L’Inde a exprimé vendredi une vive inquiétude face aux « hostilités persistantes » dirigées contre les minorités au Bangladesh, appelant à sanctionner les responsables du lynchage d’un jeune hindou dans la région de Mymensingh la semaine dernière. Par ailleurs, New Delhi a accueilli avec prudence le retour à Dacca de Tarique Rahman, président par intérim du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), après 17 ans d’exil, soulignant que cet événement doit être analysé dans le cadre de son engagement en faveur d’élections parlementaires libres, équitables et inclusives au Bangladesh.

Des violences ciblées sur les minorités

Lors de son point de presse hebdomadaire, Randhir Jaiswal, porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, a fermement condamné le meurtre récent de Dipu Chandra Das et exigé des mesures strictes contre les auteurs. « Les violences incessantes à l’encontre des minorités au Bangladesh, notamment hindous, chrétiens et bouddhistes, commises par des extrémistes, constituent une source de profonde préoccupation », a-t-il déclaré.

Les autorités bangladaises ont déjà arrêté douze personnes en lien avec ce meurtre. Selon des sources indépendantes, plus de 2 900 incidents de violences contre les minorités, incluant des assassinats, des incendies criminels et des expropriations foncières, ont été recensés sous l’administration intérimaire actuelle. « Ces faits ne peuvent être ignorés ni qualifiés de simples exagérations médiatiques ou de violences politiques », a insisté Jaiswal.

Une recrudescence des tensions politiques

Le Bangladesh traverse une nouvelle période d’instabilité politique marquée par l’assassinat du jeune leader Sharif Osman Hadi, figure emblématique des manifestations de l’année dernière ayant conduit à la chute du gouvernement de Sheikh Hasina. Ce meurtre a également alimenté des tensions entre New Delhi et Dacca, certains acteurs locaux accusant à tort l’Inde d’être impliquée.

« Nous rejetons fermement ces accusations infondées. La sécurité et l’ordre public relèvent de la responsabilité du gouvernement bangladais. Toute tentative d’instrumentaliser ces événements pour nuire à l’image de l’Inde est totalement fausse », a souligné le porte-parole indien.

Engagement pour la stabilité et la démocratie

Le ministère des Affaires étrangères indien suit de près la situation dans le pays voisin. « L’Inde est favorable au renforcement des liens avec le peuple bangladais, à la paix et à la stabilité dans cette région. Nous soutenons la tenue d’élections libres, justes, inclusives et participatives au Bangladesh », a affirmé Randhir Jaiswal. Les prochaines élections parlementaires sont prévues le 12 février.

En ce qui concerne le lynchage d’un autre hindou, Amrit Mondal, surnommé Samrat, survenu dans la nuit du mercredi à Rajbari, le porte-parole a clairement relié cette tragédie à la dégradation générale de la sécurité et aux hostilités envers les minorités au Bangladesh. Le gouvernement de Dacca, pour sa part, assure que Mondal était impliqué dans plusieurs affaires graves, dont meurtre et extorsion, et nie tout caractère communautaire à cette attaque.

Le retour de Tarique Rahman et les relations indo-bangladaises

Concernant le retour de Tarique Rahman, qui a reçu un accueil triomphal de la part de milliers de ses partisans à Dhaka, Randhir Jaiswal a déclaré : « Comme vous le savez, l’Inde soutient des élections libres, équitables et inclusives au Bangladesh. Ce retour doit être considéré dans ce contexte. » À 60 ans, Tarique Rahman devrait ainsi dynamiser la campagne du BNP en vue du scrutin de février.

Le porte-parole a rappelé que « l’amitié entre l’Inde et le Bangladesh repose sur l’héritage de la guerre de libération et s’est renforcée grâce à de nombreux projets de développement et initiatives entre les peuples ». Il a également précisé qu’aucun changement n’était intervenu dans la position de l’Inde concernant la demande d’extradition de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina.

Contexte des relations bilatérales

Les relations indo-bangladaises ont connu des tensions après la prise de pouvoir du gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus, consécutive à la chute du cabinet Hasina. Depuis, l’Inde exprime régulièrement sa préoccupation face aux attaques répétées contre les minorités, en particulier la communauté hindoue au Bangladesh.