Air India a officiellement demandé l’accès à l’espace aérien du Xinjiang, en Chine, afin de contourner le refus persistant du Pakistan, une mesure qui engendre des coûts importants pour la compagnie.

Selon un document interne de la compagnie examiné par Reuters, Air India, filiale du groupe Tata, estime que le blocage de l’espace aérien pakistanais lui coûte environ 455 millions de dollars par an en profits avant impôts. Ce chiffre est d’autant plus lourd que la perte nette rapportée par la compagnie pour l’exercice 2024-2025 s’élève à 439 millions de dollars. La fermeture de cet espace a entraîné une hausse des dépenses en carburant pouvant atteindre 29 % et allonge certains trajets de près de trois heures, rendant par exemple les liaisons de Mumbai et Bengaluru vers San Francisco de plus en plus difficiles à gérer sur le plan économique.

Depuis décembre 2025, l’espace aérien pakistanais reste fermé à tous les avions immatriculés en Inde ou opérés par des compagnies indiennes, avec une dernière extension décidée jusqu’à fin janvier 2026. Ce verrouillage, instauré en avril 2025 dans un contexte de tensions accrues, oblige Air India à emprunter des routes plus longues au sud ou au nord, ce qui nuit à l’efficacité opérationnelle et modifie les préférences des voyageurs. Pendant ce temps, les compagnies étrangères tirent parti de trajets plus courts au-dessus du Pakistan, ce qui a entraîné un transfert significatif des réservations.

Air India souligne que l’ouverture d’un couloir aérien au-dessus de Hotan, dans le Xinjiang, permettrait de réduire la consommation supplémentaire de carburant, de limiter les retards, de rétablir une capacité réduite sur des lignes stratégiques telles que Delhi-New York et Delhi-Vancouver (baisse pouvant atteindre 15 %) et d’économiser environ 1,13 million de dollars par semaine.

Cette zone aérienne proposée se situe au cœur d’une région montagneuse parmi les plus élevées du monde, avec des sommets à plus de 6 000 mètres d’altitude. Elle est placée sous la responsabilité du Commandement du Théâtre Ouest de l’Armée populaire de libération, qui supervise les opérations le long de la frontière sino-indienne et dispose de systèmes avancés de missiles, drones et défense aérienne. La plupart des compagnies internationales évitent ce secteur en raison des risques liés à la décompression et au manque d’aéroports de dégagement adaptés.

Les renseignements open source font état de développements récents à la base aérienne de Hotan, renforçant les capacités militaires chinoises dans la région. Aucun transporteur étranger n’a utilisé cet aéroport au cours des douze derniers mois, et les analystes estiment que Pékin sera peu enclin à accorder un accès, invoquant des contraintes liées au terrain, aux infrastructures et à la sécurité. Bien que certaines lignes survolent des portions du Xinjiang, les zones contrôlées par l’armée restent strictement interdites.

Par ailleurs, Air India a également demandé des droits de déroutement d’urgence vers les aéroports de Hotan, Kashgar et Urumqi. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré ne pas être au courant de cette demande, renvoyant la question aux autorités compétentes, tandis que le ministère de la Défense n’a pas fait de commentaire.

Cette requête intervient peu après la reprise des vols directs entre l’Inde et la Chine, interrompus depuis cinq ans à cause des affrontements frontaliers. Les opérations long-courrier d’Air India subissent une pression opérationnelle et financière sévère, aggravée par des problèmes structurels et de vastes commandes d’avions évaluées à 70 milliards de dollars.

Face à cette situation, la compagnie a par ailleurs sollicité des subventions gouvernementales temporaires en attendant la réouverture de l’espace aérien pakistanais. Dans un contexte mondial marqué par une réduction des espaces aériens utilisables en raison de conflits, ces tensions géopolitiques modifient durablement les routes aériennes, accroissent les coûts et illustrent la complexité croissante à l’intersection de la diplomatie et du transport aérien en Asie.