La sécurité maritime de l’Inde repose largement sur une force sous-marine robuste, capable de dissuader les menaces dans la vaste région de l’océan Indien. Cependant, la flotte de sous-marins conventionnels de la marine indienne est confrontée à d’importants défis, alors que les anciens bâtiments arrivent en fin de vie, avec un nombre total stagnante à des niveaux comparables à ceux de la fin des années 1990. La récente mise hors service de l’INS Sindhughosh, un sous-marin de classe Kilo, le 19 décembre 2025, après quatre décennies de service exemplaire, illustre cette réalité urgente et souligne le besoin d’une modernisation rapide de la flotte.

La marine indienne opère actuellement environ 16 sous-marins d’attaque conventionnels diesel-électriques, complétés par deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Cette flotte comprend un mélange de bâtiments d’origine russe de la classe Sindhughosh (classe Kilo), de sous-marins conçus en Allemagne de la classe Shishumar, ainsi que des unités plus récentes de la classe Kalvari (Scorpène) d’inspiration française, construites localement dans le cadre du Projet 75. Si l’intégration de six sous-marins Kalvari a apporté des capacités modernes de furtivité et de combat, plusieurs plates-formes héritées — notamment celles des classes Kilo et Shishumar — ont entre 25 et 40 ans, ce qui limite leur efficacité face aux menaces en évolution.

L’INS Sindhughosh, mis en service en 1986 en tant que navire amiral de sa classe, a démontré la fiabilité de ces conceptions soviétiques tout au long de sa longue carrière. Il a participé à de nombreuses patrouilles, exercices et opérations qui ont renforcé la dissuasion sous-marine de l’Inde. Son retrait diminue encore le nombre actif de sous-marins de classe Kilo, après la mise hors service d’autres unités comme l’INS Sindhudhvaj en 2022. Plusieurs autres anciens sous-marins approchent également de l’obsolescence : les projections estiment qu’en l’absence de remplacements rapides, les effectifs de la force conventionnelle pourraient chuter à des niveaux alarmants d’ici la fin de la décennie, potentiellement tomber en dessous de la dizaine dans le pire des cas.

Cette stagnation numérique contraste fortement avec la dynamique régionale. Des voisins comme la Chine disposent de plus de 60 sous-marins, comprenant des unités conventionnelles avancées et nucléaires, avec des plans d’expansion continue. Le Pakistan poursuit également la modernisation de ses forces sous-marines. Dans ce contexte, la capacité sous-marine de l’Inde, restée proche des niveaux de la fin des années 1990 malgré sa croissance démographique, son expansion économique et ses intérêts maritimes croissants, soulève des inquiétudes quant à la capacité à maintenir une dissuasion crédible et le contrôle des points stratégiques en mer.

Des efforts sont en cours pour combler ces lacunes, bien que des retards aient accentué le problème. Le Projet 75 a permis la livraison de sous-marins modernes Scorpène, renforçant les capacités de furtivité et de systèmes d’armes. Les négociations pour le Projet 75I, destiné à acquérir six sous-marins équipés de la propulsion indépendante de l’air (AIP) en partenariat avec Thyssenkrupp Marine Systems (Allemagne) et Mazagon Dock Shipbuilders, progressent, avec des discussions contractuelles en cours fin 2025. Des propositions complémentaires, incluant des acquisitions provisoires de plates-formes modernisées, reflètent la volonté de la marine de trouver des solutions transitoires.