La communauté stratégique pakistanaise s’inquiète de plus en plus d’une évolution qui est restée en grande partie à l’écart des débats classiques sur la défense : la montée rapide des start-ups spatiales indiennes, qui développent des moteurs-fusées à pompe alimentés, fabriqués par impression 3D. Selon les évaluations des analystes pakistanais, ces technologies pourraient modifier profondément la capacité de l’Inde à soutenir un conflit de longue durée et à haute intensité en permettant des cycles de production et de réapprovisionnement de missiles rapides, mesurés en jours plutôt qu’en mois.
Au cœur de cette anxiété réside la convergence des technologies spatiales et de la fabrication de missiles. L’écosystème spatial commercial indien en pleine expansion — qui fonctionne en parallèle avec les institutions étatiques établies — maîtrise désormais la fabrication additive (impression 3D) de composants critiques de propulsion, tels que les turbopompes, chambres de combustion et injecteurs. Associée aux moteurs-fusées liquides à pompe, cette approche réduit significativement le nombre de pièces, le temps d’usinage et la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement, autant de goulots d’étranglement traditionnels dans la production de missiles.
Du point de vue pakistanais, les implications stratégiques sont nettes. Dans les programmes classiques de missiles, la fabrication et l’intégration des moteurs sont des processus longs qui limitent la rapidité de reconstitution des stocks en temps de guerre. Les analystes estiment que la tendance indienne vers des moteurs modulaires et conçus numériquement permet un assemblage rapide des missiles à partir de sous-systèmes pré-qualifiés, remettant en cause l’idée que les stocks de missiles sont une ressource finie et lente à régénérer.
Cette inquiétude est renforcée par le caractère dual de ces technologies spatiales. Les moteurs conçus pour des petits lanceurs ou des missions orbitales peuvent, avec des ajustements relativement mineurs, servir à concevoir des missiles de croisière, des démonstrateurs hypersoniques ou des systèmes de frappe de précision à longue portée. Les observateurs pakistanais soulignent que le cadre réglementaire indien et l’intégration civil-militaire favorisent un transfert beaucoup plus fluide des savoir-faire et procédés industriels entre le spatial civil et les applications militaires.
Un autre facteur amplifiant la préoccupation concerne la montée en échelle de la production. Contrairement aux chaînes de fabrication étatiques traditionnelles, l’écosystème start-up indien repose sur une production distribuée, des jumeaux numériques et une itération rapide. En situation de conflit, cela pourrait permettre de répartir la production sur plusieurs sites, compliquant ainsi les efforts de ciblage et de neutralisation. Pour le Pakistan, qui dispose d’une base industrielle plus restreinte, cela fait peser le risque d’être dépassé dans une guerre d’usure prolongée.
Les stratèges à Islamabad redoutent également que cette accélération des cycles de production de missiles ne fragilise la stabilité de la dissuasion. La conviction ancienne selon laquelle les échanges de missiles seraient limités par le rythme lent de reconstitution des stocks pourrait rapidement être invalidée si l’Inde parvient à restaurer sa capacité de frappe en un temps record. Cela, selon eux, pourrait encourager New Delhi à encaisser des pertes initiales tout en poursuivant ses opérations sans être soumis à des ruptures critiques.
Le souci ne vise pas un seul programme en particulier, mais bien l’effet d’ensemble de cet écosystème. Les start-ups spatiales indiennes bénéficient d’un financement commercial, de chaînes d’approvisionnement mondiales et d’une culture de tests itératifs que les programmes militaires classiques n’ont pas. Associés aux progrès en science des matériaux et à l’automatisation des contrôles qualité, les analystes pakistanais considèrent que ce système confère à l’Inde un avantage structurel difficilement contrebalançable en reproduisant individuellement des systèmes existants.
Pour le Pakistan, l’essor de la propulsion spatiale indienne représente un changement dans l’équilibre de l’endurance plutôt qu’un simple saut en puissance de feu. Pour l’Inde, c’est la récompense stratégique d’un secteur spatial privé dont les technologies transcendent largement les seuls lancements orbitaux. Dans un futur conflit, où la ténacité industrielle autant que la performance sur le champ de bataille compteront, la crainte pakistanaise repose sur la possibilité qu’Inde puisse durer plus longtemps, se régénérer plus vite et maintenir la pression de façon jugée jusqu’ici irréaliste.