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Lors de l’exercice Northern Strike, un des rendez-vous majeurs de la Garde nationale américaine, la guerre électromagnétique a pris une place centrale, illustrant son rôle croissant dans les conflits modernes. Sur le terrain, les soldats ont été confrontés à des scénarios d’entraînement intenses destinés à tester leurs compétences en guerre électromagnétique, un domaine clé du combat contemporain.

Organisé au National All-Domain Warfighting Center dans le Michigan, Northern Strike a permis aux soldats d’évoluer dans un environnement simulé à haute intensité, où la maîtrise du spectre électromagnétique est aussi cruciale que le maniement des armes classiques. En parallèle des formations théoriques, les spécialistes de la guerre électromagnétique apprennent à brouiller les communications ennemies, intercepter des signaux ou détecter des menaces, afin de désorganiser les forces adverses.

L’an dernier, la 37e brigade d’infanterie (37th Infantry Brigade Combat Team, IBCT) avait déjà introduit un projet pilote en déployant une équipe mobile de guerre électromagnétique pour perturber les systèmes de communication des unités engagées dans l’exercice. Cette année, ces équipes ont été intégrées directement au sein des escouades d’infanterie, recréant un contexte opérationnel plus réaliste et complexe.

« C’est une opportunité rare de s’entraîner avec ce type d’équipement, notamment grâce au financement dont bénéficie Northern Strike », souligne le soldat Robert Bowley, spécialiste en guerre électromagnétique au sein de la 37e IBCT, originaire de Columbus, Ohio.

Bowley était équipé du système Beast+, un appareil portable combinant plusieurs canaux de réception et transmission. Ce système permet de balayer le spectre électromagnétique pour détecter les signaux ennemis, repérer les tentatives de brouillage ou d’usurpation, et ainsi accroître la connaissance de la situation sur le champ de bataille.

« L’antenne donne une direction générale et mesure la force du signal. Je peux observer tout ce qui se trouve sur le spectre radiofréquence », explique-t-il. « Nous disposons aussi d’un amplificateur de puissance pour brouiller les systèmes de communication. »

Lors de son intervention, Bowley jouait un rôle de système d’alerte précoce, localisant les forces adverses et neutralisant leurs communications. L’exercice a réuni des spécialistes du spectre électromagnétique issus de la 37e IBCT américaine, du Royal Irish Regiment britannique et des forces armées nationales lettones. Ensemble, ils ont conduit une opération coordonnée mêlant déploiement d’experts électromagnétiques et gestion des tours de transmission.

« Dans mon métier, nous sommes en première ligne, pas derrière un ordinateur », insiste Bowley.

Accompagné de sept soldats d’infanterie du 2e bataillon du Royal Irish Regiment, il a pris position dans une zone urbaine simulée, où l’équipe devait sécuriser un bâtiment. Trouvant un coin obscur avec des fenêtres sur deux côtés, Bowley y a installé le Beast+ pour optimiser la portée de l’antenne, tout en restant à l’abri des drones ennemis. « Le plus important est d’écouter ce qui se dit sur les radios. Dès que je détecte un signal suspect, je peux en déduire la direction d’où il provient », explique-t-il.

La mission a requis une vigilance constante. Pendant des heures, Bowley a surveillé le spectre électromagnétique, prêt à brouiller les communications adverses au moment opportun. « J’avais beaucoup de caféine, ça aide pour rester éveillé », raconte-t-il en souriant. « Nous avions carte blanche pour brouiller les communications, ce qui est normalement très réglementé en raison des risques associés. »

Vers 22 heures, les forces adverses ont commencé à sonder les défenses, utilisant un drone pour désigner quatre pertes simulées. À 3 heures du matin, malgré des communications largement brouillées, les équipes d’infanterie ennemies ont lancé leur assaut. « Ils se sont rapidement rendu compte que leurs communications étaient brouillées et ont cessé d’utiliser leurs radios », rapporte Bowley. Quelques instants plus tard, l’assaut a pris fin, l’équipe de défense ayant été neutralisée lors de l’exercice.

Le sergent-major Jason Ross, responsable des opérations liées au spectre électromagnétique pour la division Information Advantage de la Garde nationale, souligne que cet entraînement illustre la nécessité d’intégrer pleinement la guerre électromagnétique aux exercices militaires. « Les systèmes de communication évoluent rapidement, presque tous les mois. La menace grandit de façon significative. Il faut penser autrement, ce qui n’est pas toujours simple à discuter », précise-t-il.

Cette édition de Northern Strike se démarque également par la position de la cellule de communication, placée dans le camp “rouge”, ce qui complexifie encore davantage le cadre d’entraînement.

Le major Tucker Palmatier, officier en charge des activités de cyber et de guerre électromagnétique au sein de la 37e IBCT, rappelle les contraintes légales qui compliquent la formation dans ce domaine. « La réglementation de la Federal Communications Commission (FCC) sur le brouillage date de 1934. Cela complique la possibilité d’un entraînement réaliste adapté aux technologies actuelles », déclare-t-il. « Notre défi est donc de maximiser les opportunités d’entraînement tout en restant dans le cadre légal pour que les soldats soient préparés au mieux. »

Malgré ces contraintes, Palmatier considère l’opération comme une réussite. « L’ennemi ne s’attendait pas à la guerre électromagnétique. Nous avons pu dégrader leurs communications, ce qui les a empêchés de coordonner leur attaque. Cela a permis à une force inférieure en nombre de défendre efficacement la position », conclut-il.