L’Armée indienne s’apprête à révolutionner son approche du combat avec l’adoption massive de munitions traînantes, plus communément appelées drones-suicides. Près de 30 000 de ces systèmes doivent être intégrés au cours des prochaines années afin d’armer ses unités de première ligne.
Cette commande ambitieuse fait suite aux enseignements tirés de l’Opération Sindoor, une opération transfrontalière de contre-terrorisme déclenchée en représailles à l’attaque de Pahalgam qui avait coûté la vie à 26 civils. Lors de cette opération, les forces indiennes ont largement déployé des munitions traînantes, neutralisant sept des neuf cibles terroristes dès le premier jour et infligeant des dégâts importants aux infrastructures ennemies.
Ces frappes de précision ont permis de réduire les risques pour les soldats et ont mis en lumière le potentiel révolutionnaire des systèmes sans pilote dans des contextes opérationnels exigeant rapidité et efficacité. Face à l’intervention des forces pakistanaises, ces drones-suicides se sont avérés essentiels pour toucher les positions ennemies en soutien aux forces terrestres, confirmant leur valeur dans les scénarios de guerre hybride.
Fort de ces expériences, l’Armée a soumis une proposition pour l’acquisition d’environ 850 munitions traînantes accompagnées de lanceurs dédiés, dans le cadre d’une procédure accélérée visant une induction rapide. Ce contrat, estimé à près de 2 000 crore de roupies (environ 240 millions d’euros), privilégie exclusivement les fabricants nationaux, conformément à la politique gouvernementale d’autonomie stratégique dans le domaine de la défense.
Ce projet, actuellement dans ses phases finales d’approbation par le Defence Acquisition Council, permettra d’améliorer les capacités de l’Armée ainsi que celles d’autres services et des forces spéciales, et servira de première étape avant la commande massive de 30 000 unités.
Au cœur de cette modernisation figure la formation, au sein de chaque bataillon d’infanterie, de pelotons Ashni — du sanskrit signifiant “feu”. Ces unités spécialisées, composées de 20 à 25 soldats formés, sont chargées de la conduite des opérations de drone, couvrant la surveillance, l’acquisition de cibles, les frappes de précision et les manœuvres multi-domaines.
À la fin de l’année 2025, près de 385 bataillons d’infanterie disposeront déjà de ces pelotons Ashni, qui exploitent généralement une combinaison de drones de surveillance et de munitions traînantes armées. Cette réorganisation permet d’intégrer organiquement ces capacités au sein des forces terrestres, garantissant ainsi une réaction rapide dans les missions conventionnelles comme contre-insurrectionnelles.
L’arsenal de munitions traînantes de l’Armée intègre de plus en plus de plateformes indigènes, comme le Nagastra-1, développé par Solar Industries avec plus de 75 % de composants nationaux. Ce système portable par un seul soldat délivre des frappes de précision guidées par GPS avec une précision de l’ordre de 2 mètres, une endurance pouvant atteindre 60 minutes et une portée variable entre 15 et 30 kilomètres selon le mode utilisé.
Des commandes précédentes ont permis la livraison de 480 unités en 2024, suivies en 2025 de lots supplémentaires de 450 exemplaires de la variante Nagastra-1R, testée en haute altitude et en conditions opérationnelles réelles. Par ailleurs, d’autres systèmes sont en phase d’expérimentation, incluant des variantes à décollage et atterrissage vertical (VTOL) ainsi que des drones autonomes dotés d’intelligence artificielle, offrant des capacités accrues d’endurance et de résistance aux brouillages électroniques.
L’introduction prochaine de 30 000 munitions traînantes marque une évolution doctrinale majeure, plaçant les frappes de précision sans pilote au centre des opérations d’infanterie. En équipant massivement ses formations de combat avec ces systèmes abordables et consommables, l’Armée indienne vise à renforcer sa supériorité en matière de reconnaissance, de dissuasion et d’engagement létal, notamment le long de ses frontières les plus sensibles.