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Lorsque la lieutenant-colonel Sarah Bodenheimer, commandante de l’escadron du génie civil 355, s’est vue confier la tâche de piloter l’effort du génie civil au sein de l’Escadron de base aérienne de combat (Combat Air Base Squadron – CABS) de l’Armée de l’air américaine, aucune feuille de route précise n’existait, seulement un concept à développer. En moins d’un an, une unité inédite devait être créée de toutes pièces.

« Nous ne savions pas ce qui fonctionnerait, mais nous savions que nous devions essayer », rappelle Bodenheimer. Sans précédent à suivre, elle a ouvert la voie. « J’ai veillé à ce que l’équipe comprenne qu’une attitude passive, le ‘ne rien faire’, n’était pas une option. »

Le modèle CABS réunit une équipe pluridisciplinaire, regroupant plusieurs spécialités formées dès le départ pour opérer comme une unité agile, légère, et déployable. « Les modèles traditionnels de soutien opérationnel des bases n’étaient pas conçus pour la rapidité ni pour la posture exigées par la menace actuelle, » explique-t-elle. « Cette unité est pensée pour projeter la puissance aérienne depuis des environnements austères et contestés, de manière rapide, indépendante et précise. »

La base aérienne Davis-Monthan, en Arizona, a été choisie pour la création de la 11e unité CABS en 2024. Au fil de la planification, l’équipe a dû définir la structure, les missions et les exigences de préparation. La création d’une section spécifique de génie civil dédiée au CABS est rapidement apparue comme la solution la plus adaptée pour répondre aux besoins du nouveau concept.

Pour Bodenheimer, la mission allait au-delà de la simple construction d’une organisation : il s’agissait surtout de donner les moyens à son personnel. Son rôle consistait à expliquer le « pourquoi » et à faire confiance à ses équipes pour exécuter, assumant elle-même les risques institutionnels afin qu’ils puissent expérimenter, apprendre de leurs erreurs et innover. « Si cela réussit, c’est grâce à eux. Si quelque chose tourne mal, c’est ma responsabilité. J’ai pris ce risque. Je l’assume », affirme-t-elle.

Elle a favorisé un environnement où chaque aviateur disposait d’une voix et avait un intérêt dans la réussite collective — élément essentiel pour fusionner des individus issus de parcours et de spécialités variés en une équipe cohérente. Le leadership n’était pas réservé à un grade particulier. « On n’a pas besoin d’avoir toutes les réponses pour diriger, » insiste-t-elle. « Il faut être honnête, clair sur ce qui compte, et ne pas avoir peur de trancher quand d’autres restent figés. »

Bodenheimer attribue à ses parents les valeurs qui guident son leadership et son éthique de travail. « Ils m’ont transmis la base : le travail acharné, l’humilité et la rigueur morale, même quand personne ne regarde. » Issue d’une famille aux fortes traditions militaires, elle compte parmi ses aïeux un grand-père dans l’US Air Force, un autre dans les Marines, ainsi qu’un cousin Marine gravement blessé en Irak.

Ce socle s’est affiné au fil des années grâce à des mentors, en uniforme ou non, qui ont façonné sa philosophie de commandement. « J’ai eu des leaders qui m’ont appris l’importance de la clarté, de la présence et de l’acceptation de l’impact que vous avez sur autrui, » raconte-t-elle. « Au final, tous m’ont enseigné d’autonomiser et de prendre soin de ses équipes. Tout le reste suit. »

Bodenheimer et les responsables du génie civil ont rédigé de nouveaux concepts d’opérations, établi les premières procédures opérationnelles standard, identifié les besoins en formation, et assuré la coordination avec les états-majors des grands commandements et commandements de combat. La sélection des aviateurs pour le 11e CABS s’est appuyée non seulement sur la spécialité, mais aussi sur l’état d’esprit et le potentiel, constituant ainsi une équipe équilibrée entre expertise technique et capacités de leadership. Nombre de jeunes membres ont endossé des rôles de commandement pour la première fois, avec succès.

Le déploiement de cette unité a également impliqué le transfert de 48 personnels du 355e escadron du génie civil, tout en maintenant les opérations quotidiennes à Davis-Monthan sans interruption. Ceux qui sont restés ont supporté une charge de travail accrue, et il était primordial pour Bodenheimer qu’ils sachent que leur engagement était crucial pour la mission globale. « Cette excellence discrète est souvent sous-estimée, » souligne-t-elle. « Pas par moi. »

Pour elle, le succès ne se mesurait pas à la perfection, mais aux progrès accomplis. Loin d’envisager ce qu’ils ont bâti comme un produit fini, elle le considère comme le point de départ d’une ambition plus vaste. « Est-ce parfait ? Qui peut le dire, » confie-t-elle. « Mais je sais que les aviateurs du 355e CES dans cette équipe font tout ce qu’ils peuvent pour tracer la voie et montrer l’exemple. »

Bodenheimer voit également ce projet comme un engagement sur le long terme envers le génie civil et l’avenir des opérations déployées. « Je crois profondément au rôle du génie civil comme facilitateur de la puissance aérienne, » insiste-t-elle. « Bien réussir voulait dire offrir à l’Armée de l’air une solution crédible et déployable pour les opérations de base dans un environnement de menace évolutive. Cela voulait aussi dire préparer nos futurs aviateurs du génie civil, qui seront en première ligne du prochain conflit. C’était fondamental. »

Bodenheimer espère qu’au final, ses aviateurs retiendront qu’elle les a soutenus, qu’elle a attendu beaucoup d’eux mais donné tout autant, qu’elle s’est souciée de la mission, mais plus encore des personnes qui la mènent. « Je les ai poussés à diriger avec audace et à penser plus grand, car ils sont capables de bien plus qu’ils ne le réalisent. »

Le concept CABS continuera d’évoluer. Les équipes changeront peut-être, la structure aussi. Mais à une époque où il n’y avait aucun modèle, Bodenheimer a tracé les premières lignes, assurant à son équipe la confiance, la clarté et le soutien nécessaires pour réussir.

« Nous n’avons pas seulement validé le concept, nous l’avons rendu opérationnel, » déclare-t-elle avec fierté. « Nous avons transformé la théorie en réalité. »