Le 8 août 2025, le remorqueur Kapitan Ushakov, de la classe Projet 23470, a commencé à prendre une forte gîte sur tribord alors qu’il était en phase de finition finale près du quai du Chantier naval de la Baltique à Saint-Pétersbourg.

Les équipes du chantier ainsi que les services d’urgence ont tenté tout au long de la nuit de stabiliser le navire, mais leurs efforts se sont avérés vains. Le 9 août au matin, le remorqueur avait chaviré et reposait au fond de l’eau, à proximité immédiate du quai.

Conçu selon une architecture moderne propre au Projet 23470, le Kapitan Ushakov mesurait près de 70 mètres de long pour 15 mètres de largeur et affichait un déplacement d’environ 3 200 tonnes. Mis à l’eau en juin 2022 à l’usine de construction navale de Iaroslavl, il avait ensuite été transporté à Saint-Pétersbourg pour être achevé. Cette classe de remorqueurs est conçue pour diverses missions de remorquage de bâtiments et de structures offshore, la navigation dans la glace jusqu’à la catégorie Arc4, la lutte contre les incendies, ainsi que pour le suivi des opérations de recherche et de sauvetage. Le navire comprend également une plateforme pour hélicoptère.

Le Comité d’enquête russe a ouvert une pré-enquête sur cet incident, en se fondant sur la réglementation relative aux manquements à la sécurité lors de la construction. Les premières analyses indiquent que l’envahissement d’eau est survenu dans le compartiment des machines auxiliaires, provoquant le déséquilibre fatal. Le remorqueur était destiné à rejoindre la 566e unité de soutien de la Flotte du Nord basée à Mourmansk et devait entrer en service d’ici la fin 2024.

Ce naufrage soulève de fortes interrogations sur le contrôle des normes de sécurité lors des phases critiques d’aménagement et pourrait avoir des répercussions notables sur la disponibilité opérationnelle de la Marine russe. La perte d’un navire presque achevé illustre l’impact que peuvent avoir des défaillances procédurales durant la construction, privant la flotte d’un atout précieux avant même sa mise en service.

Un ingénieur naval travaillant dans un important chantier écossais, qui a souhaité conserver l’anonymat, a qualifié cet événement de « rare mais révélateur d’une défaillance dans les pratiques basiques du chantier ».

« Un navire à ce stade de construction est essentiellement dans un environnement contrôlé », explique-t-il. « Les systèmes sont testés progressivement et l’enveloppe de stabilité est parfaitement connue. Pour qu’un bâtiment de cette taille prenne l’eau et chavire alors qu’il est amarré, cela signifie qu’un problème majeur est survenu dans la séquence des opérations ou dans le suivi des marges de sécurité. »

Reconnaissant que les accidents peuvent arriver dans tout chantier, il souligne que les circonstances rendent cette perte particulièrement lourde de conséquences. « Quand un navire a déjà été mis à l’eau et qu’il est en finalisation, la majorité des opérations structurelles les plus risquées sont terminées. Une inondation devrait pouvoir être maîtrisée. Que ce remorqueur de 70 mètres n’ait pas pu être stabilisé en une nuit laisse penser que soit l’étanchéité n’a pas été assurée, soit les équipes présentes manquaient d’équipement ou de formation adapté pour contrer rapidement la gîte. »

Il avertit enfin que les répercussions sur la réputation du chantier et de la flotte pourraient perdurer bien après une éventuelle renflouement. « Les marines dépendent de leurs navires auxiliaires comme les remorqueurs pour garantir le bon déroulement des opérations et perdre un bâtiment avant sa mise en service constitue une véritable tache. Cela remet en cause la confiance dans les processus industriels et soulève des questions embarrassantes sur le contrôle qualité. Même si le navire est renfloué, il restera dans les mémoires comme un échec coûteux et évitable ayant eu lieu en port, avant même de servir la flotte. »