La récente annonce de l’ancien président Donald Trump concernant la construction de nouveaux « cuirassés » pour la Marine américaine s’accompagne d’un retour inattendu : ces navires seraient équipés de canons électromagnétiques, bien que la Marine ait suspendu ce programme il y a quatre ans.

Le canon électromagnétique, ou railgun, utilise l’électricité pour générer un champ magnétique capable de projeter un projectile à une vitesse pouvant atteindre 5 600 miles par heure, soit plus de sept fois la vitesse du son. Contrairement à l’artillerie traditionnelle, ce système ne nécessite pas de propulsifs chimiques comme la poudre.

Lors de l’annonce lundi, Trump a précisé que la Marine construirait entre 20 et 25 navires dans le cadre de son projet “Golden Fleet”, chacun étant armé de plusieurs équipements modernes, dont des « canons railgun électriques de dernière génération ».

La Marine a également dévoilé une maquette du premier navire de cette nouvelle classe qui présenterait un railgun de 32 mégajoules situé à l’étrave. Avec une telle puissance, ce canon pourrait tirer un projectile à plus de 100 milles nautiques, selon l’Office of Naval Research.

Malgré les performances impressionnantes promises par le railgun, la Marine n’a jamais réussi à intégrer cette arme dans sa flotte, au point de suspendre le programme en juillet 2021 pour rediriger les financements vers d’autres systèmes d’armes, comme les missiles hypersoniques et les armes à énergie dirigée.

On pourrait penser que le railgun est abandonné, mais cette annonce est prématurée. Bien que l’effort pour armer les navires de railguns ait été mis en pause, la recherche continue sur le système d’arme lui-même ainsi que sur ses projectiles, explique Michael Fabey, analyste naval chez Janes, spécialiste de renseignement en sources ouvertes.

La Marine n’a pas souhaité commenter cette actualité.

Si le railgun semble prêt à renaître, plusieurs défis techniques majeurs doivent encore être résolus pour qu’il devienne une arme opérationnelle embarquée viable.

L’un de ces défis majeurs est la génération suffisante d’énergie électrique nécessaire au fonctionnement du railgun, rappelle le capitaine de vaisseau retraité Bradley Martin, chercheur principal à la RAND Corporation.

« Ce qui pourrait rendre le railgun faisable pour un cuirassé tel que conçu, c’est la taille importante du navire et sa capacité attendue à produire l’énergie électrique requise », précise Martin.

Un autre obstacle réside dans la conception d’un système de lancement capable de supporter la chaleur et le recul provoqués par le tir d’un projectile. Cela impliquerait des avancées technologiques à intégrer dès la phase de conception et construction du navire.

Pourtant, Trump a affirmé que la Marine devrait lancer la construction des deux premiers navires dans un délai d’environ deux ans et demi, un calendrier court pour surmonter ces défis techniques. À titre de comparaison, le porte-avions USS Gerald R. Ford a mis huit ans à être construit, suivi de plusieurs problèmes techniques avant de réaliser sa première mission opérationnelle en 2022, soit plus de cinq ans après sa mise en service.

Malgré ces difficultés, l’arme électromagnétique serait particulièrement efficace contre certains missiles balistiques anti-navires que la Chine pourrait déployer en conflit, selon le capitaine retraité Brent Sadler, analyste au think tank Heritage Foundation à Washington.

Sadler estime qu’il faudrait accélérer les recherches sur les railguns en développant de nouveaux types d’ogives adaptées.

En attendant, une solution temporaire pour les contraintes techniques du canon consisterait à remplacer fréquemment le tube de lancement jusqu’à ce que des matériaux capables de supporter plusieurs centaines de tirs soient développés.

Il reste cependant incertain si le railgun et la nouvelle classe de cuirassés sortiront indemnes de l’historique turbulent de la construction navale américaine, récemment marquée notamment par l’arrêt du programme des frégates Constellation.

Pour l’instant, le railgun semble être ou bien de retour, ou bien encore en suspens, mais sa mise en service réelle à bord d’un navire de guerre reste une perspective lointaine.