Article de 956 mots ⏱️ 5 min de lecture

L’Armée de l’Air indienne s’apprête à retirer, dès le mois prochain, environ 35 avions MiG-21 Bison, correspondant à un peu plus d’un escadron et demi. Ces avions, qui ont longtemps constitué la colonne vertébrale de la défense aérienne du pays, sont désormais mis hors service en raison de leur obsolescence et des risques liés à leur vieillissement. Plutôt que de les condamner définitivement à la destruction, une option stratégique émerge : la reconversion de certains MiG-21 Bison en drones de combat.

Le MiG-21, chasseur d’origine soviétique, a équipé l’Indian Air Force (IAF) pendant plus de cinquante ans. La version Bison, modernisée au début des années 2000, a permis de prolonger la durée de vie opérationnelle de ces appareils. Malgré leur passé glorieux, notamment durant la guerre indo-pakistanaise de 1971 et le conflit de Kargil, ces avions sont aujourd’hui dépassés, tant par leur structure aéronautique, que par leurs systèmes avioniques limités et leurs coûts élevés de maintenance. Le retrait de ces 35 appareils marque la fin d’une ère, tout en libérant un stock d’appareils potentiellement encore exploitables.

Reconversion des MiG-21 Bison en drones : une option stratégique
Transformer ces avions retirés du service en véhicules aériens sans pilote (UAV) représenterait une solution économique pour prolonger leur utilité. Voici quelques pistes d’adaptation possibles :

  1. Drones cibles : Le fuselage des MiG-21 pourrait être adapté pour en faire des cibles rapides destinées à l’entraînement des pilotes de l’IAF et à la validation des systèmes de défense antimissile. Leur maniabilité et leur vitesse, pouvant atteindre Mach 2, permettent de simuler efficacement des avions ennemis.
  2. Leurres : Dotés de systèmes de guerre électronique, ces drones pourraient imiter les signatures radar adverses, désorientant les défenses aériennes ennemies et protégeant les avions habités lors des opérations.
  3. Relais de communication : Avec des systèmes avioniques modernisés, ces plateformes pourraient servir de relais aériens, étendant la portée des communications de l’IAF dans des zones contestées, notamment le long de la Ligne de Contrôle (LoC) avec le Pakistan.
  4. Reconnaissance : Equipés de capteurs avancés et de caméras, les MiG-21 pourraient conduire des missions de surveillance à longue portée en haute altitude, collectant du renseignement sans exposer de pilotes au danger.
  5. Rôle kamikaze : Dans des scénarios extrêmes, ces drones pourraient être chargés d’explosifs pour mener des attaques-suicides ciblant des objectifs à forte valeur stratégique, offrant une alternative peu coûteuse aux munitions guidées de précision.

Avantages de la conversion

  • Efficacité économique : Retrofit de matériaux déjà existants coûte moins cher que le développement de drones neufs. L’IAF tirerait parti de la robustesse de la cellule MiG-21, limitant ainsi les dépenses en recherche, développement et production.
  • Utilisation des infrastructures existantes : Les hangars, les pièces détachées et le savoir-faire technique liés au MiG-21 sont déjà en place, réduisant les besoins en nouveaux investissements.
  • Amélioration de la formation et de la préparation : L’emploi de MiG-21 convertis en cibles ou leurres renforcerait la qualité de l’entraînement des pilotes et la validation des systèmes d’armes, garantissant la préparation face aux menaces modernes.
  • Flexibilité stratégique : La polyvalence de ces drones corresponde aux exigences évolutives de la défense indienne, particulièrement pour contrer les capacités croissantes de drones du Pakistan.

Faisabilité technique
Le processus de conversion consisterait à retirer le poste de pilotage, installer des systèmes de contrôle à distance et moderniser l’avionique ainsi que les capteurs. L’expérience d’Israël dans la transformation de F-4 Phantom en drones, ou encore l’utilisation américaine des QF-16 comme cibles aériennes, attestent de la viabilité d’un tel projet avec des appareils anciens. En Inde, la collaboration entre le Defence Research and Development Organisation (DRDO) et des entreprises comme Hindustan Aeronautics Limited (HAL) pourrait permettre de développer des systèmes de contrôle autonomes dans le cadre de l’initiative “Make in India”.

Défis et risques

  • Limites technologiques : Les équipements électroniques désuets du MiG-21 nécessiteraient des mises à jour importantes, pouvant réduire l’économie initiale. L’intégration des systèmes modernes dans une cellule ancienne est un défi technique majeur.
  • Questions de sécurité : Opérer sans pilote au-dessus de zones habitées comporte des risques en cas de perte de contrôle, ce qui impose des tests rigoureux et des mécanismes de sécurité fiables.
  • Durée de vie opérationnelle : La fatigue des structures pourrait limiter la longévité de ces drones, obligeant à des évaluations précises pour éviter d’éventuelles défaillances en vol.
  • Contraintes budgétaires : Le financement de la conversion devra être mis en balance avec les priorités d’acquisition de nouveaux chasseurs comme les Rafale ou Tejas Mark 2, même si l’investissement pourrait se justifier par un bon rapport coût-efficacité.

Face aux progrès rapides réalisés par la Chine et le Pakistan dans le domaine des UAV — le recours de ce dernier aux drones Bayraktar TB2 turcs lors de récents affrontements en est un exemple —, l’Inde doit renforcer ses capacités dans ce secteur. La reconversion des MiG-21 Bison pourrait combler un vide technologique en attendant la maturation de drones indigènes tels que le TAPAS BH-201 du DRDO. Par ailleurs, l’utilisation de ces appareils emblématiques sous forme de drones enverrait un signal fort, témoignant d’une approche innovante face aux adversaires.