La Russie a accusé l’Ukraine lundi d’avoir lancé des dizaines de drones contre l’une des résidences du président Vladimir Poutine, une accusation fermement démentie par Kyiv qui y voit un mensonge destiné à saper les efforts de paix menés sous l’égide américaine.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, qui ne commente généralement pas les frappes de drones, a affirmé que l’Ukraine avait tiré « 91 véhicules aériens sans pilote longue portée » sur la résidence de Poutine dans la région de Novgorod entre dimanche soir et lundi matin, tous ayant été abattus.
« Compte tenu de la dégénérescence complète du régime criminel de Kyiv, qui a adopté une politique de terrorisme d’État, la position de la Russie dans les négociations sera réexaminée », a déclaré Lavrov, sans toutefois fournir de détails ni d’éléments de preuve à l’appui des allégations russes.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a qualifié cette prétendue attaque de « pure fabrication » visant à compromettre le processus de paix, tandis que le président américain Donald Trump — qui s’est entretenu avec Poutine lundi — a plutôt critiqué Kyiv.
« Je n’aime pas ça. Ce n’est pas bien, » a déclaré Trump aux journalistes depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride. « Vous savez qui m’en a parlé ? Le président Poutine lui-même. »
« C’est une période délicate. Ce n’est pas le bon moment, » a-t-il ajouté.
Cette accusation russe survient à un moment clé du processus de paix.
Kyiv affirme avoir accepté 90 % d’un plan de paix rédigé par les États-Unis — notamment en ce qui concerne les garanties de sécurité après la guerre.
En revanche, la question territoriale demeure non résolue, et la Russie — qui progresse sur le terrain depuis des mois — rejette systématiquement les propositions qui ne répondent pas à ses exigences maximales.
Lors de son entretien avec Trump, Poutine a affirmé qu’il restait engagé dans le processus de paix mais qu’il allait « réviser » la position russe dans les négociations à la lumière de cette attaque présumée, selon un communiqué du Kremlin.
La Russie a lancé son invasion de l’Ukraine en février 2022, la qualifiant d’« opération militaire spéciale » visant à démilitariser le pays et à empêcher l’expansion de l’OTAN.
Kyiv et ses alliés européens dénoncent une guerre injustifiée et illégale, la plus vaste et meurtrière sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a entraîné une immense vague de violences et de destructions.
Territoire, principal point de blocage
Donald Trump avait déclaré dimanche, à l’issue de ses échanges avec Zelensky, qu’un accord de paix était « très proche ».
De son côté, Zelensky a annoncé lundi que les États-Unis avaient enfin promis des garanties de sécurité dans un accord post-conflit, pour une durée de 15 ans, avec possibilité de prolongation.
Mais la question clé des territoires et de l’avenir de la centrale nucléaire de Zaporojié, située dans le sud de l’Ukraine et occupée par Moscou, reste en suspens.
Poutine insiste pour obtenir le contrôle total de la région orientale ukrainienne de Donetsk dans le cadre d’un règlement post-guerre. Il a réaffirmé lundi que son armée visait toujours à en prendre possession ainsi que de trois autres régions ukrainiennes revendiquées par la Russie, par la force si nécessaire.
À Kyiv, où les habitants subissent des attaques russes incessantes depuis près de quatre ans, peu de personnes croient à une avancée.
« Des garanties de sécurité ont déjà été signées auparavant — et qu’est-ce que ça nous a apporté ? Absolument rien, » a confié à l’AFP la photographe Anastasiia Pashchenko.
À Moscou, où toute critique de l’invasion russe est interdite, certains habitants ont déclaré à l’AFP souhaiter la fin des combats, mais selon les conditions du Kremlin.
« Seule la Russie peut imposer des conditions, » a affirmé Alexei, un ingénieur de 53 ans.
Nikita, 23 ans, qui a combattu en Ukraine pendant un an, a salué les avancées russes dans l’est du pays, même si cela a un « coût ».
« La Russie reste une superpuissance à prendre en compte, » a-t-il conclu.