, la journaliste Pia Clerté dénonce ce qu’elle qualifie d’« Ukrainawashing », critiquant l’envoi de fusils de chasse semi-automatiques non standard et non adaptés aux besoins réels du front ukrainien. Elle appelle le gouvernement à réorienter l’aide vers des équipements plus utiles et efficaces pour la guerre en cours :
« Le gouvernement doit revoir sa copie. Au lieu d’envoyer des armes inutiles, il faut fournir l’aide dont l’Ukraine a réellement besoin. Abandonnez l’idée de confisquer les armes de chasse et cessez cette « Ukrainawashing » afin que l’Ukraine puisse mettre fin à la guerre maintenant. »
Il semble en effet raisonnable que le financement d’armes destinées à la chasse, bien que modernes, soit séparé du budget d’aide militaire, pour plus d’efficacité et de transparence.
Enfin, l’association Power Up Ukraine signale avoir atteint la moitié de son objectif de collecte de fonds pour équiper des ateliers de maintenance dédiés aux véhicules médicaux d’évacuation (medevac). Ces ateliers, notamment l’atelier « Frames », jouent un rôle crucial en permettant la réparation rapide des véhicules ambulanciers sur le terrain. Cette organisation à but non lucratif soutient aussi l’économie locale ukrainienne en créant des emplois.
Un véhicule medevac est capable de sauver environ 500 vies par an. Les dons sont toujours possibles, en mentionnant « Atelier » lors du versement.