La Russie franchit une étape clé dans le développement du programme Su-57 avec le premier vol du prototype T-50/2 équipé du nouveau turboréacteur 177S sur la nacelle gauche. Ce progrès répond aux critiques majeures concernant la validation en vol de ce moteur et intervient alors que Moscou intensifie ses efforts d’exportation vers l’Inde.
Le moteur 177S avait été présenté lors d’Aero India 2025, où il avait été officiellement proposé à l’Inde pour la version export Su-57E ainsi que pour des modernisations potentielles du Su-30MKI, avec un transfert complet de technologie (ToT). Jusqu’alors, le principal scepticisme portait sur l’absence de données de vol réelles. Ce premier vol vient combler cette lacune, renforçant la crédibilité du moteur comme une solution opérationnelle mature.
Un moteur décisif pour l’Armée de l’air indienne
L’Indian Air Force, qui envisagerait l’achat de 40 à 60 Su-57E, accorde une importance cruciale au choix du moteur. Les précédentes négociations tournaient autour du moteur AL-41, considéré par beaucoup comme une solution transitoire. Le vol du 177S sur la cellule du Su-57 permet désormais à l’Inde d’envisager des livraisons avec un groupe propulseur de nouvelle génération, et non plus un moteur dérivé d’une génération antérieure adapté à un appareil de 5e génération.
Le moteur plus avancé AL-51 (désigné Izdeliye 30) est toujours en cours de développement et ne sera probablement proposé que si New Delhi accepte une co-développement d’une version bimoteur du Su-57 de base. Dans ce contexte, le 177S constitue une solution crédible à court terme, offrant des gains significatifs en performance et efficience sans attendre la maturité de l’AL-51.
Compatibilité et performances techniques
Le 177S a été conçu pour s’intégrer facilement aux écosystèmes des chasseurs russes existants. Il présente notamment les mêmes dimensions et le même poids que les moteurs AL-31F/FP, ce qui le rend entièrement interchangeable avec les moteurs équipant actuellement la famille Su-27, incluant le Su-30, Su-33 et Su-34. Cette compatibilité réduit considérablement les risques d’intégration pour des plateformes comme le Su-30MKI.
Parmi ses caractéristiques clés, le moteur offre une poussée maximale en postcombustion de 14 500 kgf et une poussée à sec de 9 000 kgf, ce qui le range dans la catégorie adaptée aux chasseurs de génération 4++ et 5. Sa consommation spécifique minimum est inférieure à 0,67 kg/kgf·h, témoignant d’améliorations dans tous les régimes de fonctionnement. Sa masse à vide atteint 1 530 kg avec un diamètre d’entrée d’air de 905 mm.
Le 177S intègre un compresseur basse pression à trois étages, une commande vectorielle de poussée et un système FADEC (Full Authority Digital Engine Control) avec un circuit hydromécanique de secours et un diagnostic de santé intégré. Selon United Engine Corporation (UEC), ce moteur affiche un intervalle entre grandes révisions (TBO) de 1 500 heures et une durée de vie totale pouvant atteindre 6 000 heures. Il bénéficie aussi d’une meilleure résistance aux corps étrangers et aux impacts d’oiseaux, ainsi que d’une production électrique accrue, répondant aux exigences des systèmes avioniques et de guerre électronique modernes.
Un moteur prêt pour la production en série
En faisant voler le 177S sur le Su-57, la Russie indique clairement que ce moteur passe du stade de la démonstration à celui de la production en série. UEC achève ses derniers tests et prépare la production industrielle, avec une application prévue non seulement sur le Su-57, mais aussi sur le Su-35 et le futur Su-75.
Ce calendrier est particulièrement important pour l’Inde. Un Su-57E d’export équipé du 177S représenterait une évolution significative par rapport aux versions propulsées par l’AL-41, tout en laissant ouverte une possibilité de montée en gamme vers l’AL-51 si les discussions de co-développement aboutissent. De plus, la compatibilité dimensionnelle du 177S avec la famille AL-31 facilite l’option d’une localisation poussée et de modernisations de la flotte Su-30MKI, parfaitement alignées avec les priorités indiennes en matière de transfert de technologie et d’autonomie logistique.
Une avancée stratégique pour les négociations
Concrètement, ce premier vol élimine une incertitude majeure : il prouve que la Russie peut désormais proposer à l’Inde une cellule de 5e génération dotée d’un moteur moderne et éprouvé en vol, et non plus un simple projet théorique. Que New Delhi choisisse de commander le Su-57E ou d’utiliser le 177S pour moderniser ses flottes existantes, ce jalon renforce considérablement la position de Moscou dans les prochaines négociations.