Le bombardement d’Hiroshima, le 6 août 1945, a détruit la ville et causé la mort de 140 000 personnes. Trois jours plus tard, une seconde bombe larguée sur Nagasaki a fait 70 000 victimes. Le 15 août, le Japon a capitulé, mettant fin à la Seconde Guerre mondiale et à près d’un demi-siècle d’agressions japonaises en Asie.
Hiroshima (Japon). Il y a 80 ans, le 6 août, le monde a basculé lorsque les États-Unis ont largué une bombe atomique sur la ville japonaise d’Hiroshima pendant la Seconde Guerre mondiale.
La ville a depuis été reconstruite, mais la menace d’un conflit nucléaire demeure un danger mondial, a souligné Izumi Nakamitsu, Haute Représentante de l’ONU pour les affaires de désarmement, lors d’une allocution au Mémorial de la paix d’Hiroshima.
Le bâtiment connu sous le nom de « Dôme de Genbaku » est la seule structure restée debout près de l’hypocentre de l’explosion, marquant le premier emploi d’une arme atomique en temps de guerre.
Parmi les quelque 55 000 personnes présentes à la cérémonie figuraient des survivants, leurs familles ainsi que des représentants d’organisations internationales et de 120 pays, selon le bureau du Premier ministre japonais.
Se souvenir des victimes, honorer les survivants
« En ce 80e anniversaire, nous honorons la mémoire de ceux qui sont morts. Nous sommes aux côtés des familles porteuses de leur souvenir », a déclaré Mme Nakamitsu, au nom du Secrétaire général de l’ONU António Guterres.
Dans un message lu par Izumi Nakamitsu, le Secrétaire général a rappelé « l’espoir » incarné par le Prix Nobel de la Paix décerné à Nihon Hidankyo, l’association japonaise des survivants, ainsi que par l’engagement des États pour un monde sans armes nucléaires à travers le « Pacte pour le Futur » adopté l’an passé.
António Guterres a insisté sur l’importance de transmettre le témoignage des survivants et un message de paix : « Se souvenir du passé, c’est protéger et construire la paix aujourd’hui et pour l’avenir. »
Elle a rendu hommage aux hibakusha — ceux qui ont survécu aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki — « dont la voix est devenue une force morale pour la paix ».
« Bien que leur nombre diminue chaque année, leur témoignage et leur message éternel de paix ne nous quitteront jamais », a-t-elle ajouté.
Reconstruire l’espoir, partager une vision
Izumi Nakamitsu a rappelé qu’en un instant, le 6 août 1945, Hiroshima fut réduite en ruines, des dizaines de milliers de personnes périrent, et « l’humanité franchit un seuil sans retour possible ».
Nombreux ont pensé que la ville ne se relèverait jamais, que rien ne pourrait repousser, mais la population a prouvé le contraire.
« Vous, habitants d’Hiroshima, n’avez pas seulement reconstruit une ville, vous avez reconstruit l’espoir, nourri la vision d’un monde sans armes nucléaires et partagé cette vision avec le monde », a-t-elle souligné.
Un devoir de protection
2025 marque également le 80e anniversaire de la fondation des Nations unies. En mai, des jeunes pousses issues des graines d’un kaki ayant survécu au bombardement ont été plantées au siège de l’ONU à New York.
« Elles sont plus que des symboles de survie, elles témoignent de la force de l’esprit humain et de notre devoir commun de protéger les générations futures des horreurs de l’annihilation nucléaire », a expliqué Mme Nakamitsu.
Ce 80e anniversaire rappelle aussi la raison d’être de l’ONU : prévenir la guerre, défendre la dignité humaine et faire en sorte que les tragédies du passé ne se répètent jamais.
« Pourtant, aujourd’hui, les risques d’un conflit nucléaire augmentent, la confiance s’érode, les divisions géopolitiques s’élargissent, et les mêmes armes qui ont dévasté Hiroshima et Nagasaki sont à nouveau utilisées comme outils de coercition », a-t-elle alerté.
Lors de la cérémonie, le maire d’Hiroshima, Kazumi Matsui, a mis en garde contre une acceptation croissante des armes nucléaires, citant les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient comme exemples.
Cependant, des signes d’espoir émergent, a souligné la Haute Représentante de l’ONU pour le désarmement.
Vers l’abolition des armes nucléaires
En octobre dernier, Nihon Hidankyo, organisation japonaise anti-nucléaire représentant les survivants, a reçu le Prix Nobel de la Paix 2024, quelques semaines après l’adoption par les pays réunis à l’ONU du Pacte pour le Futur, réaffirmant leur engagement pour un monde sans armes nucléaires.
Izumi Nakamitsu a insisté pour que ces engagements se traduisent par des actions concrètes renforçant le régime international de désarmement, particulièrement le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), soutenu par l’élan du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.
Elle a invité les États à puiser force dans la résilience d’Hiroshima ainsi que dans la sagesse des hibakusha.
« Efforçons-nous d’éradiquer la menace nucléaire en éliminant les armes elles-mêmes », a-t-elle exhorté.
« Tenons notre promesse envers les hibakusha et veillons à ce que leur témoignage et leur message de paix soient transmis. Se souvenir du passé, c’est protéger et bâtir la paix aujourd’hui et demain. »
Le maire appelle à tirer les leçons de la tragédie
Le maire d’Hiroshima, Kazumi Matsui, a alerté sur la montée des politiques militaristes et l’usage croissant des armes nucléaires justifié par des considérations de sécurité nationale, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine et des conflits au Moyen-Orient, où les États-Unis et la Russie détiennent la majorité des ogives nucléaires mondiales.
« Ces développements ignorent délibérément les leçons que la communauté internationale aurait dû tirer des tragédies historiques », a-t-il déclaré. « Ils menacent les fondations de paix que tant d’efforts ont contribué à construire. »
Il a exhorté les jeunes générations à comprendre que ces « politiques erronées » pourraient engendrer des conséquences « profondément inhumaines » pour leur avenir.
« Le temps presse, alors que la menace nucléaire est plus grande que jamais », a souligné Nihon Hidankyo, organisation populaire de survivants lauréate du Prix Nobel de la Paix pour son combat en faveur de l’abolition nucléaire.
« Notre plus grand défi est désormais de faire changer, ne serait-ce qu’un peu, les États détenteurs de l’arme nucléaire qui nous tournent le dos », a conclu l’organisation.