Le chef militaire britannique appelle l’OTAN à affronter la Russie sur tous les fronts stratégiques, soulignant que la dissuasion repose sur la démonstration d’une force globale, allant des capacités nucléaires à la pression économique.
Lors d’une intervention à Washington devant le Centre pour les études stratégiques et internationales, l’amiral Sir Tony Radakin a déclaré que « la politique de l’OTAN est de dissuader. Et nous dissuadons en montrant à la Russie que nous sommes plus forts, prêts à combattre et que nous les vaincrons ».
Il a précisé que cette posture ne se limite pas aux forces militaires conventionnelles, ajoutant qu’il faut « contester la Russie dans tous les domaines — nucléaire, terrestre, maritime, aérien, cybernétique et spatial — ainsi que dans les sphères diplomatiques et économiques ».
Liant directement cette approche à la lutte de l’Ukraine, Radakin a souligné qu’il est « impératif de redoubler d’efforts pour soutenir la capacité de l’Ukraine à défendre son peuple courageux face à l’agression russe, afin de préserver leur liberté et leur indépendance durement acquises, par une paix juste et durable ». Plus de trois ans après le début du conflit, la guerre a révélé les limites du pouvoir russe, mais l’amiral met en garde : la faiblesse de Moscou le rend d’autant plus dangereux.
Il décrit la stratégie actuelle de la Russie comme une série d’opérations sub-seuil visant à harceler l’Occident sans provoquer de conflit direct. « La raison même pour laquelle la Russie mène des attaques sub-seuil contre nous est qu’elle est incapable et réticente à agir de manière plus ouverte. Poutine ne veut pas la guerre contre l’OTAN. Il ne peut même pas gagner une guerre contre l’Ukraine », explique Radakin. Toutefois, il avertit que « la Russie a plus de raisons de craindre une Alliance de 32 membres que l’inverse ».
Rejetant un positionnement purement défensif en Europe, l’amiral se dit « méfiant à l’égard d’une trop forte insistance sur la défense du territoire national ou la constitution d’une Europe forteresse ». Il prône au contraire une défense avancée, avec une projection de puissance à l’extérieur plutôt qu’un recul derrière les frontières de l’OTAN. Cela implique, selon lui, de répondre à la Russie non seulement dans les espaces aérien et maritime, mais aussi dans la guerre cybernétique, les capacités spatiales, le domaine diplomatique et l’influence économique.
Les propos de Radakin interviennent alors que les forces de l’OTAN renforcent leurs missions d’entraînement et leurs déploiements opérationnels en Europe de l’Est, dans le Grand Nord et dans la région de la mer Noire. Parallèlement, l’alliance intensifie ses actions économiques et diplomatiques pour limiter la capacité de Moscou à soutenir son effort de guerre.
Selon l’amiral, l’objectif ne se limite pas à réagir aux actions russes, mais à créer un environnement stratégique dans lequel la Russie comprenne qu’elle ne peut pas l’emporter. « C’est là l’essence même de la dissuasion et la raison pour laquelle l’OTAN doit être prête à opérer dans tous les domaines », conclut-il.