Les négociations entre la Russie et l’Ukraine, qui ont repris en mai, restent au point mort alors que les deux parties semblent temporiser en attendant l’expiration d’un délai de 50 jours fixé par l’ancien président américain Donald Trump. Ce délai, qui court jusqu’au 2 septembre, constitue un ultimatum pour mettre fin aux hostilités, sous peine de sanctions économiques renforcées contre la Russie.

Le 23 juillet, un troisième cycle de discussions s’est tenu à Istanbul, avec un bilan très limité. La rencontre, la plus courte à ce jour, n’a duré que 40 minutes et a abouti principalement à un accord sur un nouvel échange de prisonniers, ainsi qu’à la mise en place de trois groupes de travail en ligne, portant sur des questions politiques, militaires et humanitaires. Ces groupes remplaceront les réunions en face-à-face.

Les délégations étaient dirigées par Rustem Umerov, ancien ministre ukrainien de la Défense, côté Kiev, et Vladimir Medinski, conseiller proche de Vladimir Poutine, pour Moscou. Malgré ces avancées minimes, elles soulignent deux réalités : les positions restent profondément opposées concernant un cessez-le-feu ou un accord de paix, et aucun des deux camps ne veut se retirer des négociations, soucieux des attentes de Donald Trump.

Un quatrième cycle de discussion n’est pas exclu, mais il semble peu probable que Vladimir Poutine ou Volodymyr Zelensky y participent directement, leurs postures actuelles ne laissant guère d’espoir à un accord conclu lors d’un sommet des chefs d’État.

Le contexte est désormais marqué par l’ultimatum de 50 jours lancé par Donald Trump début juillet. Si aucun progrès vers un cessez-le-feu n’est réalisé d’ici la date butoir, le président américain menace d’imposer de lourdes sanctions secondaires aux derniers partenaires commerciaux russes, dans le but de priver Moscou d’importantes recettes issues notamment des ventes pétrolières et gazières à prix réduits, ciblant des pays comme l’Inde ou la Chine.

Après dix jours passés de ce compte à rebours, le ton des négociations reste inchangé, avec une absence de concession notable de part et d’autre. La Russie réclame la reconnaissance de son occupation illégale de territoires ukrainiens, des limites imposées à la puissance militaire de Kiev, et un refus de l’adhésion ukrainienne à l’OTAN. Quant à l’Ukraine, elle exige la restitution de ses territoires et le respect de sa souveraineté, notamment sa liberté d’alliance.

Un jeu d’attente sur le terrain

Sur le terrain, aucune avancée vers une trêve n’est perceptible. La Russie poursuit ses gains limités mais réguliers sur les quelque 1 000 kilomètres de lignes de front, tout en lançant des frappes aériennes et des attaques par drones massives, y compris contre la capitale, Kiev. Ces attaques, sans précédent par leur intensité, mettent à rude épreuve les défenses aériennes ukrainiennes largement sollicitées.

Cependant, l’Ukraine bénéficie d’un soutien international renforcé, notamment à travers l’annonce de livraisons supplémentaires d’armes américaines financées par d’autres États de l’OTAN, ainsi que par les engagements pris lors des récents sommets de l’Alliance à La Haye et de la conférence de Rome consacrée à la reconstruction ukrainienne.

Le basculement apparent de Trump, qui a récemment adopté une posture plus constructive envers Zelensky, joue également en faveur de Kyiv, convaincue que le facteur temps lui est favorable — tout comme à Moscou.

Cette stratégie de temporisation pourrait toutefois se révéler erronée. Les récentes tentatives de Zelensky pour consolider son pouvoir, par une importante restructuration gouvernementale et des mesures limitant l’indépendance de certaines agences anti-corruption, ont suscité l’inquiétude de responsables européens et provoqué des manifestations publiques inédites dans plusieurs grandes villes ukrainiennes, notamment Dnipro, Lviv et Odesa.

Ces mouvements, bien que sans impact immédiat sur la stabilité du gouvernement, montrent que le soutien à Zelensky n’est pas inconditionnel. Le président a d’ailleurs annoncé son intention de soumettre au parlement un projet de loi visant à préserver l’autonomie des agences visées, consciente des risques de baisse du moral national en pleine guerre.

Cette situation contribue à nourrir la narration russe qui présente Zelensky comme un dirigeant illégitime, incapable de négocier sérieusement. Pourtant, il serait faux de penser que Moscou peut se permettre d’attendre que l’Ukraine s’épuise ou que le soutien occidental s’effrite. Le conflit revêt une dimension existentielle pour la sécurité européenne, ce qui rend improbable un abandon rapide de Kiev par ses alliés, même face à des désaccords politiques internes.

Quant à la capacité russe à maintenir la pression militaire terrestre et aérienne, elle reste incertaine sur la durée. Le plan proposé par Trump de fournir des armes à l’Ukraine via les alliés européens pourrait contrebalancer l’efficacité des campagnes russes, ralentissant leurs avancées.

Une guerre d’usure acceptée par les deux camps

Au final, ce délai de 50 jours semble surtout favoriser un jeu de temporisation, où ni Moscou ni Kiev n’avancent véritablement vers la résolution du conflit. Les deux parties se montrent disposées à empêcher la victoire de l’autre, que ce soit sur le champ de bataille ou à la table des négociations.

Dans ce contexte, poursuivre une guerre d’attrition apparaît comme une solution intermédiaire que Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky semblent avoir accepté tacitement. Le troisième cycle de négociations, concluant à peu de choses, traduit cette forme d’entente implicite sur le statu quo temporaire.