L’armée indienne a lancé un appel d’offres pour l’acquisition de drones tactiques capables d’opérer tant dans les plaines que dans les zones de haute altitude. Cette initiative vise à renforcer significativement les capacités organiques de renseignement, surveillance, reconnaissance et guerre électronique au niveau tactique, notamment dans des environnements difficiles comme les régions montagneuses et les zones frontalières.

L’appel d’informations (Request for Information – RFI) détaille les usages opérationnels envisagés ainsi que les exigences opérationnelles précises auxquelles doivent répondre ces drones tactiques, accompagnés de l’équipement au sol associé. Les plateformes doivent être pleinement opérationnelles de jour comme de nuit, et capables de fonctionner dans les conditions météorologiques courantes rencontrées sur l’ensemble des terrains indiens. Pour les versions haute altitude, l’armée exige une résistance aux vents forts pouvant atteindre 60 nœuds, tandis que la variante pour plaine devra pouvoir opérer sous vents allant jusqu’à 30 nœuds. Parmi les autres contraintes environnementales figurent la capacité à évoluer sous des précipitations allant jusqu’à 20 mm/h, à supporter des rafales de 10 nœuds lors des phases de décollage et d’atterrissage, ainsi qu’à pénétrer en toute sécurité dans les nuages sans orages.

Une philosophie de conception centrale imposée par l’armée est la modularité et l’évolutivité. Ces drones tactiques doivent être conçus pour permettre des mises à niveau simples par modifications, sans nécessiter de changements structurels ou fondamentaux. L’intégration de nouveaux systèmes ou charges utiles ne doit pas dégrader les performances des sous-systèmes existants. Conformément à ce principe, les drones doivent pouvoir emporter simultanément au moins deux charges utiles différentes, offrant ainsi aux commandants une flexibilité importante pour adapter les missions aux besoins opérationnels.

La suite de capteurs envisagée est complète et illustre une volonté de se doter de systèmes tactiques multirôles. Le RFI exige des caméras EO/IR comme équipement standard, avec des options prévues pour COMINT (renseignement d’origine communications), ELINT (renseignement d’origine électronique), radar à synthèse d’ouverture (Synthetic Aperture Radar – SAR), radar FOPEN (radar à ouverture synthétique à pénétration au sol) ainsi que des charges utiles pour relais de communication. Cette configuration permettrait aux drones tactiques de soutenir les missions de surveillance, d’acquisition de cibles, de collecte d’informations électroniques et de communication sur le champ de bataille via une plateforme intégrée unique.

Concernant les zones de haute altitude, l’armée a défini une configuration système complète comprenant un drone, une station de contrôle au sol pour deux drones, ainsi qu’une gamme complète de charges utiles couvrant EO/IR, ESM/ELINT, COMINT, radar SAR, radar FOPEN et systèmes de relais de communication. Chaque station de contrôle au sol devra être équipée de deux terminaux télécommandés et être compatible avec les cartes de la série Défense et les formats standards de formes géographiques (shape files), afin d’assurer une intégration fluide aux systèmes de commandement, contrôle et aux infrastructures SIG existantes.

La portée opérationnelle et la performance en altitude représentent un autre aspect critique du RFI. Les drones tactiques doivent offrir une portée minimale de mission de 120 kilomètres en mode ligne de vue et au moins 400 kilomètres en mode SATCOM (communication par satellite). Pour les opérations en plaine, les aéronefs devront pouvoir être lancés depuis une altitude de terrain d’environ 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer et soutenir des opérations à au moins 14 000 pieds (4 270 mètres) d’altitude AMSL. Dans les zones de haute altitude, les exigences sont plus exigeantes : capacité à être lancés depuis 4 500 mètres d’altitude et à opérer durablement à 24 000 pieds (7 315 mètres) AMSL au minimum. L’équipement au sol doit également être capable de fonctionner à ces altitudes respectives.

L’armée spécifie des systèmes de propulsion à combustion interne ou hybrides combinant moteurs thermiques avec batteries, afin d’équilibrer endurance et fiabilité. L’endurance minimale attendue est de huit heures, soulignant la nécessité d’une surveillance persistante. Le décollage et l’atterrissage doivent s’appuyer sur une capacité de décollage et d’atterrissage verticaux (VTOL), complétée par un mode de récupération par parachute en secours pour assurer la survie en cas d’urgence.

Une exigence notable concerne la géo-référenciation précise. Le système doit afficher les coordonnées géographiques des cibles observées directement sur le flux vidéo en temps réel, ces coordonnées étant liées au réticule de la charge utile. Les images capturées, fixes ou mobiles, doivent être automatiquement géo-référencées et intégrées immédiatement sur les plateformes SIG tierces déjà utilisées par l’armée, afin de réduire le temps sensoriel à la décision et d’améliorer la précision des décisions tactiques.

Dans la continuité de la politique d’indigénisation du gouvernement indien, le RFI met en avant la production sous licence en Inde des drones tactiques et de leurs accessoires comme un objectif majeur. Les fournisseurs doivent présenter un plan détaillé d’indigénisation, précisant le contenu local actuel et une feuille de route claire pour la localisation des technologies clés, incluant des pourcentages de coûts et des délais indicatifs. Cette orientation traduit la volonté de l’armée de ne pas se contenter d’une solution clé en main, mais de développer une capacité pérenne qui renforce la base industrielle nationale tout en répondant aux exigences opérationnelles complexes des plaines comme des hautes altitudes.