Dans le domaine militaire, une constante demeure : chaque génération précédente affirme avoir enduré des épreuves plus dures que la suivante. Le concept de la « carte de stress », prétendument utilisée par des recrues pour interrompre temporairement leur entraînement, est un exemple emblématique de ce mythe largement répandu mais peu observé en réalité.
Ces fameuses « cartes de stress » refont régulièrement surface dans le débat public, souvent utilisées pour dénoncer la supposée baisse des exigences dans les forces armées. Elles sont notamment évoquées pour critiquer la diminution de la qualification aux armes à feu ou la « douceur » de certains instructeurs, très éloignée des méthodes sévères illustrées dans des films comme Full Metal Jacket.
Depuis les années 1990 et durant les conflits en Afghanistan et en Irak, des rumeurs circulent selon lesquelles les recrues pouvaient échapper à la discipline ou aux exercices physiques en brandissant une « carte de stress », signalant un dépassement de leur capacité à supporter la rigueur de la formation militaire.
Or, bien que ces cartes aient été maintes fois démenties comme étant une simple légende urbaine, la croyance en leur existence persiste parmi certains militaires et vétérans. Ce mythe semblerait provenir d’une confusion avec des cartes réellement émises par l’Armée et la Marine, lesquelles n’avaient aucun lien avec l’idée d’une « carte de stress » liée à la complaisance durant la formation.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a récemment relancé le débat lors d’une interview, évoquant son intention de durcir l’entraînement de base. Il a critiqué les pratiques modernes, affirmant : « Les méthodes utilisées par les sergents-instructeurs dans les années 70, 80 et 90 ont forgé des générations de jeunes Américains courageux qui sont allés au combat. Aujourd’hui, on distribue des cartes de stress : trop stressé ? Besoin d’un soutien psychologique ? »
La réalité est cependant plus complexe. Durant une expérimentation dans les années 1990, les recrues de la Marine recevaient des « Blues Cards » listant les contacts pour obtenir de l’aide en cas de volonté d’abandon. Ces cartes sont souvent confondues avec les « cartes de contrôle du stress » envoyées aux recrues de l’Armée à une autre époque, qui indiquaient leurs niveaux d’anxiété.
Il convient de préciser que ni l’une ni l’autre de ces cartes n’était destinée à dispenser les recrues d’exercices physiques ou de discipline. Par exemple, un rapport de 1997 portant sur la problématique de l’entraînement mixte hommes-femmes remarquait que certaines recrues de la Marine utilisaient les Blues Cards — qu’ils appelaient alors « cartes de stress » — pour solliciter une pause durant les sanctions disciplinaires.
« La Marine distribue une carte à chaque nouvelle recrue contenant des informations sur les contacts à joindre ‘si la pression devient trop forte’ », notait ce rapport. Il soulignait également que des formateurs exprimaient leur inquiétude face à l’usage de ces cartes comme moyen d’interrompre une séance disciplinaire ou d’entraînement.
Il reste incertain si les instructeurs accordaient effectivement des pauses aux recrues sur présentation de ces cartes, mais le comité recommandait d’interdire cette pratique.
Lors d’une conférence de presse en mars 1998, le secrétaire à la Défense William Cohen annonçait la fin de la politique relative aux Blues Cards. Il déclarait : « L’idée qu’un sergent-instructeur ne puisse pas saisir le fusil d’une recrue sans permission ne sera plus tolérée. Ces pratiques doivent changer, et elles changeront. »
En ce qui concerne les « cartes de contrôle du stress », l’Armée américaine a tenté dès 2007 de démentir leur utilisation comme excuses auprès des instructeurs, précisant qu’elles étaient mal comprises. Il s’agissait en réalité d’un outil d’auto-évaluation du stress, comparable à un indicateur aidant les soldats à prendre conscience de leur état émotionnel.
Retraité, le premier sergent David Siedschlag, ancien sergent-instructeur senior à Fort Jackson, a expliqué : « L’entraînement de base met un civil dans un environnement stressant, lui fournissant les outils et l’encadrement nécessaires pour combattre et vaincre pour notre pays. Le stress est notre manière naturelle de percevoir le danger. La guerre est dangereuse. La carte de stress est donc un mythe qu’il faut maintenir en tant que tel. »
Un ancien sergent-instructeur actuellement en service actif a témoigné qu’il n’avait jamais vu les recrues utiliser ces cartes. Il a cependant observé un officier subalterne en posséder une en 2010, ainsi qu’une autre exposée dans une clinique en 2013. Selon lui, il s’agissait plutôt d’un outil de suivi du bien-être psychologique, une sorte de « bague d’humeur » changeant de couleur selon le niveau de stress.
Ce manque de précisions sur la nature exacte et la diffusion des cartes de contrôle de stress alimente le mythe. D’autres anciens sergents-instructeurs confirment qu’ils n’ont jamais rencontré ces cartes dans le cadre de leur mission.
Alors que la saga des cartes de stress a perduré jusque pendant la Guerre mondiale contre le terrorisme, elle reste avant tout un récit apocryphe, utilisé comme mise en garde contre le risque de rendre les recrues trop sensibles, au détriment de leur préparation militaire.