Il y a près de cinq ans, l’Armée américaine a abandonné la pratique consistant à ce que plusieurs sergents instructeurs entourent les recrues en hurlant pour affirmer leur autorité dès le début de la formation de base, une méthode connue sous le nom de « attaque de requins ».
Aujourd’hui, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth envisage de réintroduire cette méthode, a confirmé un officiel de la Défense américaine. Au mercredi, Hegseth n’avait toutefois pas encore donné de consigne formelle aux forces armées à ce sujet.
Cette possibilité a été rapportée en premier lieu mardi par un média américain, précisant que le secrétaire considérait autoriser à nouveau les sergents instructeurs à encercler les recrues et à crier au visage de ces dernières. Pete Hegseth a lui-même partagé cet article sur le réseau X, accompagné d’un simple message : « 100 ».
Le porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a également relayé l’information sur X, en écrivant « Rendons la formation de base à nouveau excellente ! »
Un porte-parole de l’Armée a renvoyé les questions sur ce sujet au département de la Défense.
Les avis sont partagés parmi les sergents instructeurs sur l’intérêt réel des « attaques de requins ». Ces soldats aguerris, portant le célèbre chapeau de campagne, sont chargés d’infliger une formation rigoureuse aux nouvelles recrues lors du camp de base.
Joseph Harrison, sergent maître à la retraite, qui a exercé comme sergent instructeur de 2012 à 2014 à Fort Jackson, en Caroline du Sud, estime que les attaques de requins restent une technique efficace pour acclimater les recrues à l’intensité de la formation de base.
« Cette méthode provoque un effet de « choc et peur » en mettant les soldats dans un nouvel environnement souvent chaotique », a-t-il expliqué.
Il a ajouté que cette approche aide aussi à éliminer les recrues qui ne suivent pas les consignes ou qui « manquent des capacités nécessaires pour devenir un bon soldat ».
Cependant, un sergent instructeur actuellement en service a confié que la méthode plus récente, axée sur le travail d’équipe et appelée « First 100 Yards », semble beaucoup plus bénéfique que les attaques de requins.
Selon lui, « les volontaires de l’Armée que j’ai rencontrés sont faciles à motiver. Un leader professionnel, juste, ferme et ancré verra la majorité suivre les ordres sans hésitation, reconnaître leurs faiblesses et vouloir les surmonter grâce à un encadrement approprié ».
Il y a peu, les attaques de requins semblaient vouées à disparaître.
En septembre 2020, l’École d’infanterie américaine de Fort Benning, en Géorgie, avait annoncé la suppression de cette pratique, héritée d’une époque où la majorité des soldats étaient appelés sous les drapeaux, alors que la Force actuelle est entièrement composée de volontaires.
Le chef des sous-officiers de l’école avait alors souligné que le chaos et l’agressivité de ces regroupements d’instructeurs ne contribuaient pas à « instaurer l’esprit de l’infanterie ». Selon le Commandant Sergent-Major Robert K. Fortenberry, alors en fonction, l’attaque de requins « trahit la confiance naturelle entre camarades et, pire encore, le lien essentiel de confiance avec nos leaders ».
À cette époque, l’école avait lancé la méthode « The First 100 Yards », où les sergents guide les recrues à travers une série d’épreuves physiques, toujours accompagnées de nombreux cris.
Pourtant, certains maintiennent que les attaques de requins jouent un rôle important.
Alex Plitsas, vétéran de la guerre en Irak et ancien sergent de l’Armée, souligne que cette méthode aide les recrues à passer de la vie civile à la vie militaire et à se préparer à la rigueur du combat.
La formation de base vise à déstructurer les recrues, leur enseigner de nouvelles compétences, puis à les reconstruire en soldats efficaces, a-t-il expliqué. L’utilisation du cri et d’un langage dur par les sergents instituteurs sert à établir les fondations de l’ordre et de la discipline, afin que les recrues s’habituent à obéir sans réticence.
« Cela commence toujours par ce processus. Les gens arrivent avec des niveaux divers d’acceptation et de compréhension du changement que représente une entrée dans une organisation militaire. Cette méthode met tout le monde sur un pied d’égalité », a précisé Plitsas, qui siège actuellement au conseil d’administration de la Special Operations Association of America.
Ce type de stress fait partie de la formation de base et simule les conditions que les recrues pourraient rencontrer en situation de combat.
« C’est chaotique, intense, les gens crient, vous devez suivre les ordres, vous n’avez pas forcément la technologie avec vous, vous êtes malheureux, fatigué, affamé… Tout cela vise à vous tester et vérifier votre résistance face à ces conditions. Ce sont aussi des examens précoces pour voir comment chacun réagit », a conclu Plitsas.
Illustration : Un sergent instructeur de l’Armée participe à une « attaque de requins » lors du premier jour de la formation de base à Fort Jackson, en Caroline du Sud, en juin 2017. (Photo US Army par Spc. Darius Davis)