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Face à une grave pénurie de ses escadrons de chasse, l’Armée de l’air indienne (IAF) milite avec force en faveur d’un accord gouvernement à gouvernement (G2G) avec la France pour l’acquisition de 90 Rafale F4 supplémentaires. Cette démarche s’inscrit dans le cadre du programme Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA), longtemps attendu, visant l’intégration de 114 appareils produits principalement en Inde avec une collaboration étrangère.

L’acquisition envisagée de 90 Rafale F4 s’ajouterait à la flotte existante de 36 Rafale, permettant ainsi de satisfaire l’exigence initiale de l’IAF, qui prévoyait 126 avions dans le cadre de l’appel d’offres Medium Multi-Role Combat Aircraft (MMRCA) lancé en 2007. Dassault Aviation a délégué la production des fuselages à Tata Advanced Systems Limited (TASL), avec l’assemblage local assuré par le coentreprise Dassault Reliance Aerospace Limited (DRAL). Dans le même temps, Safran s’engage à fournir des capacités de maintenance, réparation et révision (MRO) ainsi qu’une possible assemblée locale des moteurs M-88. Ce partenariat promet de renforcer les capacités aériennes de l’Inde tout en soutenant le programme « Make in India ».

Cette volonté d’acquérir davantage de Rafale intervient après l’opération Sindoor (7-10 mai 2025), une intervention militaire majeure contre des infrastructures terroristes au Pakistan au cours de laquelle les capacités avancées de la génération 4.5 du Rafale ont été pleinement exploitées pour des frappes de précision à longue portée. L’opération a mis en lumière les limites opérationnelles de l’IAF, dont la force en escadrons est tombée à 31 (chaque escadron comptant 16 à 18 avions) contre 42,5 autorisés, un chiffre qui chutera à 29 après le retrait imminent des MiG-21 en septembre 2025. Bien que les 36 Rafale, acquis dans le cadre d’un contrat de 59 000 crores signé en 2016 et basés notamment à Ambala et Hasimara, aient démontré leur efficacité en haute altitude et lors de frappes transfrontalières, leur nombre reste insuffisant face à la menace croisée de la Chine et du Pakistan. Ce dernier a en effet récemment intégré 40 avions furtifs J-35A de cinquième génération en provenance de Chine, tout en utilisant lors de l’opération Sindoor des J-10C équipés de missiles PL-15.

L’IAF privilégie un accord G2G afin de contourner le long processus d’appel d’offres international du programme MRFA, accélérant ainsi les acquisitions. Selon des sources proches du dossier, l’Inde serait prête à commander directement les 90 Rafale F4 à la France, avec une production et un assemblage locaux afin de réduire les délais d’intégration. Les infrastructures existantes à Ambala et Hasimara peuvent accueillir ces escadrons supplémentaires tout en garantissant une homogénéité avec les 26 Rafale Marine de la Marine indienne, dont la livraison est prévue entre 2028 et 2030 dans le cadre d’un contrat de 63 887 crores signé en avril 2025.

Un volet essentiel du projet est son alignement avec l’initiative « Make in India », qui insiste sur la production locale et le transfert de technologies. Dassault Aviation a récemment externalisé la production complète des fuselages du Rafale vers TASL, capable de fournir 24 cellules par an, en complément des 24 produites par Dassault en France. Après approbation du contrat par le ministère de la Défense indien, TASL pourrait rapidement prendre en charge la fabrication des plans pour les 90 Rafale F4, accélérant significativement la production. L’usine DRAL à Nagpur, mise en place dans le cadre des compensations liées à l’accord Rafale de 2016, est parfaitement équipée pour assembler ces appareils localement, favorisant ainsi une réduction du temps d’entrée en service et stimulant l’autonomie industrielle.

Parallèlement, Safran, fabricant des moteurs M-88 du Rafale, prévoit la mise en place d’installations de maintenance MRO en Inde ainsi que l’assemblage potentiel des moteurs localement, renforçant ainsi les capacités de maintenance pour garantir une disponibilité optimale de la flotte. L’usine DRAL, qui produit déjà certains composants tels que la radome radar et la verrière, pourrait étendre son activité à l’assemblage final en intégrant des structures aérodynamiques et des systèmes fabriqués en Inde. Cette chaîne logistique combinant production d’airframes par TASL, assemblage DRAL et maintenance Safran, positionnerait l’Inde en acteur clé dans la production du Rafale avec une perspective d’exportations futures.

La version Rafale F4, visée par cette acquisition, marque un saut technologique par rapport à la norme F3-R actuellement en service dans l’IAF. Elle intègre des capteurs avancés, un radar à antenne active à balayage électronique (AESA) amélioré, des systèmes de guerre électronique sophistiqués, et la compatibilité avec des armements de nouvelle génération, notamment le missile air-air Meteor et le missile de croisière SCALP. L’IAF souhaite également équiper ces avions de systèmes indigènes comme les missiles Astra Mk-2 et Rudram-II/III anti-radiations, augmentant ainsi leur efficacité en missions de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) et de frappes en profondeur. Dix Rafale existants en Inde sont également en cours de modernisation avec l’ajout de nacelles de ravitaillement en vol et de suites logicielles étendues, les rapprochant du standard F4.

L’achat de 90 Rafale F4 porterait la flotte totale à 126 appareils, soit l’équivalent de sept escadrons, répondant ainsi pleinement aux besoins définis dans le cadre du programme MMRCA et réduisant l’écart capacitaire actuel. Estimé entre 80 000 et 100 000 crores (environ 27 milliards de dollars pour la configuration F4), ce contrat représente un investissement majeur qui bénéficierait de la production locale et des facilités de maintenance. Le comité de haut niveau du ministère de la Défense, sous la direction du secrétaire Rajesh Kumar Singh, encourage un renforcement rapide des capacités avec la participation du secteur privé, en phase avec la volonté de l’IAF d’impliquer TASL et DRAL.

Cependant, ce contrat G2G rapide reste soumis à plusieurs défis. Le coût élevé des Rafale F4, susceptible de dépasser le budget de 20 milliards de dollars initialement prévu pour le MRFA, nécessite une planification financière rigoureuse. L’intégration des systèmes indigènes, comme les missiles Rudram et Astra, impose des tests approfondis pour garantir leur compatibilité avec l’avionique du Rafale. L’augmentation de la capacité de production de TASL et d’assemblage de DRAL demandera un effort d’investissement conséquent, ainsi qu’une bonne coordination avec Dassault et Safran. Par ailleurs, les déclarations pakistanaises prétendant avoir abattu des avions de l’IAF pendant l’opération Sindoor, bien que démenties, soulignent la nécessité d’améliorer la survivabilité des appareils. À ce titre, l’IAF s’intéresse au système X-Guard, un leurre tracté en fibre optique développé par Rafael Advanced Defense Systems d’Israël.