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L’Inde puise dans une tradition millénaire fondée sur la non-agression, la synthèse et l’unité de toute existence, des principes qui continuent de guider sa vision stratégique contemporaine. Au cœur de cette approche, le concept de « Vasudhaiva Kutumbakam » – « une Terre, une famille, un avenir commun » – réaffirme l’engagement indien pour la coexistence pacifique et l’autonomie stratégique.

Depuis son indépendance, l’Inde a articulé sa politique étrangère autour du principe de « l’amitié pour tous, la malveillance pour personne ». En septembre 2023, lors du sommet du G20 à New Delhi, le Premier ministre Narendra Modi a souligné cette philosophie, insistant sur le fait que la coexistence pacifique ne signifie pas pacifisme, mais repose sur une capacité de défense autonome suffisamment dissuasive pour protéger les intérêts nationaux.

Une diplomatie bilatérale au service de la sécurité et du développement

L’Inde adopte une stratégie pragmatique, fondée sur des relations bilatérales visant à renforcer la sécurité mutuelle et les intérêts économiques, tout en œuvrant à la résolution pacifique des conflits militaires. Refusant de s’aligner sur un quelconque bloc, New Delhi revendique un rôle actif dans la construction d’un ordre mondial multipolaire. Cette posture lui a permis de jouer un rôle majeur sur la scène internationale, notamment en tant que voix influente dans la promotion de la paix mondiale.

Le rôle croissant de l’Inde dans la région indo-pacifique a été reconnu par l’administration américaine dans sa Stratégie nationale de sécurité dévoilée en décembre 2017. Malgré l’accent mis sur le principe « America First » sous la présidence Donald Trump, la coopération avec l’Inde via le cadre quadrilatéral du Quad a été soulignée comme un pilier de sécurité face à la montée en puissance de la Chine.

En matière de relations bilatérales, l’Inde maintient un équilibre délicat. Bien que la Russie reste un partenaire clé, notamment grâce à l’alliance stratégique ancienne et à la coopération technologique et militaire, New Delhi conserve sa capacité d’autonomie stratégique dans ses échanges avec les États-Unis, oscillant entre coopération et compétition commerciale. Cette politique souligne la volonté de l’Inde d’éviter tout affrontement direct entre les grandes puissances auquel elle pourrait être mêlée.

Relations avec la Russie et équilibre géopolitique

La visite du président Vladimir Poutine à New Delhi a renforcé du point de vue indien le nécessaire équilibre géopolitique. Malgré les pressions américaines visant à réduire les importations énergétiques en provenance de Russie en raison du conflit en Ukraine, la Russie s’est engagée à poursuivre ses livraisons de carburant. Les déclarations conjointes ont affirmé le caractère indéfectible de l’amitié entre les deux pays, soulignant leur partenariat dans le commerce, l’investissement et la technologie.

Poutine a également évoqué les efforts diplomatiques en cours, avec la participation de médiateurs comme les États-Unis, pour trouver une issue pacifique au conflit russo-ukrainien. Ce contexte a renforcé la stabilité géopolitique et l’équilibre international du point de vue indien, confortant la position de l’Inde en tant qu’acteur pragmatique et équilibré sur la scène mondiale.

Un non-alignement réinventé

La politique étrangère indienne repose sur un refus clair de s’aligner avec un camp ou un autre, privilégiant des relations bilatérales souveraines. Cette stratégie a permis à l’Inde de s’affirmer comme un acteur majeur de la paix mondiale et du développement, notamment en soutenant les nations du Sud global au sein de forums tels que l’ASEAN.

Dans les conflits internationaux, que ce soit la guerre en Ukraine ou l’offensive israélienne à Gaza, l’Inde joue un rôle de médiateur impartial. Cependant, elle reste vigilante face aux menaces que représentent ses voisins hostiles : le Pakistan, qui abrite des groupes terroristes islamistes ciblant l’Inde, et la Chine, alliée stratégique de ce dernier et acteur de tensions militaires récurrentes dans la région.

Engagée au sein des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), l’Inde envisage également de renforcer sa participation au Quad pour contrer l’agressivité chinoise en Indo-Pacifique, tout en soutenant un ordre régional fondé sur des règles clairement définies. La politique de New Delhi prône une autonomie stratégique renforcée par une indépendance économique et militaire, une ligne directrice centrale sous l’actuel gouvernement Modi.

Un contexte global marqué par des tensions majorées

Le retour progressif d’une forme de Guerre froide est perceptible sur la scène internationale, avec une Chine revitalisée tentant de s’imposer comme une superpuissance économique, technologique et militaire. La Russie joue désormais un rôle secondaire dans cet équilibre. Dans des pays comme l’Iran et l’Afghanistan, les intérêts opposés de Washington et de l’alliance sino-russe se font jour, tandis que le retour à la doctrine Monroe sous la présidence Trump accentue la bipolarité internationale.

Les États-Unis, avec une politique d’éloignement vis-à-vis de l’OTAN et de l’Union européenne, privilégient les intérêts commerciaux et évitent les engagements internationaux perçus comme coûteux. Cette approche a renforcé leur proximité avec la Russie, notamment dans le conflit ukrainien, malgré les tensions sur le plan commercial avec l’Inde. New Delhi maintient néanmoins ses liens avec ces deux puissances et défend une vision diplomatique où la compétition n’entraîne pas la confrontation.

Face aux défis régionaux

La position de l’Inde reste constante : ce n’est pas « une ère de guerres », comme l’a souligné Narendra Modi lors du déclenchement du conflit russo-ukrainien. Toutefois, le pays prépare ses réponses face à la menace chinoise, notamment en raison des relations étroites entre Pékin et Islamabad. Cette alliance sino-pakistanaise représente un défi majeur pour la sécurité nationale indienne et continue de figurer en tête des priorités stratégiques de New Delhi.

En résumé, l’Inde modèle sa politique étrangère sur une sagesse millénaire tout en s’adaptant aux réalités contemporaines : équilibre géopolitique, diplomatie bilatérale, autonomie stratégique et défense d’un ordre international fondé sur la paix et le développement.