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Peter Navarro, conseiller auprès de l’ancien président américain Donald Trump, a récemment exprimé ses inquiétudes concernant les exigences de l’Inde en matière de transfert de technologies militaires sensibles dans le cadre des accords de défense. Selon lui, ces demandes pourraient compromettre la sécurité américaine en favorisant un transfert de capacités critiques vers l’Inde, du fait de ses rapprochements avec la Russie et la Chine. Cette prise de position soulève des interrogations quant à l’avenir de la coopération en matière de défense entre les États-Unis et l’Inde, notamment sur des programmes clés tels que le moteur F-414, les missiles antichars Javelin et les véhicules blindés Stryker.

L’Inde est devenue un partenaire stratégique important pour les États-Unis, particulièrement dans la région indo-pacifique, où les deux puissances partagent des préoccupations vis-à-vis de l’influence croissante de la Chine. Leur coopération militaire s’est renforcée au fil du temps grâce à des accords tels que le COMCASA (Communications Compatibility and Security Agreement) et le BECA (Basic Exchange and Cooperation Agreement) qui facilitent des échanges sécurisés et une coopération accrue. Toutefois, l’insistance de New Delhi sur le transfert de technologie (ToT) comme condition sine qua non à ses acquisitions majeures reflète sa volonté de devenir technologiquement autonome via l’initiative Aatmanirbhar Bharat.

Ces remarques interviennent alors que l’Inde aurait suspendu plusieurs contrats de défense importants avec les États-Unis, notamment l’achat d’avions de surveillance Boeing P-8I, de véhicules blindés Stryker de General Dynamics et de missiles antichars Javelin conçus par Raytheon et Lockheed Martin. Ces retards, attribués en partie à la hausse des droits de douane imposée par l’administration Trump, ont accentué les tensions dans les relations bilatérales.

Principaux programmes de défense concernés :

  1. Moteur F-414 : Fabricant par General Electric, le moteur F-414 est essentiel au programme indien de chasseur léger Tejas Mark 2. L’Inde souhaite obtenir un transfert de technologie conséquent afin d’assurer la production locale et l’entretien de ces moteurs. Navarro a exprimé des inquiétudes spécifiques sur la transmission de cette technologie sensible, redoutant qu’elle ne soit diffuse à des pays adverses comme la Russie ou la Chine.
  2. Missiles antichars Javelin : Ce système « tir et oublie » est un pilier de la guerre d’infanterie moderne. L’Inde cherche à co-produire ce missile et à accéder à la technologie associée pour son industrie de défense nationale. Un refus américain de transfert de technologie pourrait compromettre l’accord, d’autant que New Delhi explore des alternatives auprès d’autres fournisseurs internationaux.
  3. Véhicules blindés Stryker : Ce programme d’engins blindés à roues s’inscrit dans la modernisation de l’infanterie mécanisée indienne. Les négociations entre General Dynamics et ses partenaires indiens incluent des questions de transfert technologique, mais les propos de Navarro font craindre une réticence américaine quant au partage des technologies propriétaires.

D’autres contrats potentiels, comme ceux portant sur des hélicoptères Boeing Chinook, des avions Lockheed Martin C-130J et des hélicoptères d’attaque Apache, seraient également suspendus, ce qui complique davantage le partenariat de défense.

La description par Navarro de l’Inde comme un pays se « rapprochant » de la Russie et de la Chine reflète une inquiétude américaine face à la politique étrangère non alignée de New Delhi. L’Inde entretient en effet des liens militaires traditionnels avec la Russie, illustrés par l’acquisition du système de défense aérienne S-400, source de tensions avec Washington en raison du risque de sanctions en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Bien que l’Inde ait proposé des mesures techniques pour éviter toute interférence avec le matériel militaire américain, ces garanties ne suffisent pas à dissiper les doutes américains.

Par ailleurs, l’engagement économique et stratégique croissant de l’Inde avec la Chine, malgré des tensions frontalières persistantes, complexifie la situation. Membre clé du Quad (comprenant aussi les États-Unis, le Japon et l’Australie), l’Inde participe également à des forums comme l’Organisation de coopération de Shanghai (SCO) et les BRICS, ce qui suscite des suspicions à Washington sur de possibles transferts technologiques vers des puissances rivales.