Une nouvelle étude technique met en lumière une nette augmentation des interférences GNSS en mer Baltique méridionale, avec des mesures réalisées à bord de navires révélant une transition du simple brouillage vers des activités coordonnées de brouillage et de spoofing à proximité de la frontière maritime de Kaliningrad.

Ce second volet de recherche, communiqué par GPSPatron, s’appuie sur un dispositif de surveillance terrestre déjà présenté l’an dernier en collaboration avec l’Université Maritime de Gdynia. La phase initiale avait mis en évidence un brouillage persistant multi-constellations émanant d’un capteur fixe à terre. Cette nouvelle campagne de six mois a déployé un système GP-Probe TGE2 à bord d’un navire de recherche opérant depuis le port de Gdańsk entre juin et octobre 2025, enregistrant ainsi les interférences telles qu’elles affectent les navires en déplacement.

Les résultats montrent une modification significative du milieu de la guerre électronique. D’après le rapport, les événements les plus intenses mêlent désormais des signaux GPS falsifiés à un brouillage simultané des systèmes GLONASS, Galileo et BeiDou. Les auteurs avancent que ce procédé contraint à se fier aux entrées GPS spoofées tout en empêchant l’accès à des mesures satellitaires indépendantes. Durant la période la plus critique, ils ont enregistré une disponibilité moyenne des GNSS de 83,5 % ainsi que plus de quatre jours de spoofing continu en juin et juillet, comprenant près de 30 heures consécutives sur une fenêtre de 48 heures.

L’analyse spectrale indique la présence de plusieurs émetteurs distincts plutôt qu’un système unique. Quatre signatures différentes ont été identifiées : un émetteur de spoofing, deux brouilleurs chirp opérant sur des bandes différentes, ainsi qu’un brouilleur analogique à large bande couvrant l’ensemble de la fréquence L1. Le rapport précise que leur activation quasi simultanée témoigne d’un réseau coordonné de manière centrale, tandis que la diversité des empreintes spectrales laisse penser à plusieurs sites émetteurs.

Le profil technique a par ailleurs évolué. La précédente étude soulignait un brouillage large bande propre et en accord avec les constellations satellites, associé à des systèmes modernes. Le nouvel ensemble de données montre un brouillage chirp plus simple, mais à puissance plus élevée, combiné à du spoofing et à du matériel radiofréquence plus ancien présentant une instabilité en fréquence. Selon les auteurs, ce mélange illustre un contexte où des systèmes anciens à haute puissance coexistent avec des outils de spoofing plus récents.

La force des interférences augmente nettement en mer ouverte. Les signaux relativement faibles détectés à Gdańsk deviennent beaucoup plus puissants en pleine mer, augmentant jusqu’à 15 dB à l’approche des eaux face à Kaliningrad. Ce gradient spatial confirme la conclusion du rapport selon laquelle ce sont principalement les opérateurs maritimes qui subissent les perturbations, tandis que les infrastructures terrestres sont moins affectées.

Stefan Majinovic de GPSPatron a indiqué que ces résultats offrent une « vision rare et étayée par des données » d’une menace en rapide évolution. L’entreprise met à disposition les données brutes pour une analyse approfondie. Le rapport complet, incluant des spectrogrammes et la méthodologie, est accessible sur le site de GPSPatron.