La Russie propose à l’Inde son système de guerre électronique Krasukha-2, une plateforme spécialisée conçue pour neutraliser un élément clé de la supériorité aérienne moderne : les avions AWACS ennemis. Cette offre traduit une volonté accrue de privilégier des réponses non cinétiques et stratifiées face à la puissance aérienne, plutôt que de se reposer uniquement sur des missiles et des intercepteurs.
Le Krasukha-2 n’est pas un brouilleur polyvalent. Il fonctionne comme un « sniper » électronique de précision, dédié à une mission spécifique et stratégique : dégrader et neutraliser les plateformes de détection et de commandement aéroportées. Le système est capable de brouiller les radars AWACS jusqu’à une distance de 250 kilomètres, ciblant particulièrement les fréquences en bande S utilisées par ces avions pour surveiller de larges espaces aériens et coordonner les combats aériens.
Sur le plan opérationnel, cela signifie que le Krasukha-2 attaque la capacité adverse à voir, coordonner et commander, souvent avant même qu’un missile ne soit lancé.
Au-delà des AWACS, le Krasukha-2 peut également brouiller d’autres radars embarqués, notamment les têtes chercheuses des missiles à guidage radar. Ces derniers, une fois affectés, reçoivent des signaux trompeurs qui les détournent vers de fausses cibles. Cette neutralisation indirecte limite le recours à une interception dite « hard-kill » en créant confusion et désorientation.
Cette méthode réduit la consommation d’intercepteurs et améliore la survivabilité des systèmes protégés lors d’attaques de saturation.
Dans la doctrine russe, le Krasukha-2 est souvent déployé en complément des systèmes de défense aérienne longue portée comme le S-400. Si ce dernier agit comme une lance et un bouclier, détectant, suivant et abattant les aéronefs ennemis, le Krasukha-2 joue le rôle de voile électronique. En brouillant les radars AWACS et de surveillance, il empêche l’adversaire de construire une image cohérente de l’espace aérien défendu.
Positionné à proximité d’un site de défense aérienne de haute valeur, le Krasukha-2 génère ce que les planificateurs russes qualifient de « trou noir électronique », rendant les capteurs ennemis incapables de détecter ou de coordonner efficacement leurs frappes.
Parmi les capacités les plus puissantes de ce système figure l’injection de signaux de fausse cible dans les radars ennemis. Ces signaux peuvent créer des formations entières d’avions fantômes, faisant croire à un pilote ou à un opérateur AWACS que plusieurs appareils approchent alors que l’espace aérien est vide. À l’inverse, de véritables avions peuvent être masqués ou déplacés sur les écrans radar, disparaissant de la perception adverse.
Cette technique de désinformation perturbe les cycles de décision, fait gaspiller des sorties aériennes et oblige l’ennemi à remettre en cause la fiabilité de ses propres capteurs.
Dans un contexte de conflits futurs dominés par les satellites, les AWACS et les capteurs en réseau, la capacité à nier sélectivement la visibilité pourrait s’avérer aussi cruciale que la supériorité aérienne conventionnelle.