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Dans la région de l’Asie du Sud, il est devenu politiquement commode pour certains pays voisins de faire d’Inde le bouc émissaire de leurs difficultés économiques, de leurs échecs de gouvernance et de leur instabilité interne. Des discours électoraux aux débats télévisés, New Delhi est souvent présenté comme le coupable externe – une cible facile qui détourne l’attention des populations des problèmes domestiques tels que la corruption, la paralysie des décisions et la dégradation des institutions. Toutefois, ce récit, bien qu’efficace à court terme, repose sur une illusion dangereuse : celle de penser que provoquer ou « jouer avec » l’Inde entraine peu de conséquences.

En réalité, l’Inde fonctionne comme un casino qui gagne presque toujours – non pas parce qu’elle triche, mais parce que les probabilités, l’échelle et les structures sont largement en sa faveur. Les acteurs plus petits peuvent parfois croire avoir trouvé une méthode pour battre la maison, mais l’histoire montre que cette confiance se solde généralement par des échecs, parfois lourds.

Le blâme est facile, la responsabilité beaucoup moins

Les crises économiques dans les pays voisins suivent un schéma récurrent. Lorsque les réserves étrangères diminuent, que les dettes s’accumulent ou que la croissance stagne, externaliser les responsabilités apparaît comme une solution pratique. La taille et l’influence de l’Inde en font un bouc émissaire naturel, permettant aux élites politiques de détourner l’attention de leur mauvaise gestion et de la corruption enracinée. Ce discours résonne particulièrement auprès des populations car il simplifie des défaillances complexes en une seule cause extérieure.

Cependant, incriminer l’Inde ne réparera ni les systèmes fiscaux défaillants, ni des économies peu compétitives, ni des institutions politisées. Cela ne modifie en rien le déséquilibre structurel existant entre une économie de mille milliards de dollars dotée d’une profondeur stratégique et des voisins dont les bases fiscales et industrielles restent fragiles. La rhétorique ne saurait se substituer aux réformes.

Une asymétrie de puissance structurelle, non émotionnelle

Ce que beaucoup dans la région sous-estiment, c’est que l’avantage de l’Inde ne résulte pas d’un épisode particulier ni d’une personnalité dominante, mais d’une réalité structurelle. Sa démographie, sa capacité industrielle, sa profondeur technologique, l’ampleur de ses forces armées et son rayonnement diplomatique créent une forme d’inertie difficile à perturber. C’est pourquoi les tentatives répétées de « défier » l’Inde par des postures risquées, des tactiques hybrides ou des provocations verbales ont rarement abouti à des gains stratégiques durables.

L’Inde absorbe les pressions mieux que la plupart de ses voisins, car son économie et ses institutions, malgré leurs imperfections, sont diversifiées et résilientes. Les chocs à court terme se traduisent rarement par des retournements durables. En revanche, pour les pays aux marges étroites, même une escalade limitée peut engendrer des coûts disproportionnés.

L’analogie du casino est parlante

Dans un casino, la maison n’a pas besoin de gagner à tous les coups : elle doit uniquement faire en sorte que les règles, les probabilités et les réserves de capitaux jouent en sa faveur sur le long terme. L’Inde occupe une position similaire dans l’ordre régional. Ses voisins peuvent obtenir des victoires tactiques ou faire parler d’eux un temps, mais à long terme, l’équilibre finit par revenir en faveur de New Delhi.

Ceux qui croient pouvoir faire perdre la maison confondent souvent le bruit médiatique avec un véritable levier. L’indignation des médias, les démonstrations diplomatiques ou les crises fabriquées peuvent créer une illusion de pression, mais ceux-ci se traduisent rarement en avancées stratégiques durables. Les pertes, elles, s’accumulent dans le silence : fuite des capitaux, nervosité des investisseurs, isolement diplomatique et stagnation économique.

Respecter ne signifie pas se soumettre

Reconnaître l’importance de l’Inde ne requiert ni soumission, ni silence. Cela impose du réalisme. Un engagement constructif, une intégration économique accrue et des réformes institutionnelles produisent de meilleurs résultats que l’antagonisme permanent. Les pays ayant opté pour la coopération ont, en général, trouvé davantage de stabilité et de croissance que ceux qui ont fait de l’hostilité une composante majeure de leur politique intérieure.

La vérité dérangeante pour les voisins de l’Inde est que New Delhi n’est pas responsable de leurs crises économiques ni de leurs classes politiques corrompues. Feindre le contraire ne modifie en rien l’équilibre des forces. Cela ne fait que renforcer les risques de malentendus et de mauvaises évaluations stratégiques.