Le secteur de la construction navale britannique a enregistré une progression de 72 % entre 2019 et 2024, portée notamment par les programmes militaires. Cependant, la filière civile souffre d’un manque de soutien, laissant les chantiers écossais en difficulté face à une concurrence internationale fortement subventionnée, a révélé le comité des affaires écossaises lors d’une audition en juillet 2025.
Tom Chant MBE, directeur général de la Society of Maritime Industries, a expliqué aux députés que bien que le secteur de la défense offre un socle stable d’activité, ce n’est pas le cas des contrats civils. « Dans le domaine de la défense, c’est acquis, compte tenu des activités déjà mentionnées. En revanche, dans le segment civil, ce problème reste à résoudre. Il est en fait impossible de dissocier totalement la construction navale militaire et civile, car elles sont intimement liées. »
Interrogé par la députée Elaine Stewart au sujet de la progression de 72 % de la production navale britannique entre 2019 et 2024, Tom Chant a mis en avant des facteurs tant internationaux que nationaux. Il a souligné les perturbations et opportunités engendrées par la pandémie de Covid-19 ainsi que le lancement des programmes des frégates Type 26 et Type 31. « On ignore souvent que 80 % de la valeur d’un navire complexe correspond aux systèmes et composants qu’il embarque… Pour l’Écosse, durant cette période, avec le démarrage des programmes Type 26 et Type 31, la chaîne d’approvisionnement locale a généré des retombées économiques et un chiffre d’affaires principalement écossais. »
Les membres du comité ont ensuite questionné Tom Chant sur l’efficacité de la Stratégie nationale de construction navale (National Shipbuilding Strategy). Il a reconnu sa pertinence pour la défense et certains projets gouvernementaux, mais a souligné son impact limité pour les contrats civils. « En résumé, non… Le travail de défense a toujours été considéré comme une priorité nationale, et l’Office national de construction navale (NSO) a excellé en garantissant que les appels d’offres pour les navires de la Border Force restent focalisés sur le Royaume-Uni. Mais, par défaut, environ 130 autres navires du pipeline gouvernemental sont ouverts à la concurrence internationale, ce qui constitue une occasion manquée pour les chantiers britanniques. »
Le député Angus MacDonald a exprimé son inquiétude face à l’attribution fréquente de contrats à l’étranger alors que les capacités existent au Royaume-Uni. Tom Chant a cité les appels d’offres actuels pour les phares de Trinity House en exemple. « Il y a certainement des chantiers britanniques très intéressés par ce projet. Les responsables sous contrat (SRO) chargés de ces projets doivent les livrer en respectant les risques, délais et budgets. Mais les appels d’offres sont ouverts à la concurrence internationale, et cela crée l’illusion d’un terrain de jeu égal, alors qu’en réalité, les entreprises publiques et fortement soutenues par leur État ont un avantage évident dans la conquête de ces marchés. »
Tom Chant a également souligné que les concurrents étrangers bénéficient souvent de financements subventionnés et de garanties gouvernementales inaccessibles aux chantiers britanniques. Cette disparité fausse la compétition, même lorsque les offres étrangères ne sont que marginalement moins chères. « Il y a fréquemment un écart de 10 à 20 % dans les prix en faveur des chantiers étrangers, mais on oublie que lorsque le contrat est attribué à une entreprise britannique, les taxes générées reviennent au Trésor public. Une étude bien connue du RUSI, récemment mise à jour, a montré que les marchés britanniques procurent environ 36 % de retour fiscal à l’État. »
Il a ajouté qu’attribuer les contrats au Royaume-Uni garantit également des avantages sur le long terme, puisque les navires peuvent être entretenus et soutenus localement durant leur durée de vie moyenne de 30 ans. « Ce n’est pas seulement un achat unique, c’est un engagement pour les 30 années suivantes. »
Les travaux du comité sur la transition industrielle en Écosse se poursuivront avec notamment l’audition prochaine de Graeme Thomson, directeur général de Ferguson Marine.