Dans un récent podcast diffusé par NDTV, l’ancien chef d’état-major de l’armée de l’air indienne (CAS), le maréchal de l’air (retraité) BS Dhanoa, a suscité un vif débat en affirmant que l’avion de combat léger indigène indien (LCA) Tejas n’était pas prêt à être déployé sur les bases aériennes avancées lors de la frappe aérienne de Balakot en 2019 et du combat aérien qui a suivi avec le Pakistan.
Cette déclaration a rapidement été contestée par la communauté de la défense indienne, qui a souligné les capacités déjà éprouvées du Tejas dès l’exercice Iron Fist 2013, arguant que cet appareil constituait une plateforme supérieure au vieillissant MiG-21, impliqué tragiquement dans l’incident de 2019. Alors que l’Indian Air Force (IAF) retire progressivement le MiG-21 et mise sur le Tejas, ce débat met en lumière la préparation opérationnelle de l’appareil, son potentiel en combat, ainsi que le rôle crucial des moteurs fournis par les États-Unis pour son avenir.
Le 27 février 2019, un jour après la frappe indienne contre un camp terroriste de Jaish-e-Mohammed à Balakot, le Pakistan a lancé l’Opération Swift Retort visant des installations militaires indiennes. Le combat aérien qui s’ensuivit vit le Wing Commander Abhinandan Varthaman, aux commandes d’un MiG-21 Bison, abattre un F-16 pakistanais avec un missile R-73 avant que son propre avion ne soit touché, entraînant son éjection et sa capture au Jammu-et-Cachemire sous contrôle pakistanais. Lors du podcast de NDTV, le maréchal Dhanoa a expliqué que le Tejas, alors en phase de validation initiale opérationnelle (IOC), n’était pas prêt à être déployé sur des bases avancées telles que Srinagar ou Pathankot, ce qui avait contraint l’IAF à recourir à des plateformes héritées comme le MiG-21.
Selon Dhanoa, le Tejas manquait de maturité opérationnelle pour gérer des scénarios de combat à haute intensité en 2019, notamment lors d’engagements au-delà de la portée visuelle (BVR) et dans un espace aérien contesté. Il a également fait référence à la détection d’intelligence électronique (ELINT) par l’IAF confirmant la destruction du F-16 et la présence d’un hélicoptère pakistanais de recherche et sauvetage près de Charhoi, sans convaincre pleinement quant à l’état d’indisponibilité du Tejas, sujet à de nombreuses critiques.
La communauté de défense indienne, notamment active sur la plateforme X, a vivement contesté les propos de Dhanoa, rappelant la performance du Tejas lors de l’exercice Iron Fist 2013. Tenue à Pokhran dans le Rajasthan, cette manœuvre démontra la capacité du Tejas à utiliser toutes les munitions air-air et air-sol emportées par le MiG-21, y compris le missile R-73 à courte portée et les bombes à guidage de précision. L’appareil avait également montré sa capacité à déployer des fumigènes pour échapper aux missiles, une compétence essentielle dans les combats rapprochés comme celui de 2019. L’utilisateur X @DefenceAnalyst24 a ainsi déclaré : « Tejas a tiré toutes les armes du MiG-21 lors d’Iron Fist 2013. À l’exception du brouilleur, c’était l’avion supérieur. »
En 2018, le Tejas a franchi les étapes de la validation opérationnelle finale (FOC) avec succès, incluant des engagements BVR avec le missile Derby tiré depuis l’appareil de série limitée LSP-7. Ces tests réalisés à la base aérienne de Kalaikunda ont validé le radar Elta EL/M-2032 et l’intégration des missiles, permettant d’atteindre des cibles jusqu’à 70 km de distance. Selon ces experts, ces capacités faisaient du Tejas une alternative crédible au MiG-21 Bison en 2019, offrant un cockpit moderne à affichage tête haute, des commandes de vol électriques (fly-by-wire) et une maniabilité supérieure, malgré l’absence d’un système avancé de guerre électronique (EW) comme le pod russe Khibiny utilisé sur certains appareils de l’IAF.
Les détracteurs soulignent que le MiG-21, conçu dans les années 1960, était dépassé pour le combat aérien moderne, avec une portée radar limitée (30 à 40 km) et une absence d’équipement de guerre électronique indigène, le rendant vulnérable face aux F-16 pakistanais équipés de missiles AMRAAM. Le Tejas, même en configuration IOC, proposait une plateforme de 4e génération avec une aile delta optimisée pour l’agilité et une faible signature radar, lui permettant potentiellement de surpasser le MiG-21 durant l’affrontement de Balakot.
Cependant, l’absence du Tejas dans les bases avant en 2019 s’explique par plusieurs facteurs. En février 2019, seuls 16 appareils Tejas en configuration IOC étaient opérationnels dans le cadre de la 45e escadre (“Flying Daggers”) basée à Sulur, dans l’État de Tamil Nadu, loin au sud de la zone nord. L’IAF privilégiait alors des plateformes éprouvées comme le Su-30MKI, le Mirage 2000 et le MiG-21 Bison, toutes déjà stationnées sur des bases avancées telles que Pathankot et Srinagar. Le Tejas, bien que prometteur, ne disposait pas encore d’une intégration complète de systèmes avancés comme le missile Astra BVR, introduit ultérieurement, ni d’une suite de guerre électronique indigène encore en développement par le Defence Avionics Research Establishment (DARE).
Des contraintes logistiques, notamment le nombre limité de pièces de rechange et une infrastructure d’entretien inadéquate sur les bases avant, ont également influencé la décision de l’IAF. Par ailleurs, la large flotte de MiG-21 Bison en service, forte de plus de 100 appareils, et la familiarité des équipages avec le chasseur ont fait du MiG-21 un choix par défaut, malgré ses vulnérabilités. L’incident de 2019, au cours duquel le MiG-21 d’Abhinandan a été abattu alors qu’il menait un combat héroïque, a souligné les risques liés à la dépendance à des plateformes anciennes, renforçant les appels à une induction accélérée du Tejas.