À l’avenir, la Marine pourrait naviguer sur les océans sans personnel embarqué. Des navires sans équipage tels que l’USS Mariner, le Ranger, et le récemment lancé USX-1 Defiant ouvrent de nouvelles perspectives, offrant à la Marine et aux autres branches des capacités impressionnantes sur l’eau, sans qu’aucun marin ne soit nécessaire.
Cette quête de navires de guerre autonomes a véritablement débuté en 2010 avec le programme ACTUV (Anti-Submarine Warfare Continuous Trail Unmanned Vessel) de la DARPA. L’objectif était de développer un bateau capable de suivre des sous-marins partout dans le monde sans requérir de présence humaine à bord. Ce programme a donné naissance au Sea Hunter, un trimaran de 40 mètres lancé en 2016.
Lors des premiers essais au large de San Diego, le Sea Hunter a démontré une capacité d’opération autonome continue sur plus de 5 000 milles nautiques, suivi et évalué par des observateurs de la Marine. La DARPA a confirmé qu’il pouvait fonctionner 90 jours sans ravitaillement. Fort de ces succès, la Marine a poursuivi avec le lancement en 2021 du Seahawk, une version améliorée et optimisée du Sea Hunter.

Si ces navires de surface sans équipage spécialisés dans la chasse aux sous-marins ont été développés en coopération avec la DARPA, la Marine a rapidement tiré parti de ces enseignements pour adapter des navires commerciaux de soutien et créer l’USS Ranger et l’USS Mariner, lancés en 2021. Ces navires, convertis à partir de plateformes existantes, sont devenus l’épine dorsale des ambitions non habitées de la Marine. Depuis, ils ont parcouru des milliers de milles autonavigués, tiré des missiles en conditions réelles et même réalisé des missions de ravitaillement en mer, tout cela sans qu’un seul marin soit présent sur le pont.
Ces navires, parmi d’autres de tailles variées, forment le programme Ghost Fleet Overlord, lancé en 2018. L’idée est d’utiliser des navires sans équipage pour accomplir des missions jugées trop ennuyeuses, dangereuses ou salissantes pour des navires habités, telles que le ravitaillement en mer, la surveillance longue durée, la guerre électronique, la détection de mines, la réponse aux catastrophes ou encore comme cibles d’entraînement.
Mais ces navires Ghost Fleet reposent encore sur des coques traditionnelles, qui conservent portes, passerelles, compartiments et toutes les infrastructures conçues pour soutenir la vie humaine. Ces éléments prennent de la place, compliquent les systèmes et limitent l’endurance.
C’est là qu’intervient le programme NOMARS (No Manning Required Ship) de la DARPA.
NOMARS vise à concevoir un navire entièrement pensé sans la moindre contrainte liée à la présence humaine. Aucun accès aux quartiers, aucune salle de sport, ni même d’espaces réservés aux officiers ou aux marins. La première version, baptisée USX-1 Defiant, mesure 55 mètres de long et pèse 240 tonnes : une plateforme expérimentale conçue uniquement pour les opérations autonomes.
Lancé en mars 2025 dans l’État de Washington et construit par Serco, Defiant est en phase d’essais en mer. Il utilise les mêmes systèmes de redondance et d’autonomie que Ranger et Mariner, mais sans le poids des contraintes liées à la survie humaine. Son pont a été optimisé pour accueillir des systèmes modulaires en containers, permettant d’embarquer du matériel de surveillance, des charges de guerre électronique, des modules de cargo ou des systèmes de lancement vertical.
Tandis que Defiant et Seahawk patrouillent en surface, des véhicules sous-marins sans équipage explorent les profondeurs. Le leader dans ce domaine est le Manta Ray de la DARPA, un submersible planeur conçu pour « hiberner » au fond de l’océan jusqu’à son activation. Ce véhicule peut porter des charges utiles modulaires pour la surveillance, les relais de communication, la surveillance environnementale et bien plus encore, sans nécessité de déploiement depuis un navire.

La Marine travaille également avec Boeing sur le projet Orca XLUUV, un véhicule sous-marin autonome pour des missions de renseignement, guerre des mines, et même de frappe. Par ailleurs, elle a relancé en 2024 le programme Snakehead de véhicules sous-marins sans équipage après l’avoir interrompu en 2022.
En combinant ces systèmes de surface et sous-marins autonomes, la Marine amorce une transformation majeure dans sa manière de projeter la puissance navale, avec des plateformes capables d’effectuer des missions à haut risque, longues ou répétitives, sans présence humaine directe à bord.