Depuis des décennies, l’armée américaine rêve de développer des jetpacks permettant de transporter les soldats rapidement sur le champ de bataille. Ces appareils volants individuels pourraient transformer un fantassin en combattant aéroporté. Parallèlement aux soldats propulsés par des fusées, l’armée américaine a également expérimenté des machines à décollage et atterrissage verticaux individuelles, sous la forme de plateformes volantes personnelles.
Celles-ci se présentent mieux sous l’appellation de plates-formes volantes. Le soldat se tient debout sur une petite plateforme située au-dessus d’un puissant ventilateur générant la portance nécessaire au vol. Le pilotage est d’une grande simplicité : le militaire s’incline pour pencher la plateforme et ainsi diriger son déplacement, un fonctionnement proche de la glisse sur une planche de surf.
Au milieu des années 1950, l’Office of Naval Research, en collaboration avec l’Armée de Terre, a lancé une étude pour déterminer si ces plateformes volantes personnelles étaient à la fois réalisables et opérationnellement exploitables. Les résultats furent concluants : ces machines volantes individuelles fonctionnaient et des soldats ont effectivement pu s’envoler à leur bord.
Selon le National Air and Space Museum du Smithsonian, l’idée des plateformes volantes a véritablement émergé à la fin des années 1940. En 1953, l’Armée de Terre entama ses projets en la matière, en partenariat avec Hiller Aircraft et De Lackner Helicopters. L’Office of Naval Research travaillait déjà avec Hiller, ce qui donna naissance à une collaboration interarmées. De Lackner développa son Aerocycle DH-4 (désigné HZ-1), une plateforme plus petite perchée au-dessus d’un rotor en rotation. Fonctionnelle, cette machine fut cependant abandonnée en raison des risques liés à son utilisation.
Plus de succès fut obtenu avec les projets de Hiller. L’Office of Naval Research reçut la première plateforme volante 1031-A-1 conçue par Hiller. Haute de 2,1 mètres, avec une plateforme d’environ 2,4 mètres de diamètre presque entièrement occupée par un ventilateur, elle embarquait deux moteurs et pouvait atteindre une vitesse maximale de 16 miles par heure (environ 26 km/h). Ces plateformes furent conçues pour être assez stables et faciles à piloter afin que le soldat puisse viser et tirer à l’arme légère pendant le vol. Des photographies des essais montrent clairement des militaires en train de viser et de tirer un fusil depuis ces plateformes en vol.

Après avoir abandonné l’Aerocycle, l’armée se tourna vers Hiller pour obtenir une version plus grande de la 1031-A-1 dotée d’une plus grande poussée. La plateforme Hiller VZ-1 Pawnee fut testée à partir de 1957, équipée de trois moteurs. Cependant, la taille accrue rendit le contrôle par inclinaison difficile. Les soldats ne pouvaient plus aisément diriger ni manœuvrer la machine. Les tentatives d’ajustement de la puissance des moteurs et de la taille ne résolurent pas ce problème.
Ces hélicoptères personnels peuvent sembler relever de la science-fiction, mais ils sont nés d’une période de profondes mutations militaires. La guerre froide et la menace nucléaire incitèrent l’armée à expérimenter toute une variété d’armes et de tactiques inspirées par le nucléaire, allant de la création de nuages de destruction à la réorganisation des forces terrestres autour des divisions dites « pentomiques ». Parallèlement, les recherches s’orientaient vers la conception du soldat du futur, à la recherche de toutes les avancées technologiques pouvant donner un avantage. Par ailleurs, les hélicoptères s’étaient révélés d’un grand intérêt durant la guerre de Corée, notamment pour les transports rapides et les évacuations médicales. À l’œil d’aujourd’hui, ces plateformes volantes jouaient un rôle comparable à celui des drones aériens militaires, en tant que véhicules de reconnaissance légers et agiles.
Si la plateforme volante a démontré sa faisabilité technique, l’armée finit par rejeter cette idée. Ces machines n’étaient pas assez performantes ni suffisamment rapides pour être exploitables sur un théâtre d’opérations. L’armée préféra s’en tenir aux hélicoptères plus larges, qui allaient progressivement devenir des éléments essentiels du transport militaire. Néanmoins, ces inventions des années 1950 ont représenté un progrès important dans la recherche sur les technologies VTOL (décollage et atterrissage verticaux), rappelle le Smithsonian Institute. Quant aux jetpacks, ils restent pour l’instant une technologie encore non déployée sur le terrain.