La récente deployment du Groupe de combat aérien de la Royal Navy aux côtés du porte-avions italien Cavour a marqué une démonstration impressionnante de puissance navale alliée en Méditerranée, dans un contexte de fortes tensions géopolitiques. Selon Matthew Moore, directeur du développement commercial en autonomie maritime chez Thales, le prochain bond technologique ne viendra peut-être pas des aéronefs présents sur le pont d’envol, mais bien de ceux qui en décollent.
Pour Moore, l’autonomie aérienne représente un changement fondamental. « C’est une transformation aussi profonde que l’avènement de la vapeur ou celui des systèmes numériques », affirme-t-il. « C’est la prochaine révolution des opérations maritimes. »
Cette évolution traduit la nécessité croissante pour les marines d’accroître leur efficacité sans multiplier les équipements. Plutôt que d’augmenter le nombre de plates-formes, les forces modernes visent à améliorer l’intelligence, l’intégration et l’impact opérationnel de celles déjà en service. Au Royaume-Uni, cet effort est soutenu par un investissement de 4,5 milliards de livres sterling et s’incarne clairement dans la stratégie de transformation de l’aviation maritime de la Royal Navy. L’objectif est de créer « un système d’exploitation mêlant équipages et drones pilotés à distance, numérique, sécurisé et évolutif, capable de fournir un effet décisif sur le champ de bataille ».
Les avantages de l’autonomie aérienne sont nombreux. Les systèmes non habités peuvent réaliser des missions répétitives, dangereuses ou longues pour les humains, tout en réduisant les coûts et les risques opérationnels. Ils offrent rapidité, persistance et la capacité d’intervenir dans des zones contestées, transformant un avantage quantitatif en portée et endurance en un avantage qualitatif dans la prise de décision.
Pourtant, déployer ces systèmes en mer ne va pas de soi. « Nous concevons des appareils qui doivent pouvoir décoller et atterrir dans des conditions difficiles, souvent sur des ponts de navires en mouvement et confinés », précise Moore. Au-delà des défis physiques, il faut aussi intégrer ces nouveaux systèmes aux infrastructures existantes, garantir une transmission sécurisée des données dans des réseaux plus larges et fournir une intelligence opérationnelle en temps réel aux équipes.
Chez Thales, la réponse ne réside pas dans l’ajout d’équipements supplémentaires, mais dans des systèmes plus compatibles et performants. Moore identifie quatre leviers essentiels : l’interopérabilité avec les systèmes de combat existants, le traitement des données assisté par intelligence artificielle en périphérie, une cybersécurité robuste dès la conception, et une formation adaptée pour permettre une collaboration efficace entre opérateurs et machines.
Un exemple concret est déjà opérationnel : Peregrine, un système aérien sans pilote à voilure tournante, mène des missions aux côtés des hélicoptères Wildcat dans le golfe d’Oman. Embarqué sur le HMS Lancaster, il assure une surveillance persistante lors des opérations d’interdiction nocturnes, période où les trafiquants sont les plus actifs. Doté du radar I-Master de Thales, Peregrine détecte jusqu’à 180 kilomètres et couvre 800 kilomètres carrés par heure. Lors d’une opération, il a contribué à la saisie de plus de 5 millions de livres sterling d’héroïne et de méthamphétamine.
« Il remplace des yeux fatigués et étend la portée là où il n’y en avait pas auparavant », souligne Moore. Surtout, Peregrine gagne en fiabilité opérationnelle. Il a dépassé le stade des essais et des rapports théoriques, s’illustrant lors de déploiements réels et renforçant les missions de première ligne. Thales poursuit son amélioration à travers des exercices tels que REPMUS, testant de nouvelles charges utiles et affinant son intégration aux systèmes de combat.
Avec une autonomie aérienne qui se développe rapidement, Moore médite une voie claire vers l’avenir. « L’intention est là. L’investissement aussi. Ce qu’il faut désormais, c’est une technologie à laquelle les commandements peuvent faire confiance, ainsi qu’un état d’esprit dans la défense prêt à l’adopter. »
Tandis que la Royal Navy et ses alliés avancent vers le futur des opérations maritimes, des systèmes comme Peregrine montrent déjà la silhouette de ce que ce futur sera.