La marine américaine a dévoilé les grandes lignes d’une nouvelle classe de grands bâtiments de surface, qualifiés de cuirassés à missiles guidés, une appellation abandonnée depuis le retrait de la classe Iowa.

Ces navires s’inscrivent dans le cadre de l’initiative plus large dite Golden Fleet, qui vise à accroître le volume de la flotte, reconstruire la capacité industrielle maritime et déployer des bâtiments de surface plus lourds et plus résistants.

Taille, propulsion et aménagement

La classe Trump devrait afficher un déplacement supérieur à 35 000 tonnes, ce qui la place bien au-dessus des destroyers et croiseurs actuels de l’US Navy et plus proche en taille des bâtiments majeurs de la Guerre froide. La longueur serait comprise entre 256 et 268 mètres, avec une largeur atteignant 35 mètres et un tirant d’eau d’environ 7 à 9 mètres. La propulsion associerait turbines à gaz et moteurs diesel, permettant d’atteindre des vitesses supérieures à 30 nœuds.

Le design intègre un pont d’envol et un hangar fermé capables d’accueillir des appareils à rotors basculants V-22 Osprey ainsi que des futures plateformes à décollage vertical. Cette configuration conférerait au navire des capacités logistiques étendues, de transfert de personnel et de commandement, habituellement absentes des bâtiments de surface similaires.

Capteurs, rôle de commandement et guerre électronique

Au cœur du système de détection figure le radar SPY-6 AMDR, doté de quatre faces fixes pour assurer une surveillance aérienne et antimissile étendue et permanente. Il est accompagné des systèmes de guerre électronique SEWIP Bloc III, également équipés d’une couverture quadrifacette, soulignant l’attention portée à la détection, au brouillage et à l’attaque électronique.

Le cuirassé est pensé pour fonctionner comme plateforme de commandement. La conception prévoit explicitement un espace pour un commandant embarqué avec une suite complète de commandement, contrôle, communications, informatique et renseignement (C4I), confirmant la possibilité pour le navire de diriger un groupe de combat de surface, d’opérer en autonome ou de s’intégrer à un groupe d’attaque aéronaval.

Les capacités anti-drones et contre-véhicules non habités sont également mises en avant avec la présence de deux systèmes de lutte contre les UxS (Unmanned eXpendable Systems), en réponse à l’expérience opérationnelle récente où les drones et navires sans équipage représentent une menace persistante pour les grandes unités navales.

Armement et capacité de frappe

La classe Trump s’articule autour d’une puissance offensive considérable. Le schéma présente 12 lanceurs de missiles hypersoniques « Conventional Prompt Strike », soutenus par des cellules de lancement vertical (VLS). Si le graphique indique 28 cellules Mk 41 dans une section du navire, les documents du programme suggèrent une capacité totale de missiles nettement supérieure répartie sur toute la coque.

Au-delà des armements hypersoniques, la classe devrait également emporter le missile de croisière nucléaire SLCM-N, rétablissant ainsi un rôle de frappe nucléaire maritime de surface que l’US Navy n’a plus assuré depuis plusieurs décennies.

Le feu naval conserve une place importante. L’avant du navire est équipé d’un canon électromagnétique railgun de 32 mégajoules capable de tirer des projectiles à hypervélocité, soutenu par deux canons Mk 45 de 127 mm pour les engagements de surface et la défense aérienne.

Les systèmes défensifs sont un élément clé du design. Deux armes laser de 300 kilowatts sont prévues, avec la possibilité de monter à des systèmes de 600 kilowatts selon les documents officiels. Ces armes à énergie dirigée visent à neutraliser drones, missiles et menaces de surface de petite taille, tout en réduisant la dépendance aux missiles intercepteurs.

La défense rapprochée est assurée par des canons Mk 38 de 30 mm situés à l’avant et à l’arrière, accompagnés de lanceurs de missiles Rolling Airframe et de systèmes optiques comme ODIN. Ensemble, ces dispositifs créent une enveloppe défensive multi-couches capable de faire face à des attaques saturantes.

Combien seront construits ?

Les plans actuels envisagent entre 10 et 25 unités, même si seule une paire a été formellement approuvée à ce stade. Le nombre final dépendra des coûts, des capacités des chantiers navals et d’un soutien politique durable.

Reste à déterminer à quelle vitesse la classe Trump pourra passer du stade conceptuel à celui de la mise en service opérationnelle, et comment elle s’intègrera aux porte-avions, aux sous-marins et aux destroyers de nouvelle génération au sein d’un budget naval restreint. Ce qui est certain, c’est que l’US Navy affiche une volonté claire de renforcement des capacités en matière de bâtiments de surface lourds, fortement armés et capables de survivre et combattre dans des conflits à haute intensité.