Le Group Captain (Dr.) Rajiv Kumar Narang, ancien pilote d’hélicoptère de l’Indian Air Force (IAF) et expert en défense, met en garde contre une dépendance excessive aux chasseurs navals importés, qui pourrait freiner les programmes indiens d’aéronautique navale et compromettre la quête d’Atmanirbharta (autosuffisance) dans un domaine stratégique clé.
Dr Narang rappelle que l’Inde a réalisé des progrès significatifs dans le développement d’avions de chasse nationaux au cours des vingt dernières années, notamment grâce au programme Light Combat Aircraft (LCA). Cependant, la tentation de recourir à la production sous licence d’appareils étrangers, comme le Rafale-M, pourrait mettre à mal ces avancées.
Le développement du LCA (Navy), bien que semé d’embûches, a permis d’acquérir une expérience précieuse pour la conception d’une variante navale de l’AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft). L’ancien chef de la Marine, l’Amiral Arun Prakash, ainsi que le Commodore Jaideep Maolankar, ancien pilote d’essai du LCA (Navy), ont préconisé une introduction limitée du LCA Mk-1 (Navy) dans un rôle de défense aérienne.
Selon Dr Narang, cette approche offrirait des données opérationnelles essentielles, faciliterait les ajustements de conception et garantirait la continuité des efforts locaux. Ces avions pourraient être engagés depuis les porte-avions pour des missions défensives, opérés depuis les bases côtières ou encore utilisés comme appareils d’entraînement pour les pilotes navals.
TEDBF : un pari risqué ?
Le programme Twin Engine Deck-Based Fighter (TEDBF), encore en phase de conception, représente un engagement à long terme mais comporte des risques considérables. En tant que projet entièrement nouveau, il nécessite l’intégration, les tests et la certification de multiples systèmes complexes, rendant les délais incertains. Dr Narang estime que le calendrier de développement du TEDBF devrait s’aligner sur celui de l’AMCA, avec une possible mise en service seulement à la fin des années 2030 ou dans les années 2040.
Par ailleurs, déployer une flotte restreinte de TEDBF entraînerait la mise en place de chaînes d’approvisionnement spécifiques, des stocks distincts et des contraintes de gestion du cycle de vie accrues, augmentant coûts et complexité logistique. Plus problématique encore, en entrant en service, le TEDBF risquerait d’être technologiquement dépassé face aux chasseurs chinois de cinquième et sixième génération.
Dans un contexte sécuritaire en pleine évolution, Dr Narang soutient que le programme AMCA offre une option plus réaliste pour l’aviation navale indienne. Alors que la Chine accélère ses développements dans les avions avancés, l’Inde ne peut se permettre d’investir dans des projets susceptibles d’être obsolètes avant même leur entrée en service. Intégrer tôt la Marine dans le développement de la variante navale de l’AMCA permettrait non seulement de maintenir la parité technologique, mais aussi de favoriser une innovation conjointe.
Bien que l’importation à court terme puisse s’avérer inévitable, Dr Narang avertit que la dépendance aux chasseurs importés n’offre pas un avantage durable. L’Inde doit résister à la tentation d’acquérir des plateformes clés en main au prix de l’érosion de sa capacité nationale.
« Le Rafale-M peut répondre aux besoins actuels, mais les combats de demain exigeront une force indigène, une adaptabilité et une maîtrise technologique », souligne Dr Narang.