L’augmentation annoncée des budgets de défense à 3,5 % du PIB ouvre à la Suède la possibilité de contribuer sérieusement à la capacité de dissuasion de l’OTAN dans la région de la mer Baltique.
Quelle que soit l’issue du conflit en Ukraine, la volonté de la Russie d’étendre sa sphère d’influence ne disparaîtra pas. Des actions militaires dans les pays baltes pourraient en être un moyen. Il est donc d’un intérêt vital pour la Suède de participer à la dissuasion de Moscou face à cette option.
Comment pourrions-nous alors faire la différence ?
De la frontière russo-baltique à la côte de la mer Baltique, il y a environ 300 km. La frontière terrestre des États baltes avec la Russie s’étend sur environ 900 km, traversée par une cinquantaine de routes. Ces pays totalisent environ 6 millions d’habitants et leur PIB cumulé représente un peu moins de 25 % de celui de la Suède (en valeur nominale).
Les capacités militaires des États baltes comprennent principalement : deux brigades en Estonie, une en Lettonie et trois en Lituanie. Ces trois pays disposent également de plusieurs unités de défense territoriale. Leur matériel est moderne, parfois très avancé, comme les systèmes de défense aérienne NASAMS et IRIS-T SLM, l’artillerie à roquettes coréenne K239, et une forte orientation vers les drones. Malgré cela, il est évident que des renforts sont nécessaires en cas d’attaque russe. Le nombre d’unités terrestres propres est insuffisant.
Actuellement, une brigade alliée est stationnée dans chaque pays balte. En cas de crise grave ou d’attaque, des renforts issus notamment du Royaume-Uni, de la France et du Canada doivent permettre de constituer environ une division dans chaque État, combinant forces nationales et alliées. Cependant, cela ne suffirait pas à repousser une attaque majeure planifiée. Il faudrait approximativement une division supplémentaire par pays. Un problème de temporalité se pose également.
Le Conseil suédois de défense estimait l’an dernier qu’il faudrait un mois, voire plus, avant l’arrivée de grandes unités de forces terrestres alliées dans la région nordique-balte. Les ressources aériennes et navales pourraient être déployées plus rapidement, en quelques semaines.
Sur ce point, la Suède (et le Danemark) pourraient jouer un rôle crucial en comblant ce délai avant l’arrivée des renforts lointains. La proximité géographique, et la capacité à mobiliser des brigades en 3–4 jours, compétence que possédaient ces pays durant la Guerre froide, permettraient d’engager à la fois rapidement et massivement les unités déployées en Baltique dans la semaine suivant le déclenchement d’une crise.
Les forces aériennes nordiques, ainsi que d’autres systèmes à longue portée comme les missiles de croisière, constitueraient aussi des atouts majeurs pour influer sur un agresseur, notamment dans la phase précédant l’arrivée des renforts planifiés.
L’organisation prévue dans la décision de défense de décembre 2024 est insuffisante pour contribuer substantiellement à la défense des pays baltes, principalement en ce qui concerne les forces terrestres et les ressources navales.
Une orientation raisonnable, compte tenu des augmentations budgétaires actuelles, serait que la Suède puisse engager une division pour la défense des pays baltes, en plus d’une autre pour le nord de la Scandinavie. Avec les plans actuels, environ deux brigades manquent à cet effet.
L’extension de la marine suédoise pour mieux protéger les transports, propres ou alliés, à travers la mer Baltique, devrait également être pleinement envisageable.
Pourquoi devrions-nous, plutôt que l’Allemagne ou la Pologne, être les premiers à renforcer militairement la Baltique ? Transférer un corps d’armée d’environ 40 000 soldats et des milliers de véhicules à travers le goulet de Suwalki, large d’à peine 60 kilomètres, n’est pas aisé face à un ennemi doté de milliers de drones et d’une artillerie puissante de part et d’autre du corridor de passage. Il sera probablement nécessaire de contrôler les terrains autour, c’est-à-dire Kaliningrad et certaines parties du Bélarus, avant que la progression soit possible. À la lumière des combats actuels en Ukraine, cela prendra du temps. Sans doute plus que celui dont la Russie a besoin pour atteindre ses objectifs dans les pays baltes.